Comment sortir de sa caverne ?

En 2020, la situation sanitaire exceptionnelle, consécutive au coronavirus, a obligé plus de la moitié de la population mondiale à vivre confinée, dans une sorte de caverne, pour endiguer la pandémie. Est-ce-que l’allégorie de la Caverne de Platon, rédigée environ en -300 avant JC, peut nous donner un éclairage sur la situation actuelle ?

L’allégorie de la Caverne de Platon

« Représente-toi des hommes qui vivent dans une sorte de demeure souterraine en forme de caverne […] à l’intérieur de cette demeure ils sont, depuis leur enfance, enchaînés par les jambes et par le cou […] Quant à la lumière, elle leur vient d’un feu qui brûle en arrière d’eux, vers le haut et loin.

Peux-tu croire en effet que des hommes dans leur situation, d’abord, aient eu […] aucune vision, hormis celle des ombres que le feu fait se projeter sur la paroi de la caverne qui leur fait face ? » Extraits de l’ouvrage « La République » de Platon, Livre VII

Des Hommes vivent dans cette caverne depuis toujours. Ils ne peuvent ni sortir, ni bouger, ni observer l’extérieur. Ils voient uniquement des formes sur la paroi en face d’eux. Ils ne se doutent pas qu’il s’agit des ombres des marionnettes que des personnes agitent derrière leur dos. Ces Hommes ignorent qu’ils vivent dans une grotte et qu’il existe un monde à l’extérieur.

Fréquemment analysée, l’allégorie de la Caverne permet d’aborder le thème du pouvoir et de l’éducation du peuple en mettant en lumière la meilleure manière de gouverner les citoyens et la nécessité que ces derniers restent vigilants quant à l’exercice du pouvoir. Il est possible d’utiliser cette allégorie pour explorer d’autres sujets, notamment, le pouvoir des médias, la diffusion des « fake news », mais également le comportement des êtres humains face à la connaissance, ce qui est le choix du présent article.

La Caverne représente notre enfermement dans le « monde sensible » et les ombres projetées sur la paroi reproduisent nos illusions. Nous sommes évidemment persuadés que nous voyons la réalité, mais nous sommes prisonniers des apparences. Nous interprétons cette réalité à partir de nos sens, de ce que nous voyons, ressentons, entendons. Mais tout cela est-il vrai ou faux ?

Nous sommes manipulés par nos propres idées, jugements et convictions, car nous considérons que nos perceptions représentent la réalité. Cette interprétation est source d’erreurs car elle est subjective et basée sur notre point de vue qui est confronté à des limites.

Pour ouvrir notre point de vue à la vérité, il faut sortir de la Caverne pour accéder au « monde réel ». Il faut du courage pour se libérer de nos croyances, car il faut accepter de remettre en question nos idées, jugements et convictions. Nous devons appréhender le monde par l’intermédiaire de notre esprit plutôt que par nos sens. Nous pourrons ainsi utiliser notre raisonnement pour prendre conscience que nous étions dans l’illusion. Pour y parvenir, nous devons apprendre à réfléchir, critiquer nos idées, et à changer notre point de vue. Pour cela, il existe un triptyque gagnant : communiquer, changer de prisme et se confronter à la réalité.

1/ Communiquer

Selon Platon, pour atteindre la vérité, l’Homme doit interroger et examiner ses certitudes et ses croyances. Cet examen critique peut s’avérer très déstabilisant. Cela signifie qu’il·elle doit se remettre en cause sur ce qui lui semblait auparavant évident et incontestable. L’être humain visualise inévitablement son expérience de la vie de manière empirique. Il se connaît et connaît ce qui l’entoure avec sa subjectivité. Par conséquent, il existe autant de subjectivités que de personnes sur la terre, donc il existe une multitude de points de vue et de ressentis. La vérité n’est qu’une apparence…

En pleine conversation, votre interlocuteur se met à bailler, vous pouvez penser qu’il·elle s’ennuie. La communication permet de déconstruire notre point de vue et de donner la possibilité à l’autre de le compléter ou de le modifier à condition que la personne partage avec franchise et sincérité son point de vue. Au lieu de juger hâtivement la situation, il suffirait d’interroger la personne sur les raisons de son bâillement. Il existe plusieurs possibilités : la personne a mal dormi, elle se détend, elle est perdue dans ses pensées, ou bien, effectivement, elle s’ennuie.

La théorie de la Caverne permet de comprendre le comportement naturel de l’être humain, c’est-à-dire qu’il·elle observe le monde qui l’entoure de son point de vue. De manière générale, l’être humain interprète les situations en fonction de ses ressentis, et la personne à Haut Potentiel est particulièrement concernée. En effet, il·elle possède des capacités pour analyser les comportements et les émotions des autres. La personne à Haut Potentiel est également très intuitive, cela lui permet de ressentir la tonalité d’une ambiance ou bien la présence ou l’absence d’une affinité avec une personne. Par conséquence, rien n’échappe à sa vision et son introspection, car il·elle décortique les petits et grands évènements de sa vie. Étant donné que l’être humain n’est pas omniscient, son point de vue est limité par les éléments auxquels il·elle a accès. C’est pourquoi il·elle a besoin de communiquer pour élargir sa connaissance des situations. En multipliant les interrogations auprès de différentes personnes, cela permet d’augmenter les sources de communications, donc de croiser les informations pour en extraire une meilleure compréhension possible.

2/ Changer de prisme

L’être humain prisonnier·e dans la Caverne est habitué à vivre dans l’obscurité. Il·elle ignore qu’il existe, à l’extérieur, un monde lumineux. En sortant de la Caverne, son regard est littéralement ébloui et aveuglé. La personne éprouve un véritable choc : elle découvre que la Caverne n’était pas le seul endroit sur terre et elle comprend qu’il·elle était piégé·e dans un univers factice. Par conséquent il·elle se demande si tout ce qu’il·elle a vécu, ressenti, entendu était vrai. Où est la réalité : le monde intérieur de la Caverne qui rassure ou bien le monde extérieur qui effraie parce qu’il bouleverse les certitudes ?

Voilà de nombreuses années que vous ne parlez plus à une personne qui faisait partie de votre entourage très proche. A l’origine de cette distance, il y a eu une dispute, une prise de conscience ou bien un éloignement progressif. Vous continuez de ruminer la fin de cette relation ou de vous demander ce qui a pu la provoquer. Pour apaiser votre colère ou votre incompréhension, il est nécessaire de visualiser la situation en vous mettant à la place de cette personne. En quittant votre prisme, votre point de vue, vos émotions et sentiments, vous pourriez essayer de découvrir ce que ressent cette personne, saisir s’il·elle s’est senti.e blessé·e, et que c’est à vous de vous faire le premier pas. La réflexion peut vous aider : vos vies étaient-elles peut être devenues trop différentes ? Comment conserver les meilleurs souvenirs de cette relation ou pas ?

L’être humain n’est pas condamné à rester enfermé dans son point de vue (sa caverne), s’il accepte de s’ouvrir à celui des autres. L’un des moyens les plus efficaces pour y parvenir consiste à essayer de se projeter dans la « vie » de l’autre. Se mettre « dans la peau » d’une personne permet d’avoir une nouvelle perception. Cet exercice requiert de l’empathie, c’est pourquoi les personnes à Haut Potentiel y sont particulièrement disposés. Elles sont spontanément attentives aux problèmes des autres. Leur sensibilité leur permet de s’intéresser aux sentiments et aux émotions des personnes de leur entourage. Elles peuvent plus facilement faire abstraction de leur point de vue, pour se focaliser sur l’histoire et les informations dont il·elle dispose dans la connaissance de l’autre. Cette observation contribue, en principe, à changer de regard sur l’autre. Cela permet, in fine, de visualiser la situation préalable avec de nouveaux éléments qui peuvent compléter ou modifier le point de vue initial de la personne qui effectue cette expérience.

3/ Se confronter à la réalité

L’un des objectifs de la philosophie rejoint celui du bonheur : être heureux. Platon estime qu’il est préférable de souffrir dans le monde réel plutôt que de se sentir heureux dans le monde sensible. Le sentiment de sérénité dans un univers artificiel n’est qu’une illusion, par conséquent il peut s’effondrer à tout moment. A contrario, le même sentiment dans le monde réel repose sur des fondations plus solides et résistantes. Seulement, parfois, l’être humain a envie de rester dans sa caverne pour éviter de prendre trop de risques…

Vous avez reçu une invitation à un repas. Vous n’avez pas envie de vous y rendre parce que vous voulez éviter de revoir des invités également conviés. La solution la plus simple serait de décliner la proposition, mais la solution la plus constructive serait de dépasser vos blocages.

Le choix de s’isoler protège certainement de certains désagréments que vous pourriez subir à l’occasion de ce repas, mais cette protection est illusoire puisque cela ne modifie pas la situation. Au lieu de repousser le problème, vous pouvez l’appréhender, par exemple, en demandant de l’aide, pour ensuite vous y confronter. Vous pourriez découvrir que ce repas vous permettra de vous affirmer, de faire rire votre audience, ou de surmonter vos émotions.

Lorsque l’être humain souffre d’une situation, il·elle choisit souvent le réflexe le moins contraignant et le plus réconfortant : se protéger dans sa bulle. Cela s’avère positif si cela permet de se sentir apaisé·e et de prendre du recul, a contrario, si l’objectif est de se renfermer sur soi, il est utile d’agir. La personne à Haut Potentiel se sent fréquemment en décalage, et cette impression peut s’accroître et devenir douloureuse dans le cadre d’évènements mondains. Pour masquer ce sentiment, certaines personnes à Haut Potentiel choisissent de jouer un rôle pour se conformer au contexte en modifiant leur conduite.

La fuite constitue une réaction normale pour éviter de subir la même situation douloureuse qui se répète, mais au lieu de se positionner en victime, il existe d’autres solutions. L’adage qui consiste à penser que l’on ne peut pas changer les autres permet de prendre conscience que le changement se trouve à l’intérieur de chacun. Ainsi, la personne qui choisit de modifier son comportement peut impulser un changement ailleurs. Pour cela, en amont, il faut quitter son espace de sécurité et accepter de se confronter à ce qui contrarie ou effraie.

L’expérience de confinement est rassurante et réconfortante pour certains et angoissante et traumatisante pour d’autres. Dans tous les cas, cela affecte toutes les personnes concernées. L’accaparement du sujet par les médias, les dérives autoritaires de certains gouvernements, la diffusion de fake news, et de méfiance vis-à-vis du milieu médical et des vaccins ont fragilisé la confiance des citoyens. Ils se demandent dans quel monde ils vivent : le « monde des sens » ou le « monde du réel » ?

En réalité, il n’existe qu’un seul monde, c’est l’être humain qui peut décider d’adopter un regard différent et pertinent sur ce qui l’entoure. Lorsqu’il·elle observe les ombres et s’interroge, cela signifie que la recherche du chemin de la Connaissance n’est pas loin.

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By Delphine

Auteure et script-doctor sur des projets de films et de séries, j’ai également envie de m’évader sur d’autres sujets, notamment le développement des sentiments amoureux, et la complexité de l’attirance entre êtres humains.

4 thoughts on “Comment sortir de sa caverne ?

  • florian

    Merci , tellement de vérité , la violence engendré dans ce monde est avant tout dans l’incompréhension de ceci , nous avons réellement tous une réalité et une perception différente de chaque instant de nos vies .

  • Sophie

    Joliment dit sur le mode conscience, éveil! Pourtant, je suis triste de ne pas a

  • Sophie

    …oups, (mode commentaire à modifier à rajouter David, hi hi)…Pourtant, je suis triste de ne pas avoir plus de connexion entre HP et prise de conscience que la réalité des uns n’est pas la réalité des autres. Voire pas de questionnement du tout de la part de HP… Quel est votre expérience à vous? Merci.

  • Lionel

    Je vis dans le monde réel depuis toujours et je m’y confronte quotidiennement. Je me suis construit une caverne parce qu’à l’inverse de ceux qui y sont nés et qui fantasment la réalité extérieure, la mienne n’est pas l’expression de fantasmes mais vécue (et subie). Elle ne s’est pas construite sur des préjugés mais sur des post-jugés.
    Je préfère être heureux dans le monde sensible que souffrir dans le monde réel, le premier étant une vision choisie, triée, modulée du second.


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