atypiker
27 févr. 2020 à 23:16
Salut les atypikoos,

La semaine dernière je me suis lancée dans le grand saut. Il fallait que ""je sache"", alors je suis allée me confronter à moi-même dans un combat épique avec des cubes, des chiffres et des lettres (aka le test de QI).
Et j'ai eu envie de partager mon expérience de passation de test avec vous.

Chapitre 1 : le choix du psychologue
Mon psychologue habituel ne faisant pas passer les tests de QI, il m'a redirigé vers un psychologue proche de chez moi, spécialisé dans les tests uniquement (qui ne fait pas de suivi thérapeutiques de patients). Je me dis que c'est une bonne chose de faire ça avec un autre psychologue, qui aura une approche non biaisée, car ne me connaissant pas. Je vais voir les ""com"" lachés par les patients sur doctolib, et ils ont l'air satisfait du psychologue et louent sa rigueur scientifique, le fait qu'il mette à l'aise les enfants, etc (note de 4.5/5), aller go on fonce. Je note au passage l'existence de deux ""écoles"" : les psychologues qui incluent le test de QI dans un package global avec entretien préalable, prise en compte du vécu, passation du test, le tout sur plusieurs séances. Et la seconde école plus ""puriste"" où l'aspect scientifique/non biaisé de la passation du test pré-domine.
Etant une scienteuse psychorigide, j'ai bien sûr opté pour l'option 2. Le test de QI en une seule séance avec test + première restitution à chaud, suivi d'un rapport envoyé sous une semaine.

Chapitre 2 : la rencontre avec le psychologue
Il m'explique sa démarche. Il ne veut pas savoir la raison de ma venue pour la passation du test, afin de ne pas biaisé son évaluation. J'approuve la démarche. Il me pose quatre questions préalables : Est ce que je vis seule (le petit coquinou ;) ), est ce que j'ai des enfants, est ce que je suis droitière/gauchère, et ma profession. J'ai failli ne pas lui donner ma profession pour que ça ne biaise pas le test, mais bon je me suis dis que j'allais jouer selon ses règles du jeu. Le contact passe normalement entre nous, ni trop à l'aise ni mal à l'aise. Et nous commençons le test. Je tremble un peu sur la première épreuve mais je me ressaisis rapidement et m'enferme dans ma bulle de concentration. Et les tests s'enchaînent. Je sais que j'en foire certains complètement et il y en a d'autres où je vais réussir sans difficultés. Il me propose de faire une pause au milieu du test, mais vazy chui chaude! on continue :D

Chapitre 3 : l'annonce des résultats
il me fait un debriefing à chaud. Je vois les points s'afficher par indices et il commence un peu à m'expliquer les résultats. Son discours n'est pas forcément très accessible (il sait que j'ai des compétences en sciences et statistiques) et je décroche assez vite, de toute façon j'ai déjà compris ce que je vois sur les graphiques. Je suis mitigée par ces résultats et en même temps LE CHIFFRE, le SAINT GRAAL, bref le QI moyen est là sous mes yeux, et dans la tranche à laquelle je m'attendais (dans les 5 à 10% de la population de mon âge). Mais donc bien en dessous des 130 scientifiquement consensuels pour établir un ""diagnostique"" HPI. Malgré ça je ne peux pas m'empêcher de fixer cette courbe, ou l'un des chiffres des indices me nargue avec son petit air de supérieur à 130. Et deux autres, bien moins glorieux :D.
Donc voilà mon QI est hétérogène, j'excelle en marathon mais je ne sais pas nager. Et en moyenne, je sais donc faire du sport un peu plus que la moyenne. Le psychologue invalide scientifiquement de façon ferme un HPI, je ne suis pas dans la case supérieure à 130. J'encaisse le coup et me sent un peu paumée.

Chapitre 4: le reste de l'entretien
Il me demande enfin pour quelles raisons je viens. Je lui explique un peu mon suivi psy et ce qui m'a amené à me reconnaître dans les bouquins qui décrivent l'adulte surdoué et à venir passer le test. A partir de ce moment là, c'était fini, je venais de mettre une pièce dans le jukebox, et je me suis pris une heure de monologue en pleine face sur :
- le fait que le HPI c'est le nouveau truc à la mode, surtout chez les mères de famille
- les bouquins à succès sur le sujet ne sont basés sur aucune étude scientifique
- les HPI ne sont pas plus malheureux ou en échec que les autres (la règle des 1/3, 1/3, 1/3 des enfants qui réussissent/ sont dans la moyenne ou sont en échec n'a aucune véracité scientifique)
- la pensée en arborescence n'a aucune réalité scientifique (seule la pensée divergente existe en psycho)
- il n'y a aucun lien scientifique fait entre hypersensibilité et HPI
Ensuite j'ai eu le droit à 30min où il m'a raconté sa vie au lieu de parler de moi (ahah), et ou au passage il a egratigné ses confrères psy dont le niveau à la fac est ridicule (notamment en anglais, qui est une compétence indispensable pour comprendre la littérature scientifique sur la recherche dans le domaine), sur les psy qu'il a vu faire passer des tests de QI et qui ne respectent pas les protocoles (notamment dans la diction des chiffres dans la séquence chiffre par exemple). J'ai trouvé cela assez intéressant, car il effectue des études statistiques de ses résultats de tests. Il détecte notamment chez lui 4% de HP. Sachant que les HP sont 2% de la population dans la définition stricto senso scientifique. Il y a bien sûr plus de chance qu'ils viennent consulter pour un test de QI. Mais il considérerait qu'un pourcentage par exemple de 30% ou 40% de HP détectés dans son cabinet (comme peuvent l'annoncer certains de ses confrères), serait la preuve d'un gros biais dans la façon dont ils font passer les tests. Je trouve son point de vue assez intéressant sur ce point. je suis aussi d'accord avec lui, notamment sur l'effet Barnum ou tout le monde ou presque peut se reconnaître dans la définition du HP.
Bref, tout ça pour dire que j'étais venue pour une approche scienteuse et....j'ai été servie :D.

Même si la personne en elle-même n'était pas désagréable, je n'aurais pas été contre une approche un poil plus humaine tout de même. Les conclusions qu'il a retiré de mes tests c'était:
- Vous n'êtes pas du tout dans les domaines ou on vous attend pour une scientifique. Mais pourtant vous devez bien en avoir de la logique dans votre métier? (LOL)
- Tiens c'est marrant pour les séquences de chiffres vous aller aussi loin à l'envers, qu'à l'endroit ou en triant, c'est assez peu commun.
Et voilà, il n'a pas chercher à comprendre pourquoi ni à aller plus loin.

Chapitre 5 : Mon analyse de mes résultats

Sans trop de surprise, j'ai été assez nulle pour tout ce qui est visuo-spatial, parce que je ne suis pas une visuelle. Mais ce qui est cool, c'est que même en loupant totalement l'exercice, j'arrive à avoir un résultat dans la moyenne. Ma logique n'est en effet pas visuo-spatiale, et c'est seulement celle ci qui est testée dans la partie indice de perception du test de QI. Je définirai mon sens logique comme plutôt conceptuel, voir verbal, même dans les domaines scientifiques. Ma logique est aussi beaucoup anticipative et va explorer tous les scénarios possibles, et va se servir de ma mémoire à long terme pour avoir une vision globale et imbriquée de toutes les pièces entre elles. Dans le test de QI seule la mémoire immédiate est testée, et pas la mémoire à long terme (sauf peut-être dans le test de culture G). Je n'aime pas stocker des choses éphémères qui par définition n'ont qu'une faible utilité. Et ça explique mon gros échec en arithmétique, un peu honteux pour une scienteuse. Mais bon en même temps, vu que j'ai jamais appris mes tables de multiplication, parce que ça m'intéresse pas le par coeur, et que je peux faire les mêmes calcul en passant par des additions/soustrations (bon certes en mille fois plus longtemps), ben j'en voyais pas l'intérêt. Du coup l'exo d'arithmétique il devient vite chaud pour moi :D . J'en avais tellement marre qu'à la fin je lui disait ouai le calcul à faire c'est ça, et ça doit donner approximativement ça :D. Et bien sûr l'exercice se complique par le fait qu'il y a plein de phrases inutiles dans l'énoncé. Et que ce genre de tri, je le fais par la lecture. Hors là, l'exercice est dicté. C'est frustrant pour quelqu'un qui travaille de façon autonome en général.
Pareil la rétention de la séquence de chiffre est compliqué pour moi, car cela ne fait pas de sens pour moi d'utiliser ma mémoire pour retenir ce genres d'infos. Le même exercice mais avec des suites de mots, même à priori sans liens entre eux, m'aurait plus motivé. Par contre le fait de réciter les chiffres à l'envers avait un coté plus challenging pour moi, et c'est pour ça que je pense avoir mieux réussi cet aspect.

Mon ressenti final sur les exercices, c'est que :
- en verbal on peut vite scorer si on lit beaucoup
- en perceptif faut avoir une bonne représentation visio-spatial sinon c'est mort (y a que l'exo des matrices ou on peut s'en sortir un peu)
- la mémoire de travail : y a moyen de facilement faire augmenter ses points de QI avec un peu de pratique, en révisant ses tables de multiplication et en musclant se mémoire à cours terme avec des petits exo quotidiens
- la vitesse de traitement est pour moi probablement le seul item qui est purement limité par les capacités cognitives qu'a reçu l'individu à sa naissance

Chapitre 6 : Toujours le flou et les questions qui restent

Avec tout ça me voilà bien avancée avec ma problématique.... un HPI est clairement invalidé, c'est marqué noir sur blanc sur le rapport du psy. Bon j'ai pas pu m'empêcher d'aller calculer la déviation de mon résultat par rapport au chiffre de 130. En assumant une incertitude de 130+/-2 et en prenant l'intervalle de confiance de mon test, je suis à 1.3 sigma de 130. Et bien..si vous saviez le nombre de résultat que j'ai déclaré statistiquement compatibles à 1.3 sigma dans ma vie :D. Donc rigoureusement parlant, ce n'est pas 100% correct de dire que le fait que je sois HPI soit invalidé (bouhh le psy!). Et je peux pas ne pas m'empêcher de penser que si j'étais aller faire le test avec un psy de la catégorie 1, on m'aurait déclaré HPI, ne serait qu'en prenant en compte le fait que j'ai un des indices supérieur à 130, et en prenant en compte mon vécu. Perso, j'en connais pas beaucoup des gosses qui a 5 ans se sont imposés une alimentation végétarienne par conscience de la souffrance animale, n'ont pas laissé le choix à leurs parents (non-végétariens) et avaient déjà compris qu'il fallait mentir à la maîtresse qui demandait ce qu'on avait mangé à midi, pour ne pas avoir d'ennuis.

Chapitre 7 : Un peu de prise de hauteur par rapport à cette expérience

Et bien ce test de QI, c'était..une expérience... Bien sûr je suis prête à accepter le verdict scientifique, c'est ce que je recherchais dans ma démarche. Moi-même je vais vite m'agacer si je me retrouve en face de quelqu'un qui me soutient par A+B que la terre est plate, en dépit de toute veracité scientifique. Je respecte le travail des scientifiques du domaine psy, et l'état de l'art actuel de ces connaissances.Et je pense qu'il est important d'avoir ce type de garde-fous, d'honnêteté intellectuelle.

Je ne me revendiquerai pas ""HP"", car j'aurais un sentiment d'imposture profond, et aussi par respect pour les gens qui font réellement partis de ces deux pourcents, et les difficultés que cela peut engendrer pour eux. J'aimerais conclure sur quelque chose que je trouve ""marrant/ironique"". Le seul mot qui m'a fait chuté dans le test de vocabulaire, sans vouloir en dévoiler trop sur le test pour les gens qui voudraient le passer, c'est un mot dont la définition implique pour moi le fait de se soutenir mutuellement les uns les autres, là où les rédacteurs du test de QI y voient un assemblage d'objet se tenant ensemble.
Et bien je préfère mon intelligence de la vie, à celle des rédacteurs des questions :)

Et vous vos tests de QI, quelle analyse en avez vous retiré?

Chargement...
Vous devez être membre pour commenter ce post