Découvrez le profil atypique de Pascal : psychologue & sophrologue

Bonjour Pascal, je suis ravi de vous interviewer pour cette seconde interview atypique ! Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d’Atypikoo ?

Bonjour David,
Bonjour à toutes et à tous,

[David, vous prenez peut-être un risque en me précisant de ne pas hésiter à être exhaustif !]

Une question simple d’entrée : “pouvez-vous vous présenter … ?” Je constate que la réponse ne m’a pas souvent été spontanée ou évidente. C’est parfois encore le cas aujourd’hui. Il me semble qu’est souvent attendue une réponse sociale en terme d’activité, de métier, comme si cela nous définissait… Cela reste souvent toutefois un indicateur et il reste plus simple socialement de donner une réponse qui n’est peut-être finalement que phatique. 

Cette difficulté pour moi et beaucoup d’autres, notamment sur ce site, a souvent été du fait d’avoir des fonctions moins communes (par ex. j’ai été “correspondancier” pendant 10 ans… Difficile de savoir ce que cela regroupe effectivement sans explications ou précisions quant au contexte). Le fait d’avoir eu – et d’avoir encore – plusieurs activités ou fonctions en même temps, n’arrange pas les choses. A moins que ce ne soit le fait de ne pas vouloir me réduire à ces étiquettes… Petite proposition pour les personnes curieuses, en lien avec des travaux en psychologie sociale : répondez 20 fois de suite (différemment à chaque fois et brièvement) à la question “Qui suis-je ?” (1). Les résultats suivent une progression intéressante, mais je ne vais pas le faire ici, déjà que j’ai peut-être perdu certains lecteurs ! Mais je vous rassure, je peux être plus simple, et c’est par jeu que j’introduis ces réflexions. J’aime souvent jouer avec les mots, depuis quelques années, après avoir été plutôt du côté des cancres en français lors de ma scolarité.

Je suis donc Pascal GAUTIER, et aujourd’hui, concernant le professionnel, je suis psychologue – psychothérapeute – sophrologue et formateur.

  1. Test de Kuhn et Mc Partland (1954)

Quand avez-vous découvert que vous étiez Haut Potentiel ?

Je suis manifestement atypique mais peut-être pas doté d’un “Haut Potentiel Intellectuel”. Je me suis intéressé à cette question jeune adulte (j’ai 56 ans), sans me l’attribuer vraiment.

Suite à des échanges début 2017 avec une ancienne élève devenue une amie, identifiée HPI, j’ai pris conscience que j’avais un fonctionnement émotionnel et surtout cognitif “différent”. Avec ses encouragements, j’ai pris contact avec une bénévole (HPI) à l’ANPEIP – Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces – à l’automne de la même année, afin d’être conseillé sur le choix d’un.e psychologue en vue d’une éventuelle passation du WISC. Cette personne, devenue une amie, prenait les paris avec moi en affirmant que ma surdouance ne faisait aucun doute (même si elle disait ne jamais l’affirmer par avance), du fait de nos échanges et de mon parcours.

Avez-vous passé le test et est-ce que cela a changé quelque chose pour vous ?

Oui, dans la suite des éléments évoqués. Cette passation ne s’est pas très bien passée pour moi. J’ai de grosses lacunes en arithmétique et l’un des sub-tests en lien m’a complètement déstabilisé – de manière inhabituelle pour moi –  et sans doute altéré les épreuves suivantes. Par ailleurs, je n’ai pas utilisé mes stratégies mnémotechniques pour une autre épreuve, bref, la conclusion est que j’ai un profil hétérogène qui ne permet pas l’identification claire d’un HPI.

Cette passation, considérée à tort comme un échec, m’a déstabilisé plus que nécessaire. J’avais découvert une appétence marquée pour partager, travailler, accompagner les personnes plus atypiques (du point de vue de certaines statistiques). Ces “APIE” (2) sont souvent qualifiées de diverses autres étiquettes, qui peuvent renvoyer à d’autres réalités. Mon nouveau projet professionnel s’orientait vers l’accompagnement psychothérapeutique en particulier de ce public. Je partais de l’hypothèse que si j’étais HPI, étant donné mes expériences et mon parcours, je pouvais alors aider de manière pertinente ces personnes. Ce résultat, selon moi à ce moment, mettait ce projet en péril. La collègue (pas celle de la passation) avec qui je faisais un travail complémentaire m’a rappelé qu’il n’était pas nécessaire d’être alcoolique pour aider les personnes souffrant de cette dépendance…

Aujourd’hui et depuis, j’ai eu le plaisir d’accompagner plusieurs personnes identifiées HPI. C’est un public qui garde ma préférence et avec lequel je me sens proche…

Précisons, que l’on peut bien sûr être “atypique” sans avoir un QI élevé, par exemple, ou sans avoir été identifié comme tel par le WISC ou WAIS (tests psychométriques selon D. Wechsler). A remarquer aussi qu’un effet “Barnum” (3) provoque de nombreuses auto-identifications erronées. Il ne suffit pas d’être hypersensible ou de “penser trop” pour être “HPI”…

  1. APIE pour Atypiques Personnes Intellectuellement et Émotionnellement. J-F Laurent (2012) utilise cet acronyme avec son ouvrage “Be APIE”, mais je l’ai rencontré chez un autre auteur dont je ne suis pas sûr du nom dans l’immédiat.
  2. Et comme me le faisait remarquer ma fille, les personnes à gauche de la courbe de distribution gaussienne des QIT sont elles aussi atypiques.
  3. Désigne un biais cognitif induisant toute personne à accepter – selon S. Circcotti (2008) – une vague description de la personnalité comme s’appliquant spécifiquement à elle-même

Est-ce que vous conseillez de passer un test ?

Oui, je conseille la passation pour l’éventuelle identification d’un HPI (et non “diagnostic”, il ne s’agit pas d’une pathologie !) si l’intéressé.e vit une certaine souffrance ou a un doute à ce sujet (même s’il dit ne pas être HPI…). Cela me semble moins pertinent dans les cas contraires, même si le test permet de mieux se connaître, ce qui est essentiel.

Quelles sont vos spécificités en tant qu’atypique, comment le vivez vous et comment le vit votre entourage ?

J’ai tendance à être passionné par l’apprentissage de choses nouvelles et l’enseignement, la transmission. Ces domaines de passions ont varié selon mon âge ou les environnements.

Une autre de mes spécificité est, je crois, le fait d’être autodidacte pour plusieurs domaines, d’avoir une capacité d’apprentissage et d’esprit de synthèse élevés associé à une certaine auto-discipline, nourrie de motivation intrinsèque. 

Depuis ma formation universitaire, j’ai une certaine exigence quant aux affirmations théoriques et aime en avoir les références. Citer les auteurs à l’origine des propos partagés est quelque chose que j’apprécie et fais très souvent, même à l’oral. Je suis sceptique mais ouvert et j’aime éprouver les choses pour en être davantage convaincu.

Si je ne suis pas sûr d’être HPI, je vis très bien mes spécificités aujourd’hui.

Si je ne suis pas sûr d’être HPI, je vis très bien mes spécificités aujourd’hui. J’ai acquis une expertise dans mes domaines professionnels actuels, qui me permettent d’être à l’aise dans de très nombreuses situations et avec de nombreux interlocuteurs. J’ai su dépasser certains complexes comme celui d’avoir le sentiment de ne pas être très cultivé (à part dans les domaines qui m’intéressent ou m’ont intéressés. Par ex. : arts martiaux, guitare, jeu d’échec, méditation, sophrologie, psychologie, le stress et les stratégies de coping, pour citer les plus significatifs). Ou encore de ne pas savoir bien écrire ou être très mauvais en grammaire et orthographe (j’ai un niveau nettement supérieur à celui que j’avais à la sortie du Lycée, avant l’entrée dans la vie active, au point d’avoir accepté d’écrire un 1er livre en 2008).

Comment avez-vous vécu votre atypisme en tant qu’enfant ?

Disons que je me rends compte, adulte, d’une façon d’être atypique lorsque j’étais enfant. Je n’étais pas un “intello” mais, particulièrement doué pour ce qui concerne les apprentissages sensorimoteurs, notamment pour les sports.

Là encore, on retrouve cette notion de passion. Je ne suis finalement pas forcément surdoué ou HP, mais quand quelque chose m’attire, j’y consacre beaucoup de temps, j’y pense beaucoup, et privilégie mon énergie dans cette direction. J’utilise mon potentiel couplé à une grande capacité d’attention envers ce qui m’intéresse. Ce potentiel n’est peut-être pas très élevé, mais je sais le mettre à profit !

Par exemple, lorsque j’ai commencé le Judo à 10 ans, je n’étais pas un débutant “normal”. Je connaissais, entre autres choses, l’essentiel de l’histoire de cette discipline, le nom de toutes les techniques de la ceinture blanche à la marron inclue, en japonais et leur traduction en français, avant même d’avoir suivi mon premier cours. Sachant que nous n’avions pas encore Internet… Mais je ne suis pas devenu un champion non plus ! (j’ai plafonné au niveau Régional). Même principe pour le skate (dans les années 80) : j’ai été recruté par le Président d’un club rennais qui m’a payé la licence tant il voulait que je fasse partie de son association parce que j’étais le seul à réussir certaines figures… que j’avais travaillé de manière autonome, etc.

Ainsi, j’étais doué en dehors des bancs scolaires, j’aimais les récréations mais pas vraiment les moments en classe, j’aimais jouer et bouger et non rester assis pendant des heures.

Mes parents se sont un moment inquiétés, alors que j’étais plus jeune, du fait que je “rêvais beaucoup”, jouais seul dans un monde imaginaire très riche. Le médecin de famille les a rassurés à l’époque, en soulignant l’importance de la créativité et des rêves…

Terminons avec une sensibilité exacerbée, qui s’est traduite par des pertes de connaissance ponctuelles sous le coup de l’émotion jusqu’à environ 10 ans, un rougissement vite présent devenant une éreutophobie (notamment en classe), qui s’est estompé au fil de l’âge mais m’a longtemps handicapé. Je suis toutefois aujourd’hui très à l’aise dans la plupart des environnements sociaux, même si j’apprécie le calme et le silence.

Vous avez un parcours professionnel très atypique ! Pouvez-vous nous en dire plus par rapport à vos différentes expériences professionnelles ? Qu’est-ce qui vous a poussé à avoir autant d’expériences pro différentes ?

Merci. Si je crois que les générations qui entrent ou sont entrées récemment sur le marché du travail auront de nombreuses expériences professionnelles, il est vrai que c’est moins fréquent pour les personnes de mon âge. Je n’étais pas très scolaire, comme indiqué précédemment. Je préférais passer 2 heures à tenter d’apprendre un morceau de guitare que de réviser mes cours, par exemple. Résultat, sans être un mauvais élève (j’ai eu étonnamment l’équivalent du Brevet des collèges – BEPC à l’époque – “d’office”, c’est-à-dire sans avoir à passer les épreuves), j’ai redoublé deux fois au collège et j’ai été orienté vers un B.E.P. (et C.A.P.) en électronique. C’est ma prof principale et de maths en 3e qui me l’avait conseillé, du fait d’une certaine aisance avec les maths “modernes” (sans besoin de savoir compter). Ce fût d’ailleurs intéressant pour l’estime de soi : pour la 1ère fois de ma vie, j’étais toujours dans les trois élèves les plus performants. J’ai ensuite suivi une formation d’un niveau IV, toujours en électronique, ne permettant toutefois pas d’études supérieures, même si l’accès était plus élitiste que pour l’accès à un BAC pro.

Cela s’est traduit par une première expérience professionnelle dans un laboratoire de prototypes en micro-électronique, en 1984.

Voici, par ailleurs, mes principales activités professionnelles :

L’année suivante, j’ai été recruté chez un grossiste de matériel électrique, pour la création du poste de correspondancier (évoqué au début de mes propos). Il s’agissait surtout de renseigner par téléphone les professionnels du secteur, prendre leurs commandes, négocier les ventes, etc. Je suis devenu responsable de ce service puis, de plus, correspondant informatique. Pour cette dernière fonction, je participais à la configuration d’un logiciel ad hoc, en plus de former mes collègues à son utilisation et assurer la gestion du parc informatique : un premier pas au passage dans la formation professionnelle…

1991 fût un tournant important pour moi avec le début de ma formation professionnelle en sophrologie, à l’Institut de Sophrologie de Rennes (35), alors la seule école du grand ouest déléguée du fondateur de cette approche. J’ai commencé à exercer en 1993, toujours en complément de mon activité principale de salarié, en plus de vacations en musique dans deux associations où je donnais quelques cours de guitare.

Peu de temps après, deux personnes ont contribué à d’autres changements. Un ami guitariste professionnel qui m’avait donné quelques cours et permis certaines de ces vacations évoquées. Il m’a suggéré de postuler pour le Centre de Formation des Musiciens Intervenants dépendant de l’Université de Rennes 2. Si je n’ai pas été retenu du fait d’un niveau insuffisant en lecture chantée, j’ai appris que je pouvais intégrer l’Université du fait du niveau IV de mon dernier diplôme.

Ma compagne d’alors m’a encouragé à reprendre des études. Elle était en deuxième année de psychologie et avait le sentiment que je connaissais des éléments dans cette discipline qu’elle ignorait (en réalité, elle en connaissait beaucoup d’autres que j’ignorais). Frustré de ne pas avoir le BAC (je ne l’ai toujours pas mais cela m’est désormais égal) et suite à une blessure en Judo qui m’a obligé à interrompre ce sport, j’ai suivi les deux premières années de psychologie à distance (nous ne pouvions pas, à l’époque, avec Rennes 2, faire la troisième année ainsi), validé ma 3è année dans la foulée grâce à un Congé Individuel de Formation, à l’issue duquel j’ai été ainsi en quelque sorte “doublement licencié” : licenciement transactionnel et licence de psychologie ! J’ai continué ce cursus, orienté vers la psychologie de la santé, sociale et cognitive. J’ai réalisé mes travaux d’Etudes et de Recherche autour des thématiques du stress (jusqu’en Maîtrise – Master 1) et de l’éducabilité cognitive (DESS – Master 2).

Le professeur de psychologie avec lequel j’ai travaillé autour de la thématique du stress m’a permis, en 1998, d’être vacataire de recherche au LAUREPS, Laboratoire Armoricain Universitaire de Recherche en Psychologie Sociale de Rennes 2, sur cette même thématique, pendant une année universitaire. Peu lucrative mais intéressante !

J’ai été ensuite, en tant que salarié (CDD), formateur dans le domaine de l’aide à l’insertion professionnelle et, par ailleurs, en bureautique informatique. J’ai exercé aussi en tant que conseiller psychologue en bilans de compétences et conseiller en bilans de positionnement (pour les “Emplois Jeunes”).

Vers 2003, le Directeur de l’Institut de Sophrologie de Rennes m’a sollicité pour lui succéder ! Étonné, et sans doute flatté, alors que je venais de valider une formation post universitaire de 3 ans en Thérapie Comportementale et Cognitive et voulais m’installer à part entière avec la double compétence de psychologue-psychothérapeute et sophrologue, j’ai accepté ce nouveau challenge en prenant la direction de cette SARL en 2004. J’y ai investi beaucoup d’énergie et de temps. J’y cumulais différents rôles : webmaster, dirigeant et gérant, chargé de communication, directeur pédagogique, formateur, sans parler d’autres petites actions.

En complément, j’interviens encore aujourd’hui (depuis 2006) en tant que formateur – psychologue – sophrologue, auprès des policiers en formation continue.

Je suis Formateur à la Chambre de Commerce et d’Industrie, Faculté des Métiers de Rennes (depuis 2011), dans les domaines de la Santé et du Service à la personne.

Je suis référent breton et intervenant, depuis 2013, pour l‘Institut National du Sommeil et de la Vigilance, mais les actions y sont très rares.

14 ans après avoir contribué à la formation de plus de 800 sophrologues, essentiellement à l’Institut que je dirigeais, j’ai décidé de quitter cette structure pour m’installer en libéral dans les fonctions de formation (auprès de salariés de divers secteurs autour des thématiques du stress ou du sommeil, et aussi auprès de futurs sophrologues ou sophrologues en exercice) et de psychothérapies. Un choix qui se traduit par plus de confort & liberté, même si ma rémunération a beaucoup diminué.

En tant que psychologue, vous arrive t-il de recevoir des surdoués ? 

Oui, j’en ai parlé un peu plus haut : j’aime travailler avec ce public. Je l’évoque aussi sur mon site Internet, en modifiant leur rapport aux émotions difficiles chez les personnes hyper-sensibles, comme les personnes à haut potentiel intellectuel. Certains m’ont été envoyé par le biais de l’ANPEIP.

Quels sont les problèmes qui reviennent fréquemment et qu’est ce que vous proposez pour aider les surdoués ?

Tout d’abord je tiens à préciser que les “surdoués” n’ont pas plus de troubles psychologiques et comportementaux (1) que les “neuro-typiques”, contrairement à une idée reçue. Le mythe qui affirme régulièrement l’inverse est dû à un biais d’échantillonnage. Dit autrement, ces études ne prennent en compte que les surdoués qui consultent les psychiatres et les psychologues ou ceux qui adhèrent à des associations spécifiques (MENSA, ANPEIP, etc.). Le chercheur Franck Ramus (directeur de recherches au CNRS et professeur attaché à l’Ecole Normale Supérieure) le résume ainsi après une recherche spécifique :

« Il n’y a aucune raison de croire que les surdoués en général ont une prévalence accrue de troubles mentaux et comportementaux. Au contraire, les surdoués en général réussissent bien mieux scolairement que les autres, sont plus efficaces et plus motivés. Sans oublier que la plupart ne passent pas de test de QI et ne consultent pas de psys ».

Franck Ramus (directeur de recherches au CNRS et professeur attaché à l’Ecole Normale Supérieure)

Ensuite, aucun “surdoué” n’est bien sûr identique. Je n’utilise pas la même progression d’une personne à une autre. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la performance ou douance, mais la personne, au-delà de ce qui apparaît au premier contact. Il s’agit d’un travail de collaboration pour trouver les leviers qui peuvent aider à progresser vers plus de souplesse psychologique. Mais je suis agréablement surpris que certains pigent plus vite les choses, se les approprient, et nous pouvons ainsi avancer plus efficacement et plus rapidement, même si ce n’est pas une course ! 

L’alliance thérapeutique reste importante, voire essentielle, dans tout accompagnement psychothérapeutique. Le fait d’avoir un fonctionnement cognitif proche la facilite.

Concernant les difficultés plus fréquentes que je constate, elles peuvent se situer autour du manque d’estime de soi, quelque fois couplé au syndrome de l’imposteur. Cela peut engendrer un schéma cognitif, une croyance en la nécessité de se rapprocher de la perfection, ou une volonté de contrôle importante, voire une certaine rigidité, avec, par exemple, un surinvestissement professionnel, sans en recevoir la reconnaissance. Cela peut, à l’extrême, mener à l’épuisement professionnel (burn-out). Ils sont plus en quête de sens que carriéristes.

Le décalage perçu d’avec la majorité des personnes, accentue une tendance à la solitude. Certains disent choisir cette solitude mais elle signe souvent un évitement, nourrie de la croyance de ne pas pouvoir être compris, être intéressant ou aimé, qui peut faire glisser la personne dans une forme de résignation délétère, voire une perte de sens et une dépression. Quelques uns peuvent aller jusqu’à se considérer asociaux, voire misanthropes, et nourrir une image de froideur ou distance, peut-être pour tenter de juguler une hypersensibilité relationnelle ou simplement par ennui des échanges “sans intérêt”. D’autres vont être hyper-adaptés en jouant certains rôles sociaux, avec plus ou moins de succès, pour tenter de se normaliser à travers un faux self.

  1. Voir par ex. Karpinski RI, Kinase Kolb AM, Tetreault NA et al. High intelligence: A risk factor for psychological and physiological overexcitabilities. Intelligence 2018, vol 66, 2-23. Voir aussi Gabriel Wahl, Les adultes surdoués, PUF, 2017.

Pouvez-nous parler de vos différentes approches (Thérapie Comportementale et Cognitive, Sophrologie…)

Là encore, le propos n’est pas de plaquer une approche à une personne, de demander à la personne de s’adapter à la thérapie, mais bien plus de s’adapter à la personne en difficulté ou en souffrance.

Il y a tout de même des points communs, à mes yeux, aux approches que je privilégie : valoriser et renforcer les ressources présentes pour aider la personne à progresser vers ce qui est important pour elle. Ainsi, je mets davantage l’accent sur le présent et le mouvement vers le devenir, par petits pas progressifs.

Je privilégie de plus en plus la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT), initiée par le psychologue américain Steven C. Hayes (1999). Elle fait partie de la “troisième vague” de la Thérapie et Comportementale et Cognitive (TCC), qui est une thérapie brève étayée scientifiquement.

Il s’agit d’une approche expérientielle (l’application et l’entraînement entre les séances y sont nécessaires) visant notamment à développer une acceptation active et distanciée des émotions et pensées désagréables avec, de plus, la mise en place d’actions progressives vers ce qui est important pour la personne, ses valeurs.

Concrètement, je propose des séances individuelles d’une heure – volontiers à l’un de mes deux cabinets, parfois par vidéoconférences. J’y inclus une écoute active, inspirée de l’Approche Centrée sur la Personne (Carl Rogers). Je propose des pratiques psycho-corporelles, adaptées et souvent abrégées à partir de la sophrologie, du mindfulness, dans une approche d’inspiration phénoménologique. J’aime souligner aussi l’importance du travail postural. Celui-ci a un impact important au niveau émotionnel et psychologique. Je pense aux travaux résumés dans l’excellent livre d’Amy Cuddy, “Montrez leur qui vous êtes, Modifier votre attitude corporelle pour atteindre vos rêves” (Marabout, 2016, voir aussi son TEDx).

Je donne des explications, transmets des connaissances et envoie des supports complémentaires par courriel (guide d’entraînement, mp3, pistes bibliographiques). Je continue de m’informer et de me former pour parfaire les accompagnements. Comprendre et transmettre, je l’ai déjà souligné, est important pour moi.

Le cursus thérapeutique est souvent de 6 à 10 séances, quelquefois une quinzaine, même si plus rarement une ou deux peuvent suffire. La fréquence démarre parfois au rythme d’une séance hebdomadaire et est plus souvent d’une séance tous les 15 jours.

Les applications que je privilégie aujourd’hui sont autour des thèmes du stress, du burn-out, de l’anxiété, des troubles du sommeil, des phobies, des épreuves difficiles ou changements.

Vous pratiquez également les arts martiaux depuis de nombreuses années, est-ce que cette pratique vous a aidé en tant qu’atypique ? Pensez-vous que les arts martiaux peuvent aider les HP ?

Oui, les arts martiaux sont pour moi importants (j’ai pratiqué surtout le Judo, et aussi le Karaté Shotokan, le Karaté GoJu Ryu d’Okinawa, une année d’Aïkido, de Krav Maga et je pratique depuis 2 ans le Nihon Taï Jitsu). 

Ce qui m’y plaît, c’est aussi le côté ludique, les échanges avec un partenaire. Le challenge avec l’apprentissage de choses nouvelles, les étapes de progression et la possibilité de toujours apprendre, le travail de coordination, d’équilibre, sont autant d’éléments qui nécessitent d’être bien centré dans le présent. On peut y travailler la force et l’énergie, faire de la compétition (notamment plus jeune) ou développer davantage la précision des gestes, la technique, voire la dimension plus spirituelle. J’y apprécie enfin la discipline, le cadre, les rituels et respects mutuels.

Ainsi, selon moi, les arts martiaux peuvent aider certains HPI, mais cela reste une expérience personnelle.

Auriez-vous des conseils pratiques pour aider les HP à dépasser leurs difficultés et trouver plus d’apaisement dans leur vie ?

Peut-être que certains de mes propos peuvent déjà y contribuer. 

Je crois qu’il est utile de faire appel à des ressources renforçant les expériences dans le présent. Par exemple, une activité sportive nécessitant volontiers une certaine attention ou concentration, de la coordination ; une activité artistique, en tant que spectateur ou qu’acteur, même modestement (de l’écrit à la sculpture, en passant par la musique, le chant ou la danse). Il ne s’agit pas pour autant de se donner des objectifs élevés ou d’être dans la performance, mais de se faire du bien !

Le lien avec la nature est souvent un moyen négligé et pourtant très puissant.

Pour d’autres, la pratique de la méditation laïque, du yoga, de la relaxation dynamique en sophrologie, d’autres approches “psycho-corporelles”, peuvent changer le rapport à soi, aux autres et au monde, apporter plus d’apaisement. Il ne s’agira toutefois pas d’y rechercher une détente ou d’emblée cet apaisement, mais de développer une qualité de présence plus importante. J’ai envie de souligner aussi l’importance d’adopter une posture de présence, droite et digne ou “expansive”(1), de manière pluri-quotidienne.

Si nous nous coupons superficiellement, nous avons une capacité d’auto-guérison suffisante. Lorsque la plaie est plus profonde ou handicapante, l’aide d’un professionnel devient nécessaire. C’est analogue pour nos maux psychiques et émotionnels (2) :

Un accompagnement psychothérapeutique (3) peut contribuer à plus d’acceptation des creux de vagues, en apprenant à “surfer” sur les émotions et pensées au lieu de s’y noyer. 

  1. Amy CUDDY, 2016, op. cit..
  2. J’emprunte cette image à David Servan-Schreiber lors d’une conférence à laquelle j’ai assisté en 2003.
  3. Le titre de psychothérapeute est protégé et encadré par la la législation française, contrairement à celui de “thérapeute” (avec d’éventuels autres préfixes). Celui de psychologue renvoie à un Diplôme d’État. Ces éléments ne sont pas une garantie suffisante mais me semblent utiles contre certaines dérives.

Enfin, j’aimerais terminer sur une question plus ludique : pouvez nous partager un film et un livre qui vous ont particulièrement touchés ?

Ils sont nombreux…

J’ai revu récemment avec plaisir l’excellent film (à mon goût) Will Hunting (1997), co-écrit par Matt Damon et Ben Affleck (qui jouent aussi dans ce film, auprès de l’excellent Robin Williams), complètement en lien avec votre site Internet !

Je ne lis pas assez de romans, au profit d’ouvrages en sciences humaines. 

Difficile de faire un choix dans ces derniers, mais j’ai envie de souligner l’un de ceux d’Abraham Maslow (1908-70) : Être humain : la nature humaine et sa plénitude (The Farther Reaches of Human Nature, pour ceux qui préfèrent les V.O.), écrit en 1971. Je trouve dommage, par ailleurs, qu’on réduise souvent cet auteur à sa “pyramide des besoins” s’en avoir lu une ligne de sa vision humaniste et éclairante…

Pour contacter Pascal :

Pascal GAUTIER
2 Allée des Rimes, 35230 NOYAL-CHÂTILLON sur SEICHE (près de Rennes)
14 Place Gambetta, 56000 VANNES

06.77.13.66.32
www.gautierpascal.fr – Séances par vidéoconférences possibles

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One thought on “Découvrez le profil atypique de Pascal : psychologue & sophrologue

  • Françoise

    Merci Pascal pour cet article.
    Votre portrait m’a beaucoup fait penser à mon parcours professionnel. J’ai utilisé, sans le savoir, mes capacités d’adaptation, pour passer, comme vous, d’une orientation professionnelle à des études universitaires, dans un parcours sinueux, riche. Je me revois, comme vous, gérant 5 jobs en parallèle !


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