Dépendance affective : quand l'amour devient un besoin
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Dépendance affective : quand l'amour devient un besoin

Delphine 18 sept. 2024 11 min
Sommaire · 5 parties

Le terme « dépendance affective » peut vous sembler fort et ne pas refléter la dynamique de vos relations. Si vous vous considérez comme une personne indépendante, libre et intelligente, vous pouvez vous penser au-dessus de ce genre de relations toxiques et dysfonctionnelles. Pourtant, la dépendance affective peut se décliner de multiples façons dans une relation. Prendre du recul pour analyser vos relations familiales, amicales et amoureuses peut vous aider à identifier des mécanismes plus complexes qu'il n'y paraît. Virginie Colas*, Psychologue, nous éclaire pour mieux comprendre ce qui se trame derrière la « dépendance affective » et comment s'en sortir. 

Comprendre la dépendance affective

Dans quels types de relation la dépendance affective peut-elle se manifester ? Est-elle forcément associée aux relations amoureuses ?

Virginie Colas : La dépendance affective est un état émotionnel dans lequel une personne éprouve le besoin excessif d'attention, de validation et d'affection d'autrui, souvent alimenté par des peurs profondes comme l'abandon ou le rejet. Les comportements et ruminations autour de la relation de la dépendance vont entraîner un cercle vicieux dans lequel les peurs, les sentiments de rejet et les souffrances vont être de plus en plus forts.

La dépendance affective peut se manifester dans les relations familiales, amicales et amoureuses. Elle ne se retrouve pas uniquement dans la relation amoureuse.
De façon générale, la personne dépendante crée des déséquilibres relationnels en étant en fusion émotionnelle avec l'autre. L'attachement est excessif. La personne est dépendante émotionnellement de la relation à l'autre et perd de vue progressivement le respect pour ses propres besoins et ses centres d'intérêts. La personne dépendante s'attache rapidement, se sent en insécurité permanente, entraînant ainsi un déséquilibre dans les attentes et l'investissement de la relation.

  • Dans la relation amicale, la personne dépendante aime entretenir une relation forte et exclusive. Elle peut rencontrer des difficultés à ce que son ami.e puisse passer du temps avec d'autres. Elle peut devenir jalouse, se mettre en colère ou avoir des crises de panique si elle sent que son ami.e n'est pas complètement disponible pour lui ou pour elle. Elle a souvent besoin d'être rassurée. Elle vit mal quand elle n'a pas de nouvelles de son ami.e.
  • Dans la relation amoureuse, les attentes sont vécues de façon identique mais souvent plus intensément (vie de couple, projets, attachement physique...). La personne dépendante craint souvent d'être abandonnée ou quittée. De ce fait, elle a tendance à contrôler les moindres faits et gestes de son compagnon ou de sa compagne.

« Les recherches montrent que les femmes rapportent une plus grande dépendance émotionnelle que les hommes, indépendamment de facteurs comme l'éducation, le revenu ou la situation familiale » (Turner et Turner, 1999, Journal of Health and Social Behavior).

La particularité des personnes neuroatypiques

Quelles sont les particularités des personnes neuroatypiques qui peuvent les rendre plus vulnérables à la dépendance affective ?

Virginie Colas : Les personnes au profil neuroatypique peuvent être plus vulnérables à la dépendance affective pour différentes raisons :

  • Lorsque la régulation émotionnelle est difficile. Les personnes connaissent les montagnes russes en permanence : La personne est rassurée dès que l'autre est présent et en détresse si l'autre ne répond pas rapidement à ses attentes ou besoins. Il existe une certaine impulsivité et empressement à avoir des nouvelles régulièrement de l'autre pour se sentir apaisé.
  • Une recherche de sentiment de sécurité dans les relations sociales peut être régulièrement présente chez les personnes au profil atypique afin d'obtenir une certaine prévisibilité et stabilité dans la relation à l'autre qu'elles ne trouvent peut-être pas dans leur quotidien. De ce fait, elles peuvent vite investir une relation pour se sentir en sécurité.
  • Les personnes ayant vécu des expériences d'abandon et de rejet peuvent développer une sensibilité au rejet et avoir une peur profonde d'être de nouveau exclus. De ce fait, elles peuvent rechercher une relation sécure comme point de repère dans leur vie à travers une relation qui semble les accepter et les comprendre.
  • Une faible estime de soi peut également pousser les personnes à rechercher une validation extérieure excessive pour se sentir digne d'être aimé et valorisé.
  • Une tendance à l'obsession pour une personne (parfois un. e ami.e ou collègue avec le ou laquelle la personne aimerait être en couple) est un aspect assez fréquent dans la dépendance affective. Quand la personne devient émotionnellement dépendante, elle peut développer des pensées et des comportements obsessionnels. La personne peut devenir au centre de ses pensées et donc de la vie mentale de la personne dépendante. Il peut être difficile de se concentrer sur autre chose. La préoccupation mentale se tourne vers les scénarios imaginés soit dans le cadre d'une éventuelle rupture, dans une recherche de plaire davantage ou d'une attention permanente.
  • L'hyperfocalisation sur une personne peut se manifester de manière similaire à l'obsession mais avec une intensité encore plus élevée pouvant aller jusqu'à la négligence des autres aspects de votre vie (perte d'appétit, sommeil, activités professionnelles ou sociales...).

Témoignage

« Jusqu'à présent, j'ai l'impression que mes relations amicales et amoureuses m'ont laissé un grand vide affectif. Je suis hypersensible, j'ai un tdah et je vis mes émotions de manière très intense, et je crois que cela a façonné mes interactions depuis mon enfance. Je me suis souvent attachée à des personnes à qui j'étais prête à tout donner, mais en échange, je ne recevais pas le retour de mon affection. Avec le recul, je commence

…

Publié par Delphine

Delphine est la cofondatrice du réseau social de rencontre Atypikoo et l'auteure du livre "Dating Authentique". Depuis plusieurs années, Delphine explore, à travers ses écrits, les spécificités des personnes neurodivergentes et leurs interactions amoureuses.

3 commentaires

Alex
il y a 2 ans
Après une vingtaine d'années de pratique clinique, je suis d'accord avec le texte. Il est vrai qu'en France les pseudosciences ou les croyances ont un poids pesant sur la psychologie, mais la science de la psychiatrie, surtout de la pédopsychiatrie autour de l'attachement et "Strange Situation" qui a été testé et validé sur des cohortes de centaines de milliers de personnes à travers toutes les cultures, de l'Afrique au Japon; des EU aux pays scandinaves, démontrent que les formes de l'attachement influent lourdement l'évolution émotionnelle des individus. Ceci dit, je me souviens d'une dame de 87 ans qui voulait terminer sa vie, car après plus de 50 ans de mariage, elle avait perdu son mari. Les individus se fondent parfois dans les couples et se soudent comme une pièce unique. C'est quoi déjà le sens d'une vie si ce n'est d'être heureux ? J'ai connu cet homme qui a vieilli avec sa femme morte il y a une quinzaine d'années qui continuait à visiter sa tombe, lui parlait et parlait d'elle comme si elle était présente. Je me demande si, en tant que médecin ou thérapeute, avons-nous le droit de casser cet état de réalité individuelle ? Et pour apporter quoi ? Un peu de réconfort à ses enfants anxieux qui veulent établir une forme de "normalité" ? Dans l'épistémologie psychiatrique, les angles social et moral interviennent souvent dans la pratique, car la conscience est là. Quand il n'y a pas de violence ni de contrainte, toutes les formes de vivre ensemble entre des adultes consentantes me paraissent acceptables. Même, si on penserait une relation idéale idéalisée entre deux individus aussi épanouis l'un comme l'autre, vivant et exprimant leur particularité sans mettre en cause l'union, après tant d'année d'écoute et d'observations, je suis arrivé à la conclusion que le bonheur peut emprunter différents chemins. La vie est courte. Profitons-en.
Laure
il y a 2 ans · Modifié
Bonjour, je me suis séparé de mon ex il y a peu de temps qui est dépendant affectif et je me rend compte à quel point c'est étouffant car la relation n'était pas saine.

Quand il est dit contrôlant la personne cherche à obtenir de l'autre ce qu'il désire peut t'il venir à mentir et du coup plus manipuler que contrôlé ou manipuler pour contrôlé aussi?

Et les personnes en dépendance affective aime tel vraiment la personne ou le croit-il?
Merci d'avance pour les réponses

Cette relation je les vécu comme 10ans de mensonge car j'ouvre enfin les yeux sur ce qui a était dit et fait et d'avoir aimé l'enveloppe d'une personne et non ce qu'il était vraiment. Cela m'attriste beaucoup. J'espère qu'il se réveillera un jour et vera ce que je vois et pas juste dire je suis guérie! Alors que non et non! Cela ne se règle pas en 1an. Moi j'ai assez donné!
J'aurai jamais imaginé que ça soit aussi destructeur pour la personne vivant avec un dépendant affectif.
Julien
il y a 2 ans
Texte assez représentatif. Cependant, une question me taraude : faut-il couper la relation si l'on est nous même l'objet d'une dépendance affective ... ?
Qu'en pensez vous ?

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