Le 7 octobre dernier, j'ai décidé d'afficher sur LinkedIn que je suis autiste Asperger. Je l'ai fait pour lutter contre les préjugés sur l'autisme et pour briser les tabous.

Je voulais montrer également aux jeunes autistes et à leurs parents qu'il est possible de réussir dans la vie en ayant un diagnostic de Trouble du Spectre Autistique Léger (puisque c'est comme ça qu'il faut maintenant appeler le syndrome d'Asperger). Personnellement, je n'aime pas cette appellation car je trouve qu'elle a tendance à minimiser les problèmes que rencontrent les autistes présents dans ce champ du spectre.

Il existe beaucoup d'idées reçues sur l'autisme qui sont notamment dues à la représentation des personnes autistes dans les films et séries. Quand j'ai annoncé à mes parents et à mes proches que j'étais autiste, ils étaient vraiment incrédules. Pourtant ce n'était pas faute d'avoir préparé le terrain avant mon diagnostic.

Mais, pour eux, une personne autiste était forcément quelqu'un de dépendant, qui ne pouvait rien accomplir dans sa vie. Ils avaient en tête les films Forrest Gump et Rain Man. Des personnages dans leur bulle qui sont forcément assistés par quelqu'un. Voyant que j'arrivais à faire ma vie seule, à avoir un emploi, des amis, ils ne comprenaient pas que je puisse être mise dans la même case que ces personnages.

Il faut dire que le spectre autistique est assez vaste. Il peut y avoir des autistes de Kanner qui sont déficients mentaux comme des surdoués.

C'est d'ailleurs l'image de l'enfant qui se tape la tête contre les murs que mes amies avaient en référence. Je leur ai montré plusieurs vidéos de l'excellente Julie Dachez qui vulgarise très bien tout l'aspect scientifique et le quotidien d'un Asperger.

Certains de mes anciens collègues doutent toujours du fait que je sois autiste. Ils partent du principe que je sais tenir une conversations et que c'est incompatible avec l'autisme.

Alors oui, je peux avoir du mal à entretenir une conversation qui parle de la pluie et du beau temps, ce qui peut me faire paraître timide. Mais j'ai appris à m'adapter en copiant le comportement de mon entourage.

Pour ce qui est de la communication professionnelle, qui était mon métier il y a quelques années, je n'avais aucun problème car il s'agit de stratégies à appliquer. C'est une sorte de jeu. Dès qu'on a appris les règles, on peut y jouer sans problème. Bien sûr, avec l'expérience tout devient plus fluide.

De part mon TSA, j'ai ce qu'on appelle des hypersensorialités. Ça ne signifie par forcément que mes sens sont plus affutés mais plutôt que je n'ai pas de filtre. Aussi, je porte des lunettes la nuit à cause de l'éclairage nocturne et j'ai du mal à me concentrer sur mon travail quand des collègues discutent non loin. Les sons m'arrivent tous au même niveau.
Les openspaces sont donc très mal adaptés à mes particularités surtout si les collègues sont bruyants.

J'ai fait un burn-out il y a un an et demie à cause de mon hypersensorialité. J'avais réussi à négocier un bureau à moi seule, à défaut d'avoir du télétravail, mais il était déjà trop tard. J'avais également vécu le suicide d'une copine victime de violences sexuelles infantiles. Je pense que ça a été l'élément déclencheur. Je ne supportais plus les transports en commun, les bruits, les odeurs, les lumières. J'ai donc été arrêtée pendant 2 mois ce qui m'a permis de faire le point sur mes besoins mais aussi sur mes forces.

Depuis un peu plus d'un an, je suis suivie par Sophie Thiébaut, une job coach de l'association Les Ailes Déployées. Les coachs de cette association aident leurs clients à retrouver un travail et à s'assurer que les conditions soient optimales pour garantir le maintien dans le poste. C'est un peu une passerelle entre le psy, l'entreprise, et le client.

J'ai beaucoup appris grâce à elle mais aussi grâce à toutes ces personnes qui témoignent de leur autisme sur Internet.

J'ai découvert, par exemple, les hypercompétences. J'ai une capacité de concentration accrue dans un bon environnement, j'ai le sens du détail, je fais preuve d'une grande loyauté et d'un grand sens de la justice.

Mes précédents employeurs pourront vous dire que je suis quelqu'un d'impliqué dans mon travail et que je sais faire preuve d'imagination pour accomplir mes tâches.

Et oui, les autistes savent aussi faire preuve d'imagination !

Je pense que les différentes épreuves que j'ai rencontrées dans ma vie m'ont permis de développer ma résilience et ma force de caractère. J'ai notamment été victime de harcèlement scolaire depuis la maternelle jusqu'aux études supérieures. C'est le cas pour beaucoup de personnes autistes. J'ai d'ailleurs eu une période très sombre à l'adolescence. Période que j'ai réussi à traverser grâce aux livres. J'étais une grande fan d'heroïc fantasy. C'était pour moi une façon de m'évader de mon quotidien trop lourd.

Je pense aujourd'hui avoir fait beaucoup de chemin. Un chemin vers la bienveillance envers moi-même et envers les autres. Mon diagnostic m'a beaucoup aidé à y voir plus clair sur mes besoins et mes forces. Je sais aujourd'hui ce qu'il faut pour avancer dans le bon sens et j'espère qu'en me lisant les personnes autistes et leurs proches y trouvent quelque réconfort.

Courage ! On peut y arriver en étant autiste ! Ça passe avant-tout par une bonne connaissance de soi et une grande résilience.

Publié par Emmanuelle

J'ai été diagnostiquée autiste dit de haut niveau à l'âge de 37 ans. Mes intérêts spécifiques sont le dessin, le Hobbit et les Petits Poney 1ère génération. Je suis graphiste et chargée de communication de métier, actuellement à la recherche d'un emploi. J'ai également monté ma maison d'édition jeunesse associative ET TOC ! avec Natalie Ritdorf il y a 3 ans.
Vous devez être membre pour commenter ce post

Commentaires sur Je suis autiste Asperger

petitefee
il y a 10 mois
Bravo pour votre courage ! J'hésite moi-même à faire mon ""coming-out"" à ce sujet. Il faut insister aussi sur la fatigabilité des personnes autistes. C'est bien de parler des points forts pour se faire embaucher. Mais si au quotidien on est épuisé ces points forts ne seront pas présents.
Atypiker il y a 2 mois
Bonjour, moi je suis une femme hypersensible, vite fatiguée au quotidien. Lorsque j'écris un page entière à la main, j'ai l'impression d'avoir monté l'everest ( problème de dysgraphie ). Je n'arrive pas à me lancer dans le monde du travail car perdre ma zone de confort me rend très irritable pour mon entourage. Malgré mes nombreuses difficultés, je peux dire que l'écriture me permet de me maintenir dans un certain équilibre. Je suis différente des autres depuis bien longtemps et j'aimerais vraiment retrouver une certainement normalité d'esprit. Bonne journée à toi...
vincent76
il y a 8 mois
Bonjour Emmanuelle, merci pour la clarté de votre texte, ainsi que pour votre sincérité. Je trouve votre démarche bien courageuse, et j'ai aussi dans l'idée depuis des mois d'afficher sur linkedin mon état d'autiste asperger. Seulement, j'hésite encore un peu. Qu'avez-vous constaté comme conséquence de cette annonce au niveau professionnel ? Cela a-t-il été bénéfique ? Si oui, pensez-vous qu'être une femme serait désormais plus avantageux dans ce contexte qu'être un homme ? Merci pour vos réponses, bonne journée.
elinounette il y a 5 mois
J'ai la chance, suite à mon annonce, d'avoir été embauchée par le CREAI Ile de France, une association déjà sensibilisée à la question de l'autisme. J'ai pu obtenir des aménagements de poste assez facilement =)
luditery
il y a 5 mois
Merci d'expliquer, de témoigner et bravo pour en avoir eu le courage et de montrer l'exemple. Plus on sera à le faire, à se donner l'élan les uns aux autres à parler de nos différences et spécificités, plus on érodera les tabous qui sont la pire des prisons et le terreau fertile à toutes les formes de discrimination.
wolverine66
il y a 5 mois
Je suis dyspraxique avec fort soupçon d'autisme d'asperger (j'ai un pré diagnostique).