Spectre Super Atypiker
11 oct. 2021 à 1:27
UNE CITATION EN INTRODUCTION :
« La distance, c’est la civilisation » dit Charles Consigny, voilà qui donne matière à réfléchir !

SYNTHÈSE WIKIPÉDIA :
La distinction entre le tutoiement et le vouvoiement est un concept grammatical familier aux locuteurs de langues indo-européennes (sauf dans le cas de l'anglais moderne, qui ne le connaît plus, et de celui de certaines langues nordiques, où il est largement désuet). Il s'agit d'une opposition entre les deux personnes grammaticales permettant de s'adresser à un interlocuteur.
[…]
Le vouvoiement (« vous, votre, le vôtre, la vôtre », etc.) s'adressera plutôt aux personnes auxquelles on doit un certain respect ou avec lesquelles on désire maintenir une certaine distance sociale, ce qui peut comprendre les inconnus, les supérieurs, la plupart des collègues d'un grade différent (bien que certains supérieurs tutoient leurs subalternes), les personnes âgées et dans les contextes où un certain formalisme est de rigueur (réunions officielles, cérémonies, émissions télévisées, sport pour les relations entre joueurs et arbitres).

ARTICLE DU FIGARO (LIVRE D’ETIENNE KERN SUR LA QUESTION) :
~ Origines latines du vouvoiement ~
Le vouvoiement de politesse remonterait à l’antiquité. «Si les origines du vous sont incertaines, son essor est indéniable en latin tardif», précise l’auteur. Jusqu’au XVIIIe siècle, des codes très nets sont établis dans la société française: il est synonyme de «hiérarchie, verticalité et non réciprocité». Il n’était certes pas adéquat de tutoyer un aristocrate si l’on était bourgeois, lui-même était tutoyé par la noblesse, et vouvoyé par un mendiant. Ce dernier pouvait seulement tutoyer ses semblables. La hiérarchisation des relations humaines, organisée autour du statut social des individus, ne permettait alors aucune ambiguïté.

~ Brouillage des frontières entre le tu et le vous ~
Les choses ne sont pas aussi limpides désormais. S’il est toujours d’usage d’employer le vouvoiement face à un inconnu, une personne âgée ou un supérieur hiérarchique, la frontière établie entre le tu et le vous tend à s’estomper. Le tutoiement ne renvoie plus systématiquement à une logique d’infériorité, mais davantage à une volonté de marquer que «l’on partage quelque chose (une même profession, les liens du sang, l’amitié)» note Étienne Kern. Dans le cadre professionnel par exemple, il est de plus en plus courant qu’un employeur demande à être tutoyé par ses subordonnés. C’est dans ce cas précis que peut naître une interrogation quant à ce qu’il convient de faire. Le vouvoiement «exprime a priori la distance ou tout au moins la non-solidarité», et peut entraîner une incompréhension, pire, une vexation de la part de l’interlocuteur.

PETIT PODCAST DE FRANCE CULTURE :
~ Nostalgie de la politesse ~
Frédéric Rouvillois l’analyse et l’explique. Dans notre histoire, la politesse connaît des hauts et des bas. Il souligne d’ailleurs qu’après les années 60-70, période de forte contestation où les bonnes manières étaient perçues comme archaïques et ringardes, nous vivons aujourd’hui dans une période plus propice à la politesse. Pour le juriste, il y a un rapport certain entre la crise économique et sociale, la montée du chômage, le sentiment que la vie est de plus en plus difficile et la prise de conscience de l’utilité de la politesse. C’est ce qu’il confiait, il y a deux ans, dans un entretien au FigaroVox. Je le cite : « Quand tout va bien, la politesse est juste la cerise sur le gâteau. Quand les choses deviennent plus difficiles, elle reprend toute sa force et son utilité s'impose. Les gestes quotidiens de la politesse deviennent le liant de ce fameux vivre ensemble. » La messe est dite !

PASSAGE DU ‘VOUS’ (FORMEL) AU ‘TU’ (INFORMEL) :
C’est un rituel fréquent, qui marque l'évolution d'une relation. Utiliser le pronom tu signifie en effet plus de proximité, plus d'intimité, moins de formalité dans les contacts, la communication et même les sujets de conversation. Ce changement est immédiatement perceptible pour chaque individu, une sorte de relâchement mental et physique se produit, qui transforme la façon d'agir et de se comporter. Le passage du vous au tu se fait plus facilement entre personnes du même sexe que de sexes opposés, l'âge joue aussi un rôle important. Ce passage est souvent formalisé par une question posée ainsi : "On pourrait se tutoyer maintenant, ce serait plus simple ?" ou "Ça vous dérangerait si on se tutoyait ?"

LES CAS DE VOUVOIEMENT GÉNÉRALISÉS :
1) Les inconnus, personnes que l’on aborde pour la première fois.
2) La verticalité hiérarchique en entreprise.
3) Le code de déontologie pour gendarmes et policiers.
4) Le tribunal de justice et les personnes assermentés.
5) Le corps professoral.

MON AVIS (RESSENTI) PERSONNEL SUR LA QUESTION :
L’emploi du ‘vous’ serait donc semblable à un triptyque : une fresque principale à la gloire de verticalité (hiérarchisation) à laquelle s’ajoute deux volets plus discrets que son la distanciation (courtoisie) et l’intimité (pudeur).
=> Verticalité comme dénomination à la vision pyramidale de la société et de l’entreprise.
=> Distanciation comme frontière respectueuse entre connaissances et inconnu(e)s.
=> Intimité comme volonté de n’accorder le ‘tu’ qu’aux personnes/moments chères au cœur.

Il semblerait donc que la pratique du vouvoiement résiste encore à l’avancée de mœurs, là où le restant de l’Europe s’accorde au tutoiement partout où la nuance était encore possible…
Ma théorie personnelle étant que cette tradition à la Française ne tienne malheureusement que principalement par un réflexe tacite de caste ; une mesquinerie bien de chez nous où ‘gagnants’ et ‘perdants’ de la société s’affrontent moralement sur un énième sujet de privilège et d’égalitarisme (pédanterie VS victimisation)…
En soi je ne cherche pas tant à prendre position sur cet aspect des choses, mais plutôt à regretter le fait (qu'à première vue) ce prisme de la linguistique s’accapare et en résume débat.

1) Pour moi, le ‘Vous’, c’est aussi la distanciation courtoise où la personne n’est pas seulement pointée comme étrangère à soi, mais également traitée par un vocabulaire et une élocution (hautement ?) respectueuse pour équilibrer la donne.
Suis-je donc le seul à être révulsé par le tutoiement d’un(e) inconnu(e) ? Ca et le fait que ce ‘tu’ suinte généralement la proximité de façade, une sémantique remarquablement pauvre, et une voix/intonation digne d’un mauvais sketch ? Ne trouvez-vous pas les gens d'une vulgarité notable (les cols blancs m'insupportent autant que les survêtements Lacoste à ce jeu là) ?

2) Pour moi, le ‘Vous’, c’est aussi (et surtout) ce faire-valoir du ‘tu’ : celui qui métamorphose la seconde personne en un emploi plus rare, et donc avec plus de valeur. Il lui offre in-fine cette notion hautement sentimentale et précieuse. Le ‘Vous’ est tourné vers le monde afin que le ‘tu’ devienne le langage d’amour par la proximité.
Suis-je donc le seul à trouver que je manque de respect à mon cercle intime lorsque je m’adresse à eux par la même dénomination que tout un chacun ?

ALLEZ HOP-HOP-HOP : DONNEZ VOTRE AVIS ! ARGUMENTEZ !
(Et merci à cette fainéante de @Freia qui me paiera pour avoir laissé tout le taff ! :p)
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