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Einstein disait qu’il y avait deux choses qui étaient infinies : l’univers et la bêtise humaine, mais il n’était pas tout à fait certain pour l’univers. Malgré toutes ses capacités extraordinaires, le cerveau a tendance à être entêté dans sa paresse, ou à vouloir absolument conserver ses idées erronées. Il préfère parfois ne pas trop penser pour conserver de l’énergie, mais surtout, il préfère éviter d’avoir à modifier sa vision des choses. Car cela implique qu’il reprogramme ses données et avoue ses torts antérieurs. Chose longue et difficile à faire, demandant la création de millions de nouvelles connexions neuronales pour y arriver, et de faire le tri dans les mauvaises informations accumulées. Il choisit parfois de bâcler le travail : il ordonne aux yeux de se fermer et aux oreilles de se boucher. C’est plus facile que de se remettre en question. Le cerveau a aussi son égo et sa fierté ! Et avouer qu’il a tort lui demande beaucoup d’humilité.

Un biais cognitif est une distorsion du cerveau, une déviation dans le traitement cognitif. Les biais sont en quelque sorte des automatismes ou des habitudes de pensée acquises depuis longtemps. Ils se pointent notamment dans des contextes où l’on doit prendre une décision ou porter un jugement rapidement. Ils permettent de faire des réflexions plus économiques en énergie et en temps pour le cerveau qu'un raisonnement complet et poussé, qui tiendrait compte de toutes les informations pertinentes qu’il devrait analyser. Sans compter toutes celles qu’il devrait aller chercher, pour s’assurer de la validité de sa réflexion. 

 

Quelques biais pour titiller vos neurones

Il y a environ 180 biais cognitifs répertoriés. Ils sont étudiés dans divers domaines comme la psychologie, la sociologie et les sciences cognitives.

Être conscients et vigilants par rapport aux biais cognitifs amène à être de meilleurs penseurs, en évitant de juger et en étant plus honnêtes dans nos pensées. Combattre nos biais nous force à mieux réfléchir et à valider les informations que nous recevons. Cela permet de « penser plus largement » et d’accepter de nouveaux points de vue. Mais parfois, notre cerveau est paresseux et préfère ne pas trop changer d’idée. Haut potentiel intellectuel ou non, vous n’y échappez pas : tout le monde a des biais cognitifs. En prendre conscience permet de forcer son cerveau à mieux penser.

 

L’effet Barnum

L’effet Barnum est un biais cognitif qui amène les personnes à trouver qu’une description de personnalité très générale s’applique spécifiquement à eux. Ce biais est fortement exploité par les horoscopes ou dans les tests de personnalité pseudoscientifiques. Ce biais est grandement exploité par les prophètes du développement personnel et les médiums, qui se font plaisir à vous dire de beaux compliments en échange de votre argent.

L’effet Barnum est attribué au psychologue américain Paul E. Meehl, en référence à l’homme de cirque Phineas Taylor Barnum, qui dans les années 1850, avait mis au point un numéro dit de « lecture à froid », où il racontait des généralités sur les gens, mais qui pourtant, paraissaient ne s’appliquer qu’à un seul spectateur. Soyons honnêtes, qui contredirait la personne qui affirme en public que nous sommes ouverts d’esprit, généreux et intelligents ?

 

L’effet Dunning-Kruger

L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif selon lequel les personnes les moins qualifiées dans un domaine surestiment souvent leurs compétences. Dunning et Kruger attribuent ce biais à une difficulté cérébrale des personnes non qualifiées, qui les empêche de reconnaître exactement leur niveau d’incompétence. En fait, elles sont tout simplement incapables d’évaluer leurs réelles capacités.

En 1999, les psychologues ont réalisé une série d’expériences pour évaluer pourquoi certaines personnes ont de la difficulté à reconnaître leurs incompétences. Ils avaient observé dans des études antérieures que dans plusieurs domaines de compétences, comme la compréhension de texte ou la conduite automobile par exemple, l’ignorance semblait inciter une trop grande confiance en soi. Ils sortirent quatre hypothèses principales :

  • La personne incompétente surestime ses compétences, tout simplement parce qu’elle est incapable de savoir tout ce qu’elle ne comprend pas.
  • La personne incompétente n’arrive pas à reconnaître la compétence réelle des autres, soit ceux qui la possèdent vraiment, car elle est loin de comprendre ce qu’ils comprennent.
  • La personne incompétente ne parvient pas à saisir son degré d’incompétence, car sinon elle aurait des comportements en conséquence comme d’être plus humble et désirer en apprendre davantage.
  • Si la personne incompétente est formée pour réellement améliorer ses compétences, elle pourra alors prendre conscience de ses lacunes passées, et comprendre qu’elle ne comprend pas.

Ces hypothèses furent testées sur de jeunes étudiants en psychologie de l’Université de Cornell. Ceux-ci devaient passer des tests qui ciblaient des compétences précises comme la logique, le raisonnement et l’humour. Ils ont demandé ensuite aux étudiants d’estimer leur niveau de réussite, en fonction du reste du groupe. Pensaient-ils être dans la moyenne haute du groupe, dans la norme ou dans les moins bons.

Selon Dunning et Kruger, à la suite de quatre études, les participants qui avaient moins réussi, dans le 12e percentile, ont plutôt estimé faire partie de la moyenne forte soit du 62e percentile. À l’inverse, les participants qui avaient beaucoup de compétences et qui ont grandement réussi dans les tests, ont eu régulièrement tendance à se sous-estimer.

Selon Dunning et Kruger, « l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance ». Ce phénomène peut avoir un grand impact dans notre système social. Si des personnes moins compétentes se surestiment, croyant être dans les meilleures, elles auront confiance en elles et croiront légitime qu’elles méritent mieux. Elles feront le nécessaire pour y avoir accès. Montant dans la hiérarchie, elles auront de plus en plus de pouvoir et continueront à se croire plus compétentes.

À l’inverse, les personnes les plus compétentes se sous-estiment régulièrement. Doutant d’elles-mêmes, car elles savent très bien tout ce que demande une profonde expertise, et tout ce qu’elles ont à développer pour l’acquérir. Elles sont aussi plus conscientes de leurs erreurs et se remettent souvent en question. Manquant d’assurance malgré leurs capacités, elles prendront moins la place qui leur revient, visant peu les sphères du pouvoir. Sans toutefois être une généralité, on peut quand même se questionner sur le réel mérite des personnes dans les hautes sphères (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_Peter).

 

Le biais négatif

Le biais négatif survient quand le cerveau se concentre surtout sur les choses négatives. Lorsque l’on va bien, on a tendance à moins le remarquer. On ne se dit pas : « Génial… Ça va vraiment bien ! Actuellement, je ne vis aucun problème et je n’ai aucune préoccupation ! » En revanche, dès que quelque chose cloche, notre cerveau le remarque aussitôt et tente de régler la situation. Il doit augmenter son attention et dépenser de l’énergie pour régler l’événement perturbateur, ce qui le stress et le dérange beaucoup. Même si cet événement n’a duré que quelques minutes, c’est de lui dont le cerveau se souviendra le plus. Il faut cinq moments positifs pour contrecarrer un seul événement négatif. Donc les personnes qui sont généralement positives défient ce biais en se concentrant surtout sur les bonnes choses. 

 

Le biais d’omission

Le biais d’omission consiste à penser que faire du tort par une action est pire que causer un tort par notre inaction. Ce biais explique que nous préférons parfois ne pas intervenir dans une situation où nous le devrions, plutôt que de dénoncer ou faire des actions concrètes pour l’éviter. « Si nous ne nous mêlons pas du problème, nous ne pouvons pas être responsables de la situation non ? » Mais être des témoins silencieux d’une injustice ou d’un tort, fait pourtant de nous des complices…

 

Le biais de faux consensus

Le biais de faux consensus est la tendance à croire que les autres sont d’accord avec nous, plus qu’ils ne le sont réellement. Ce biais est souvent observé dans des petits groupes fermés, comme la famille, un groupe d’amis ou un milieu professionnel. Dans ces groupes, les membres rencontrent rarement des opinions différentes. Des personnes préfèrent camoufler leurs idées divergentes pour éviter que le groupe ne se retourne contre eux.

« Celui qui adopte un autre mode de vie, d’une façon visible et concrète, sape les bases du conformisme. Il se heurte à l’intolérance, car on est immédiatement suspect si l’on est différent ». Vincent Gerbe

 

Apprendre à penser mieux

Les biais cognitifs ne sont généralement pas conscients à moins d’apprendre à les reconnaître et faire l’effort de réfléchir autrement. Nous pouvons apprendre à notre cerveau à les détecter, en développant notre esprit critique. En allant valider les informations, en se renseignant à plusieurs sources différentes et en gardant l’esprit ouvert. Croire la plupart du temps que nous avons raison, préférer parler qu’écouter, repousser les idées différentes, et se penser plus savant que la moyenne, sont de très bonnes façons de sauter les deux pieds dans les biais cognitifs. Comme je dis souvent, « il y a près de huit milliards d’êtres humains sur la Terre. Il y a donc plus de huit milliards de perceptions différentes. Bizarrement, la plupart des gens pensent avoir les bonnes… »

 

*Sources :

https://www.britannica.com/science/Dunning-Kruger-effect
https://actualites.uqam.ca/2021/reconnaitre-biais-cognitifs-pour-mieux-contourner
http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/biais-cognitifs
https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_cognitif

 

 

"Douance - La boîte à outils" de Rachel Ouellet

Votre enfant montre des signes de douance ? Alors ce livre est pour vous ! Est-ce que votre enfant s’ennuie en classe ? Son désintérêt se manifeste-t-il par un manque de participation, voire des troubles du comportement ? Autodidacte, il préfère apprendre mille et une choses par ses propres moyens ? Ou, au contraire, s’agit-il de l’élève modèle qui collectionne les trophées et les 100%, et est incapable de composer avec l’échec ? Dans ce livre, vous aurez l’occasion de voir plus loin que le cliché du petit génie à lunettes !

Publié par Rachel

Auteure et propriétaire du site le Centre Hapax, dédié aux besoins des enfants et des adolescents. Rachel a écrit des livres sur l'autisme et sur la douance dans la collection la boîte à outils des éditions de Mortagne. À travers ses livres, ses articles et son blog, elle prône la beauté de la neurodiversité humaine.
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33 commentaires sur Biais cognitifs : quand le cerveau nous joue des tours