Sandrine : auteur, zèbre et maman de 3 zébrillons

Pour cette seconde interview atypique, je suis ravi d’accueillir Sandrine Rouget, membre d’Atypikoo, auteur et maman de 3 zébrillons ! Allez c’est parti !

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d’Atypikoo ? Quand avez-vous découvert que votre douance ? Avez-vous passé le test et est-ce que cela a changé quelque chose pour vous ?

Avec plaisir ! Je suis Sandrine Rouget, j’ai 42 ans, je suis zèbre et maman de 3 zébrillons. J’ai découvert ma douance il y a 4 ans, par l’intermédiaire de mes 2 grands, comme c’est souvent le cas. Ils étaient accompagnés par une orthophoniste qui nous a parlé du sujet. J’ai lu le livre « Trop intelligent pour être heureux » de Jeanne Siaud Facchin et j’ai reconnu, pour eux comme pour moi, de nombreuses caractéristiques. 

Nous avons donc passé le test, WISC pour eux et WAIS pour moi, un moment chargé en stress et en émotions, en ce qui me concerne. Comme mes résultats étaient hétérogènes, ce qui arrive très souvent au passage, j’ai longtemps douté de cette information. Alors j’ai lu tous les livres qui me tombaient sous la main sur le sujet, mais aussi sur l’hyperesthésie, l’intuition, les mécanismes cognitifs, le faux-self, le syndrome du sauveur… J’ai visionné pas mal de conférences et parcouru les études qui étaient publiées sur la douance au Canada, aux USA et ailleurs. Je crois que je cherchais à comprendre comment j’étais passée à côté de cette information. 

Etre décelée HP à 38 ans, et globalement tardivement, est une étape particulière, je trouve. Je l’ai vécue comme un raz-de-marée émotionnel que j’ai appelé le Zurn-out : une forme de burn-out lié à la découverte de zébritude. J’étais à la fois épuisée physiquement et psychiquement. Je ressentais aussi la nécessité viscérale d’assumer enfin mes besoins et mes valeurs, au niveau professionnel et avec mon entourage. Et j’étais décidée à affronter le regard d’autrui, en me préservant. J’ai démarré un travail sur moi important, mais avec les bonnes clés d’entrée cette fois-ci. J’ai ainsi, peu à peu, fait un deuil blanc de ce qui n’avait pas été pour me concentrer sur ce qui pouvait être désormais.  

Quelles sont vos spécificités en tant que HP, comment le vivez vous / l’avez vous vécu ?

Je suis hétérogène, à tendance complexe, avec notamment cette pensée en arborescence qui part dans tous les sens. Mais au fil de mes expériences de vie, j’ai appris à développer des techniques pour la canaliser, voire la rationnaliser. C’est ce qui me permet de faire des synthèses de sujets denses et complexes, en faisant des passerelles entre diverses thématiques. 

Autodidacte et créative par nature dans de nombreux domaines, de l’illustration en passant par la sociologie énergétique, j’ai tenté à plusieurs reprises d’obtenir des équivalences reconnues par les employeurs, surtout en France… sans succès. Mais aujourd’hui, ça n’a plus vraiment d’importance.

J’ai aussi quelques difficultés d’ordre dyscalculique et dysorthographique. Le dictionnaire a toujours été mon meilleur ami, plusieurs fois par heure. Simplement, je les accueille avec bienveillance désormais. 

J’ai, par ailleurs, une hyperesthésie, notamment visuelle et auditive. Les lumières fortes, le brouhaha ou les gouttes d’eau de robinet qui tombent une à une sont difficiles à gérer pour moi. Je suis également synesthète de personnification. Je vois l’état émotionnel des gens en couleur. Si on ajoute la capacité à capter le non-verbal, ça me donne parfois l’impression de rentrer dans l’intimité des gens ou d’anticiper l’issue de certaines situations. J’ai longtemps cru que j’étais un peu bizarre à cause de tout ça. J’ai appris à prendre soin de ces particularités, comme les chanteurs le font avec leur voix, par exemple. J’ai donc besoin de retrait social pour me ressourcer, même si je suis d’un naturel empathique et plutôt extravertie. 

En parallèle, intègre et aussi exigeante, surtout avec moi-même, je suis une justicière dans l’âme. Mais en travaillant mon syndrome du sauveur, j’ai arrêté de me mettre dans des situations qui ne me convenaient pas. 

Bref, je suis une drôle de zèbre, un brin hyperactive, parmi tant d’autres profils rayés.  

Vous avez un parcours professionnel atypique ! Pouvez-vous nous en dire plus concernant vos différentes expériences professionnelles ? 

Après une formation en école de commerce, j’ai travaillé pour des grands groupes américains, en supply chain, dans la conduite du changement. Les projets étaient stimulants et sans cesse renouvelés mais il y avait beaucoup de déplacements en Europe. Et j’avais du mal à me soumettre aux injonctions culturelles d’entreprise auxquelles je n’adhérais pas. 

En arrivant à Lyon, je me suis tournée vers le conseil en communication, pour une petite agence. Au bout d’un an, j’avais l’impression d’avoir fait le tour des sujets, j’ai donc voulu évoluer vers la stratégie de communication. Je suis devenue directrice de communication pour une école d’ingénieurs. J’aime trouver ce qui différencie un concept des autres, en étudiant son marché, les attentes des usagers, les projections possibles, puis valoriser le tout, avec sens. Plus le sujet est complexe ou présente un défi, plus il m’intéresse. J’ai par contre plus de difficultés avec le quotidien et la routine, qui s’apparente à de la torture pour moi. 

Pendant toutes ces années, j’ai aussi souvent traversé des périodes de harcèlement et de burn-out. J’ai d’ailleurs longtemps cherché en moi ce qui induisait ces mécanismes. La détection de haut-potentiel m’a beaucoup éclairée sur ce point. J’ai notamment compris qu’un(e) HP pouvait avoir tendance à mettre en porte-à-faux, sans le savoir/vouloir, ses supérieurs ou collègues, en soumettant une idée qu’il/elle ne trouvait pas particulièrement fulgurante alors qu’elle l’était finalement. C’est une des raisons pour lesquelles la détection élargie du haut-potentiel me semble importante. 

J’ai donc fini par me lancer à mon compte, comme consultante en stratégie de communication, spécialisée en bâtiments éco-performants. Je me suis éclatée. Je travaillais par contre énormément, jusqu’à 16h par jour parfois, notamment pour des promoteurs, des bailleurs ou des architectes. 

Lors de mon Zurn-out, j’ai ressenti le besoin de tout remettre à plat. J’ai donc clôturé ma structure et je suis devenue, un temps, serveuse pour faire cuire la marmite et ménager mon mental. Rapidement, j’ai évolué vers de fonctions de sommelière, grâce à mes qualités olfactives et gustatives. C’est une jolie expérience même si elle implique beaucoup de fatigue physique. En parallèle, je me suis mise à écrire une synthèse de tout ce que j’avais lu sur le haut-potentiel. 

Aujourd’hui, vous êtes écrivain, qu’est-ce qui vous a poussé à « changer de carrière ». Pourriez-vous nous en dire plus sur ce votre livre et ce qui vous a poussé à l’écrire.

En 2019, il ne se passait pas une semaine sans qu’amis, parents d’écoles ou collègues m’interrogent sur le haut-potentiel. Si au départ, ils se montraient très réceptifs aux caractéristiques présentées, lorsque j’évoquais le mot « surdoué », ils avaient tous la même réaction initiale que moi « C’est très intéressant ce que tu racontes mais ça se saurait si j’étais intelligent(e)». Alors j’ai eu envie d’écrire « Un caméléon (trop) sensible ». 

Il s’adresse plus particulièrement aux HP qui s’ignorent et à leur entourage. Il parle peu d’intelligence et beaucoup de tout le reste. L’idée était de décrire à quoi pouvait ressembler concrètement le quotidien d’une HP, à la boulangerie, dans la rue, à une soirée, au travail, avec ses enfants ou à l’école. 

A travers des petites anecdotes illustrées, je cherche aussi à expliquer à ceux qui nous disent parfois « Tu peux bien faire un effort ! », à quel point on essaie déjà. Elles sont complétées par des focus sur les mécanismes psychologiques sous-jacents. Je voulais proposer quelque chose de léger et positif car selon moi, il y a autant de bénéfices que de contraintes à être HP. Il ne s’agit naturellement que de ma façon d’être surdouée mais les retours me démontrent qu’elle parle bien souvent aux autres. 

Et je voulais aussi évoquer le lien possible entre douance et psychotraumatisme car au fil de mes nombreux échanges zébrés, j’ai constaté que ceux qui continuent d’aller mal après la détection avaient souvent expérimenté un événement ou une enfance difficiles. Or les prises en charge sont spécifiques dans ce domaine comme pour la douance. 

Au départ, j’ai lancé mon livre, auto-édité, discrètement. Mais face aux succès et aux premiers retours, j’ai décidé de me consacrer à mon activité d’auteure et conférencière. Aujourd’hui, je crois que j’ai enfin trouvé ma voie. Je peux travailler à mon rythme, étancher ma soif de savoir, proposer des synthèses, avec des illustrations qui me permettent un peu de créativité. Et en parallèle, je fais du conseil en communication pour les HP qui veulent proposer un CV impactant ou monter leur entreprise. Je suis slasheuse, en fait. 

Auriez-vous des conseils pratiques pour aider les HP à dépasser leurs difficultés et trouver plus d’apaisement dans leur vie ? Qu’est-ce qui vous a aidé personnellement ?

Tout dépend de la personnalité et du vécu de chacun. Parfois cette information agit juste comme un booster professionnel, si par ailleurs on est bien entouré et bien dans ses baskets. Dans les cas les plus compliqués, cela conduit à un travail sur soi pour découvrir finalement qui on est vraiment, travailler son estime de soi, rendre à son passé les blessures de l’enfance, déconstruire des mécanismes comme le faux-self ou le syndrome du sauveur… On peut s’entourer d’un(e) coach, d’un(e) thérapeute ou d’un(e) psy spécialisé(e) en remédiation cognitive. L’important est qu’il/elle connaisse le haut-potentiel et qu’une confiance s’établisse. Certains tempéraments risquent sinon de prendre soin du thérapeute à leurs dépens.

Cela passe aussi bien souvent par une reconnexion cœur-corps-mental pour mieux gérer ses émotions et notamment la frustration. Car on a parfois pris l’habitude de privilégier son activité cérébrale, en mettant à distance le reste. La médecine chinoise m’a fait beaucoup de bien pour ça. 

Quant au rapport au temps, il est très spécifique pour les surdoués. Le cerveau va tellement vite qu’on a parfois du mal à s’ancrer dans le présent, à profiter de l’instant. Le sport, le yoga et la méditation pleine conscience m’ont appris à mieux profiter des petits bonheurs du quotidien. 

Au final, pour moi, le haut-potentiel est une chance. Il s’accompagne de « mini-dons » et d’une capacité de résilience incroyable. Ils permettent de surmonter beaucoup de choses, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Enfin, j’aimerais terminer sur une question plus ludique : pouvez nous partager un film et un livre qui vous ont particulièrement touchés ?

Pour le film, « Ecrire pour exister » de Richard LaGravenese avec Hilary Swank. C’est une œuvre sans prétention mais qui m’a fait comprendre le pouvoir incroyable de l’écriture, en termes de réparation et dans les interactions générées avec les autres. 

Pour le livre, « Chagrin d’école » de Daniel Pennac, j’adore sa plume et l’histoire de ce cancre devenu un professeur stimulant et l’auteur qu’on connaît aujourd’hui. Son parcours offre de belles perspectives.


Merci beaucoup pour cette interview.

Extraits du livre Un caméléon (trop) sensible

Pour vous procurer le livre de Sandrine rendez-vous sur : uncameleontropsensible.com

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By David • Admin

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2 thoughts on “Sandrine : auteur, zèbre et maman de 3 zébrillons

  • Monica

    Voilà un beau parcours inspirant ! J’aime beaucoup cette vision positive, et l’idée de reconnexion cœur-corps-esprit me parle. Hâte de lire l’ouvrage.

    • Isabelle

      Pareil que Monica, et Sandrine a bon goût, Pennac 😊


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