Asexualité : s’aimer sans sexe ?

Atypikoo Asexualité

L’asexualité est un terme utilisé par les personnes qui ne ressentent aucune attirance ou désir sexuel. Dénommés également « Ace », les « asexuels » considèrent que les relations sexuelles sont dépourvues d’intérêt et même indésirables.
La première lettre d’asexualité est intégrée à l’acronyme LGBTQIA. L’asexualité appartient aux orientations sexuelles depuis 2013. Elle peut se cumuler avec les autres orientations sexuelles.
L’asexualité n’est pas une phase passagère, ni issue d’un blocage, ni un trouble mental, ni le résultat d’un traumatisme. Il ne s’agit pas d’un choix de pratiquer l’abstinence pour des raisons religieuses, médicales ou idéologiques. L’asexualité est tout simplement une identité intrinsèque d’une personne.
Il ne s’agit pas d’apposer des étiquettes ou de placer des personnes dans des catégories, mais de comprendre le fonctionnement des asexuels qui représentent entre 1 à 2% de la population mondiale. Le pourcentage est proche de la représentation des personnes HP dans le monde. Le parallèle avec les zèbres est intéressant parce qu’il s’agit de personnes qui peuvent parfois mal vivre leur différence et leur atypisme.

Même si je rencontre des hommes par le biais d’applications de rencontre, je dois avouer que je me sens en décalage. Pour commencer, je ne sais pas me maquiller, ensuite, je n’aime pas aller au restaurant, c’est souvent trop bruyant. Enfin, je suis obsédée par la pensée que le rendez-vous pourrait se terminer en désastre. Ce que je redoute le plus ? Annoncer que je suis asexuelle. Donc ce n’est pas la peine qu’il m’invite chez lui.
Mon attirance sexuelle est au niveau zéro. Pourtant, j’ai envie qu’on me prenne la main, faire des câlins, se murmurer des choses à l’oreille, qu’on se balade dans un parc, et partir en week-end près de la mer. Mais je n’ai pas envie d’échanger des baisers, et surtout, je n’ai aucun intérêt pour le sexe. Cela risque évidement de coincer. Donc j’ai peur que toutes mes relations échouent.

Est-ce-que tous les asexuels sont célibataires ?

Les personnes asexuées ont les mêmes besoins émotionnels que tout le monde et ont souvent envie de vivre une histoire et de construire une relation.
Il n’existe pas de profil asexuel type, on peut rencontrer des personnes asexuelles mariées avec ou sans enfants, transgenres, polyamoureuses, jeunes ou plus âgées…

Contrairement au célibat qui peut être choisi pour s’abstenir de toute activité sexuelle, l’asexualité fonctionne comme une orientation sexuelle. Certaines personnes asexuelles décident de rester célibataires tandis que d’autres essayent de rencontrer des personnes asexuées pour partager la même vision de leur relation.
Il existe des sites, comme Atypikoo, qui permettent d’indiquer son asexualité sur son profil pour rencontrer ses semblables. Partager ce point commun n’est pas forcément suffisant pour construire une histoire. De plus, la communauté des asexuels est peu développée et la majorité est composée de femmes, plus précisément 57%, c’est pourquoi, de nombreuses personnes asexuelles rencontrent des personnes qui ne sont pas asexuelles. Les relations mixtes sont confrontées à des défis qui nécessitent souvent des compromis.

Est-on asexuel à 100 % ?

Une personne asexuée peut vouloir ou choisir d’avoir des relations sexuelles pour différentes raisons. Cela peut être un moyen de montrer de l’affection, faire plaisir à son partenaire, concevoir des enfants, ou satisfaire sa curiosité.
Certaines personnes se considèrent comme demi-sexuelles car elles ressentent de l’attirance sexuelle à partir du moment où un lien émotionnel se forme avec une autre personne.

Parmi les asexuels, des personnes s’identifient dans la « zone grise » (greysexuel), c’est-à-dire, qu’elles se sentent très proches de l’asexualité sans y être à 100%.
Certaines personnes ont eu des expériences sexuelles dans leur passé, mais de manière éphémère et cela ne reflète pas leur relation avec la sexualité.
D’autres personnes peuvent ressentir une attirance sexuelle peu fréquente ou peu intense, donc elles se considèrent quasiment asexuelles.
Il s’agit d’un sujet très subjectif basé sur une interprétation personnelle des sentiments et des expériences, mais les personnes asexuelles qui appartiennent à cette zone grise ont souvent des expériences sexuelles sporadiques.

Est-ce-que les asexuels ne ressentent aucune attirance ?

Malgré leur désintérêt pour le sexe, certaines personnes asexuées peuvent ressentir de l’attirance pour des personnes. Cela se concrétise, souvent, par un désir de nature romantique, intellectuel ou émotionnel, mais cela n’entraîne pas le besoin de donner suite à cette attraction de manière sexuelle. Deux partenaires asexuels peuvent aussi avoir envie d’une relation émotionnelle profonde en échangeant des câlins et des baisers.

Afin de permettre aux asexuels de mieux exprimer leur orientation et préciser le type de relation qu’ils recherchent, il existe deux domaines qui se combinent : le domaine émotionnel et romantique et le domaine sexuel.
Pour commencer, dans le domaine sexuel, les asexués adhèrent à l’asexualité à 100 % ou de manière plus atténuée, il s’agit de la zone grise évoquée précédemment.
Ensuite, dans le domaine romantique, certains asexués ne ressentent aucune attirance, mais pour les autres, il existe plusieurs orientations :

  • Hétéro-romantique, pour les personnes attirées par le sexe opposé
  • Homo-romantique, pour les personnes attirées par le même sexe
  • Bi-romantique, pour les personnes attirées par les deux sexes
  • Pan-romantique, pour les personnes attirées par les autres, sans préférences de sexes

Est-ce-qu’une relation mixte peut fonctionner ?

Pour respecter les besoins et les attentes de chaque partenaire, il faut fixer des limites mais aussi des compromis pour permettre aux deux personnes de s’épanouir dans la relation.
Les personnes asexuées peuvent avoir des attitudes différentes à l’égard du sexe. Certaines personnes asexuées sont ouvertes au compromis et acceptent d’avoir des relations sexuelles avec leur partenaire dans certaines limites. Par exemple, elles peuvent être disposées à partager certains types de relations sexuelles ou des activités sexuelles. D’autres personnes peuvent accepter d’avoir des relations sexuelles occasionnellement.

Dans un contexte où un partenaire refuse catégoriquement les relations sexuelles, il faut trouver des solutions pour ne pas mettre en péril la relation. Par exemple, ils peuvent choisir de vivre une relation non-exclusive sur le plan physique. L’objectif est de permettre au partenaire, qui se sent délaissé sur ce domaine, de pouvoir satisfaire son désir mais de rester engagé avec la personne avec qui il partage sa vie.
Il est essentiel de se rappeler que les compromis efficaces au sein des relations doivent être choisis par les deux partenaires. Il est important d’exprimer ses désirs, ses réserves et ses limites personnelles pour établir un compromis durable et une relation saine et épanouissante.

J’ai eu mon premier petit ami à l’âge de quatorze ans. Je l’ai embrassé plusieurs fois mais cela n’avait rien à voir avec l’expérience palpitante que j’imaginais dans les films. Je pensais que j’étais jeune et que je finirai par aimer cela. Quelques années plus tard, j’ai aimé un homme. J’étais attirée par sa personne. On avait des attentes différentes. Je n’avais pas envie de relation sexuelle. Il pensait que j’avais peur des maladies sexuellement transmissibles ou d’être enceinte. En réalité, j’avais simplement un manque total d’intérêt pour le sexe et tout ce qui s’y rapporte. Malgré cela, j’ai tenté l’expérience. Je n’ai pas trouvé cela agréable et excitant, alors je n’ai pas eu envie de recommencer. J’ai rompu parce que le sexe était un élément essentiel pour l’homme que je fréquentais. J’ai pensé que l’attirance pour le sexe pouvait se développer en moi avec les années et que je n’avais aucune raison de me forcer. Autour de moi, les personnes avaient toutes une vie sexuelle, ou du moins, une attirance ou un intérêt pour le sexe. Je me sentais isolée et solitaire. Les années ont passé, il n’y a eu aucune évolution sur le plan sexuel dans ma vie, mais je suis enfin en paix avec moi-même.

Asexualité et amour platonique ?

Un amour sans possession se soutient par l’exaspération même des désirs.

Dans « Le Lys de la vallée » d’Honoré de Balzac, le jeune aristocrate Félix de Vandenesse s’éprend de Madame de Morseauf qui est une femme mariée et mère de deux enfants. Félix décrit celle qu’il aime comme « le lys de cette vallée où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus ».
Madame de Morseauf est effectivement très vertueuse, et c’est pourquoi, elle ne cède pas à la tentation charnelle avec le jeune homme pour qui elle développe des sentiments passionnés. Cet amour chaste dépourvu de sensualité s’inscrit dans la notion d’amour platonique.
Cette forme d’amour provient du nom du philosophe grec Platon. Les intellectuels et philosophes, qui lui ont succédé, ont développé le concept en se basant sur les textes de Platon : « Le Banquet », « La République » et « Phèdre ».

Les deux protagonistes de l’histoire « Le Lys de la vallée » ne sont pas asexués mais ils découvrent le plaisir et le bonheur qui découle de leur amour platonique. Leur relation évolue entre désir et vertu pour mieux s’épanouir dans des sentiments profonds. D’un côté, cet amour permet à Félix de construire sa vie de jeune adulte mondain, de l’autre côté, il aide Madame de Morseauf à rester fidèle à son mari.
Leur relation ne souffre pas du manque physique, car ils développent ensemble un amour respectueux, intellectuel et spirituel.

L’asexualité est reconnue comme une revendication identitaire et intégrée à la mouvance LGBTQI+. Même si le sujet est progressivement traité dans les médias, cela ne suffit pas forcément à encourager les personnes à en parler. Se sentir différent, décalé par rapport à la sexualité est une difficulté supplémentaire dans la construction identitaire. Aborder le sujet de l’asexualité est une première étape pour que les asexuels trouvent un soutien, de la compréhension et puissent créer des liens et se rencontrer.

Pensez-vous que la construction d’une histoire d’amour nécessite de partager des relations sexuelles ?

Sources :
LGBTG Nation
The Trevor Project
AVEN : The Asexual Visibility and Education Network

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By Delphine

Auteure et script-doctor sur des projets de films et de séries, j’ai également envie de m’évader sur d’autres sujets, notamment le développement des sentiments amoureux, et la complexité de l’attirance entre êtres humains.

5 thoughts on “Asexualité : s’aimer sans sexe ?

  • Syrenia

    Merci pour ce très bel article. Je connaissais déjà la majorité des points abordés, j’ai donc appris les autres.

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  • éric

    Le comble du romantisme qui est l’amour du sentiment d’amour, ce vit chez les nones dans les couvents. Ces dernières subliment le sentiment d’amour et le vivent pleinement sans présence physique et évidemment sans sexualité. Le sujet de leur amour n’est pas humain il est plus divin, incarné il y a 2000 ans en la personne du Christ, ce dernier à proclamé la religion de l’amour qui ne connait ni limites ni frontières, ni espace temps, intemporel en quelque sorte. Ces femmes donc paradoxalement aiment le même homme, à la différence des autres qu’il est parfait en coeur et en esprit. Par la force de leur foi et de leur croyance, elles développent en elle un amour platonique et spirituel qui ne connait pas les affres de la chair et l’usure du temps, ni des impératifs de la cohabitation ou des échanges humains. Il est totalement intérieur il se cultive il s’entretient et de ce fait peut durer tant qu’il est alimenté par la seule volonté ou désir de cette personne. L’amour serait donc une affaire d’un autre ordre que la sexualité qui serait autre chose, disons de complémentaire et de vital si on veut donner naissance à une autre vie. L’ axesuel aime son partenaire en dehors de sa condition d’être sexué, car il n’est pas sensible au désir sexuel au plaisir de la chair et ou n’est pas fortement animé par la pulsion sexuelle en tant qu’énergie motrice…

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  • Marie-Josée

    Merci pour ce commentaire.

    👍👍👍💖👍👍👍

  • Karine

    Bonjour,
    merci pour cet article. Je me demande qu’en est il de l’aspect bio-chimique que nos hormones déclenchent de façon involontaire, le désir se contient, mais y a t-il dans ce contexte des plaisirs solitaires des asexuels? Comment avez vous la certitude qu’il ne s’agit pas d’un refus psychique de la sexualité, (ce qui est tout à fait légitime, chacun à le droit de faire ce choix), avez vous des sources, des études médicales ou psy sur ce sujet? Merci !

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    • Delphine

      Bonjour Karine,

      Je me suis principalement documentée sur des sources américaines qui sont indiquées à la fin de l’article 🙂 Pour essayer de trouver de la matière à tes interrogations, voici un extrait d’un article sur le sujet :

      « Selon le sexologue-psychologue Pascal de Sutter, il y a une explication derrière ce désert luxurieux. « Ces personnes ont un désir sexuel hypoactif (DSH), qui peut s’expliquer par toutes sortes de raisons. Elles ne ressentent pas l’envie d’avoir des rapports. Certaines peuvent en souffrir, d’autres non. Cependant, il est un peu absurde de se dire ‘je n’ai pas envie de faire l’amour, donc je suis asexuel' ». Néanmoins, il est inutile de traiter médicalement des personnes qui vivent bien leur asexualité et qui ne ressentent pas de manque, selon le médecin. »
      https://www.lexpress.fr/actualite/societe/asexualite-besoin-de-toi-envie-de-rien_1244559.html


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