En tant qu’humains nous tissons des relations tout au long de notre vie. Pour commencer, nous naissons entourés de nos parents et d’une équipe médicale. Ensuite nous croisons, découvrons et rencontrons de nombreuses personnes au cours de notre vie : quand nous exerçons des activités, quand nous nous déplaçons, quand nous nous investissons dans des projets…

Idéalement, nous aimerions nous sentir entourés de personnes bienveillantes et attentionnées qui manifestent de bonnes intentions à notre attention. Cependant, les humains ne développent pas tous une personnalité bienveillante. Des personnes s’avèrent même néfastes pour les autres. De manière consciente ou inconsciente, leurs comportements et leurs actes affectent les autres. Cela peut conduire à de l’emprise, de l’acharnement, du harcèlement, de la domination, etc. La fréquentation d’une personne toxique peut provoquer une perte d’estime de soi, des névroses, des mécanismes de défense ou de victimisation, etc. La relation toxique peut se développer au sein d’une famille, au travail voire dans une relation amicale.

Entourage toxique : comment m’en sortir ?

Anatomie de la relation toxique d’une grand-mère

Témoignage de Valérie : « J’ai réalisé vers l’âge de 8-10 ans que ma grand-mère ne ressemblait pas aux autres grands-mères. La mienne était différente de celles de mes amies et des films. Je me suis demandée pourquoi je ne ressentais pas l’amour et la tendresse que je pensais normal de ressentir dans notre relation de petite-fille/grand-mère. Inconsciemment j’ai laissé glisser de la distance dans cette relation. Je ne voulais pas me confier à elle ni lui demander de réaliser des activités ensemble. Ma mémoire a retenu le vide des moments que j’ai passés en sa compagnie.

Elle a épousé un militaire très jeune (mon grand-père), elle a suivi son mari et elle a eu 2 enfants. J’ignore si elle aimait son mari mais je sais qu’elle ressentait de la fierté et de l’admiration d’être sa femme. Mon grand-père était un personnage très complexe, un homme dur et brutal. Il semble évident qu’il a dû souffrir d’un genre de syndrome post-traumatique lors de la guerre d’Indochine. Tous les repas et les moments en famille étaient surtout monopolisés par ses mémoires de guerre. Alors, je m’évadais dans mes pensées et dans mon monde intérieur.

Au moment de mon adolescence, j’ai ressenti le besoin et l’envie de m’exprimer lors des repas et moments passés en famille. J’ai tenté mais mes mots ont été heurtés par un mur d’indifférence. J’ai réalisé que mes grands-parents distribuaient les cartes des relations familiales et qu’ils défendaient tous les deux un système phallocratique. Mon rôle de fille était réduit à aider à préparer le repas et à le servir. De son côté, mon frère était mis en valeur et sa parole valorisée.

J’ai voulu me rebeller face à cette situation mais je n’avais pas les moyens d’agir.

En prenant du recul, j’ai compris que mon grand-père pouvait être qualifié de personnalité narcissique et caractérielle et que ma grand-mère avait un comportement toxique.

Il m’a fallu attendre l’âge de 25 ans pour réagir. J’ai été accompagnée par une psychologue formée en EMDR qui m’a aidée à apaiser mes souvenirs d’humiliations et de traumatismes familiaux. Elle m’a surtout donné la force de mettre fin à mon rôle de victime. Dès le mois de septembre, l’angoisse du repas de noël en famille refaisait surface. C’est pourquoi, ma psychologue m’a convaincu de choisir de ne pas assister à ce repas. J’ai éprouvé de la libération et un grand soulagement. J’ai donc annoncé à mes grands-parents que je n’assisterai pas au repas de Noël parce que je souffrais du fait que ma parole n’était ni souhaitée ni écoutée. A partir de ce moment-là, je me suis libérée de leur règne familial. J’ai continué de les voir jusqu’à leurs derniers jours avec plus d’apaisement et de sérénité. »

Quand on évolue dans une famille, on grandit avec des habitudes et des mécanismes qui existaient avant notre naissance. Par naïveté ou par idéalisation, on éprouve parfois des difficultés à admettre que les membres familiaux les plus proches ne sont pas ce qu’on espérait ou imaginait. En tant qu’enfant, nous découvrons et apprenons le fonctionnement d’une famille et le rôle de chacun. Le conditionnement de la société et du modèle familial nous encouragent à penser que nos parents et nos grands-parents constituent forcément des personnes aimantes et bienveillantes et qu’elles souhaitent forcément nous accompagner dans la vie avec leur amour, leur tendresse et leur attention. Qui peut penser qu’une mère ou qu’un père ferait du mal à son enfant ? Dans l’esprit d’un enfant, cette idée s’avère inconcevable en partie car les livres pour enfants mettent rarement en avant ce genre de défaillances familiales. Pourtant, il existe sûrement de nombreux enfants qui resteront marqués par des relations toxiques toute leur vie. On peut enfin chercher de l’aide auprès de personnes compétentes quand on prend de la distance et que l’on prend conscience des dysfonctionnements familiaux et des blessures que cela a pu entraîner.

La fatalité n’existe pas. Quand on a été privé d’amour de ses parents ou de ses grands-parents, on peut trouver des personnes qui pourront pallier à nos besoins. On peut par exemple trouver une grand-mère de cœur qui nous comblera de son amour et nous redonner confiance.

Anatomie de la relation toxique d’une collègue

Témoignage de Emilie : « J’ai travaillé dans une petite société où nous étions trois employées. Mes deux collègues avaient des personnalités opposées : une personne joyeuse, saine et enthousiaste d’un côté, une personne mal dans sa peau, compliquée et mélancolique de l’autre. Nous avions le même niveau d’études avec cette dernière, mais elle était mon aînée d’une petite dizaine d’années. C’est pourquoi, elle trouvait légitime de me demander d’effectuer tout ce qu’elle refusait de faire : poster le courrier, effectuer des travaux de secrétariat, etc. je sentais une volonté de domination de sa part. Je n’aime pas me sentir soumise mais je devais respecter une certaine hiérarchie. Puis, on m’a proposé l’opportunité de la remplacer lors de son congé maternité. Ce que j’ai accepté avec reconnaissance. Après 9 mois de congé maternité, son retour a été brutal et déstabilisant. Je l’avais remplacée sur son poste et j’avais assuré. En plus, j’avais pris volontairement de nouvelles responsabilités grâce au développement d’un nouveau projet. J’ai poursuivi mon travail sur ce nouveau projet alors qu’elle a repris son poste dans les mêmes conditions qu’au moment de son départ. Cela lui a déplu car elle considérait que mes nouvelles responsabilités étaient plus intéressantes que les siennes. Pour exprimer son mécontentement, elle s’enfermait tous les jours dans son bureau sans nous saluer, ni nous adresser la parole. L’ambiance était glaciale mais la glace a fini par être brisée. Un jour, elle m’a exprimé des remontrances qui n’étaient pas justifiées. J’en ai profité pour déclencher une réunion avec notre supérieur. Ma collègue a ainsi déballé sa colère et sa frustration et a exprimé de nombreux reproches à mon encontre. J’ai également pu exprimer mes pensées : comme le fait qu’elle me considérait comme sa secrétaire, ce qui ne faisait pas partie de mes attributions. Après cette réunion, mon chef a souhaité s’entretenir avec moi. Il reconnaissait craindre ma collègue qu’il qualifiait de « perverse narcissique ». Il était conscient qu’il sentait qu’elle souhaitait mon départ de la société mais il n’avait aucune solution à me proposer. Après cela, ma collègue est venue se confier à moi en pleurant et exprimant la tristesse qu’elle éprouvait par cette situation et qu’elle m’appréciait beaucoup et qu’elle n’avait aucune intention de me faire des reproches concernant mon travail. Son discours et son comportement étaient à l’opposé de la réunion. Je suis retournée voir mon chef et lui ai annoncé ma démission. Mon ancienne collègue a démissionné de son travail 3 mois plus tard. Elle a négocié une grosse prime de départ en effectuant du chantage. »

Les relations de travail peuvent devenir très pesantes et compliquées lorsque l’on travaille avec des personnalités torturées et névrosées qui se comportent sans filtrer ce qui ne paraît pas acceptable dans les rapports professionnels.

Le poids d’une relation toxique peut affecter le rapport à son travail. Cela provoque inévitablement des situations compliquées : le fait de s’arranger pour éviter les réactions du collègue, le fait de prendre sur soi, le sentiment de frustration ou d’injustice, etc.

Quand on subit ce genre de relation, on peut ressasser ou chercher des alternatives ; il en existe toujours. On peut demander un aménagement de son travail avec des jours de télétravail en décalage avec ceux du collègue à éviter. On peut aussi demander une mutation en interne ou un changement de service selon la taille de l’entreprise. De manière plus radicale, on peut aussi changer de travail.

Anatomie de la relation toxique d’une amie

Témoignage de Carole : « Vers l’âge de 28 ans, j’ai commencé à tisser une relation d’amitié avec une jeune-femme un peu plus jeune que moi. Elle avait une personnalité très forte et une histoire de vie peu commune. Nous appartenions à des milieux sociaux très différents : middle class provinciale vs bourgeoisie de Neuilly. Ce décalage ne m’a jamais perturbé pourtant je sentais bien une forme de supériorité de sa part. Son tempérament un peu colérique et élitiste m’irritait quelques fois mais cela se calmait vite. Au fur et à mesure de notre amitié, je me sentais parfois vampirisée par elle. En effet, elle avait une personnalité assez possessive et exclusive et elle avait besoin de tout connaître de moi et de faire « comme moi » : mes activités et mes centres d’intérêt. En parallèle, elle était blessante lorsqu’elle me faisait à répétition des remarques piquantes, par exemple sur mon pouvoir d’achat plus limité que le sien. Notre amitié m’apportait de beaux moments mais j’ai commencé à remettre en question la nature de notre lien amical. Je vivais de plus en plus mal ses remarques et critiques piquantes jusqu’au jour où elle est allée trop loin en insinuant que je finirai ma vie toute seule. Ce moment a été déterminant pour mettre fin à cette amitié. Après cet épisode, je n’ai pas ressenti l’envie de la revoir. En prenant un peu de distance et en consultant mon entourage, j’ai réalisé que cette amitié m’apportait trop de sentiments torturés. Une année plus tard, elle m’a annoncé qu’elle venait de donner naissance à un bébé. Son message était très culpabilisant. Je l’ai félicitée mais j’ai gardé mes distances et je ne regrette pas mon choix. »

Les relations amicales prennent forme en fonction des personnalités réunies. Il semble que les personnalités enthousiastes et positives attirent des personnes aux comportements toxiques. On entend aussi souvent parler de l’attirance des « pervers narcissiques » pour les HPI. Il existe sûrement de nombreuses illustrations de ces deux théories, mais on ne peut pas affirmer que ces schémas se reproduisent systématiquement.

Toutes les relations sont uniques. Une personne peut entretenir un lien toxique dans une relation sans avoir un profil toxique. L’association de deux personnalités peut conduire à une relation toxique. Dans une amitié, on peut éprouver des hauts et des bas, sentir une grande connexion et parfois une grande distance en fonction du contexte et des états émotionnels. On peut facilement blesser l’autre sans intention ou on peut manquer d’attention à un moment donné. On souffre aussi parfois lorsque notre ami·e n’atteint pas à la hauteur de ce qu’on attend de lui ou d’elle. Parmi ces déceptions, il peut s’avérer parfois difficile d’identifier si le problème vient de nos attentes trop élevées (parce que l’on aimerait que l’autre soit parfait) ou si le comportement de l’autre paraît mal intentionné envers nous.

Identifier la toxicité d’une relation peut prendre des années, parfois une vie. Plus la relation toxique s’éternise, plus cela entraîne des souffrances, des doutes et des interrogations. Dès que l’on identifie des zones d’ombre autour d’une personnalité, il faut mesurer le risque de s’embarquer dans une relation tumultueuse et torturée. Il ne faut pas oublier que nous avons la possibilité d’apprendre à dire “non” pour se protéger des situations difficiles. Il existe de nombreuses personnes bienveillantes avec qui nous pouvons construire une relation épanouie et harmonieuse.

Publié par Delphine

Auteure et script-doctor sur des projets de films et de séries, j’ai également envie de m’évader sur d’autres sujets, notamment le développement des sentiments amoureux, et la complexité de l’attirance entre êtres humains.
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