Dire ou ne pas dire ?

Dire ou ne pas dire ?

Voilà une question qui revient souvent en séance de coaching :

« Je ne comprends pas pourquoi on ne se dit pas clairement les choses dans la vie ? » 

Cette simple interrogation recouvre de nombreuses valeurs souvent chères aux personnes atypiques. Leur besoin viscéral de transparence dans leurs relations les amène parfois à se retrouver coincées entre l’envie d’aider les autres, quand leur clairvoyance leur fait entrevoir facilement les solutions, et la crainte de blesser par leurs propos parfois directs.

Alors comment continuer à respecter toutes ces valeurs contradictoires, en apparence seulement ?

L’authenticité avant tout

Le manque d’honnêteté dans les échanges interpersonnels est une source récurrente de souffrance chez les profils atypiques. 

Que ce soit au travail, en famille ou entre amis, ils éprouvent des difficultés à comprendre ce qui empêche tout un chacun de « dire les choses ».

Que cela signifie-t-il d’ailleurs ? parler avec son cœur ? sa tête ? 

Il semblerait que la plupart du temps ce soit un mélange entre le fruit de leur lucidité, de leur rapidité de raisonnement et de leur aversion à la duperie.

La première clé est de revenir à soi afin de se demander si en tout temps et en toutes circonstances nous aurions été capables nous-mêmes d’entendre certaines évidences ? Certainement que non… Une des raisons à cela est que bien souvent nous voyons les faits avec plus de clarté pour les situations vécues par les autres que pour celles qui nous concernent directement. Cela semble assez logique, car nous sommes moins impliqués émotionnellement et avons donc plus de capacité objective pour les événements extérieurs à nous.

L’autre explication est que chacun fait ses apprentissages à son rythme, et que donc parfois notre interlocuteur n’est pas encore arrivé là où nous en sommes … et vice versa.

La dernière raison est que, souvent, la forme employée pour « dire les choses » n’est pas suffisamment travaillée.

Dire quoi, à qui, quand et comment

Prenons un exemple concret : l’une de vos amie retombe dans un schéma de relation toxique dont elle a déjà souffert dans le passé. Vous avez envie de l’aider pour qu’elle ne souffre pas de nouveau et n’hésitez pas à mettre le doigt sur certaines paroles ou attitudes de son nouveau compagnon qui vous semblent se rapprocher d’un comportement manipulateur.

Afin de l’accompagner au mieux, vous aurez besoin de rester factuel.le, sinon votre amie va forcément entendre un jugement de valeur de votre part. Mais vous devrez aussi la laisser tirer ses propres conclusions, car c’est ELLE qui vit la situation.

Il est possible que votre intuition vous indique pour elle la bonne marche à suivre, mais si vous décidez à sa place vous risquez déjà de la braquer (surtout si elle-même est atypique et qu’elle n’apprécie pas qu’on lui dise ce qu’elle doit faire !), puis de lui voler sa responsabilité ou sa liberté. 

Or, ce sont à coup sûr deux autres valeurs qui sont aussi importantes à vos yeux que le besoin d’honnêteté et d’authenticité.

L’échelle des valeurs

Nous voyons à travers cet exemple l’importance de s’interroger sur les raisons que nous avons de vouloir nommer un chat un chat.

Est-ce :

1 - Par souci de transparence ?

Ok, mais la forme doit servir le fond !

2 - Pour aider autrui ? 

Est-ce bien pour l’aider ou pour le sauver malgré lui ? Le risque ici est de tomber dans le Triangle infernal de Karpman qui vous pousse à aider quelqu’un qui ne vous en a pas fait la demande, ce qui pourra le mener à vous reprocher votre interventionnisme (je fais la différence ici avec les cas de danger grave et imminent qui nécessitent de passer à l’action immédiatement pour préserver l’intégrité d’autrui).

3 - Parce que ce serait dommage de ne pas partager vos intuitions ? 

Attention à ne pas endosser le costume de Cassandre dont plus personne n’écoute les prédictions, car elle apparaît aux yeux de tous et en permanence comme l’oiseau de mauvais augure.

4 - Parce que vous ne supportez plus de vivre dans un monde de faux semblants ?

Cette dernière réponse est souvent apportée lorsque le manque d’authenticité devient trop criant dans les relations professionnelles. Beaucoup d’entre vous disent avoir l’impression d’assister à une pièce de théâtre qui se déroulerait sous vos yeux.

Quelle attitude adopter face à cette mascarade ? Qui n’a pas rêvé un jour, comme dans le sketch de Florence Foresti, de parler sans mensonges :

« Au fait Laurent, la présentation au client cet après-midi, c’est moi qui vais la faire en fait, ba comme c’est mon idée, mais que tu te l’es appropriée, ça ira plus vite ».

Et finalement est-ce si aberrant ? Le fond est inattaquable ! Quid de la forme ? On ne peut nier le caractère soulageant d’une telle phrase ! Toutefois, elle risque de vous revenir en boomerang et de vous faire passer de mauvaises semaines. Or, si vous pensez à votre bien-être en premier, vous pourriez opter pour :

« Au fait Laurent, la présentation au client cet après-midi, je souhaite la faire moi, histoire de défendre l’idée principale que j’ai d’ailleurs enrichie ces derniers jours… c’est ok pour toi ou tu préfères que je te montre le fruit de mon travail avant ? Enfin si on en a le temps… »

Ainsi, vous posez vos limites, faites preuve d’assertivité et restez dans le partage, tout ça en même temps ! Strike.

Bien sûr, il convient de s’entraîner à ce genre de situation, mais le sentiment d’apaisement que vous ressentirez ensuite vous fera un temps oublier votre colère face à ce monde parfois si incongruent !

Passer en revue son environnement

Il existe une autre possibilité encore plus simple et radicale : s’entourer autant que possible de personnes qui cherchent aussi à dire la vérité.

Toutefois, vous savez tout autant que moi qu’il va falloir vous retenir de vous draper dans une certaine forme de susceptibilité, car si vous vous autorisez à souligner les incohérences de certaines situations, les personnes que vous côtoyez risquent d’en faire de-même !

Alors comment survivre dans un monde sans filtre ?

Observez et analysez votre environnement avant de parler

Demandez-vous si la vérité que vous allez édicter sera bonne à entendre pour tous

Soyez prêt à accueillir la vérité de l’autre

Je vous souhaite de vous entourer de pairs avec qui vous vous sentez bien la plupart du temps, mais n’oubliez pas que chacun porte en soi une singularité incompressible qui fait que se ressembler n’est pas une garantie de bien s’entendre en toutes circonstances. 

Donc il est important de comprendre que l’on peut combler son besoin d’authenticité avec certains, s’autoriser son côté cash avec d’autres, tant que la bienveillance reste votre guide et que vous endossez la responsabilité de vos paroles. 

Tout un programme !

Publié par Fanny

Fanny Marais est coach et formatrice spécialisée dans l’accompagnement des hauts potentiels et des personnes hypersensibles. Elle est l'auteure du livre "Hypersensible, 10 séances d'autocoaching pour bien vivre sa singularité au travail. Elle codirige l’Observatoire de la Sensibilité (créé par Saverio Tomasella) et anime également le Podcast « Ma Résolution Coaching ».
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