On lit fréquemment que 20% à 30% de la population serait hypersensible. Il serait prudent d’observer ces résultats avec du recul.
Dans les années 90, la psychologue américaine Elaine Aron a mené une enquête sur laquelle elle s’est basée pour affirmer que 20% de la population est hypersensible.
Dans son livre « Hypersensibles mieux se comprendre pour mieux s’accepter », elle précise qu’« une enquête effectuée par téléphone auprès de 300 personnes, de toutes tranches d’âge, choisies au hasard, a révélé que 20 p. 100 d’entre elles étaient très sensibles, tandis que 22 p. 100 des autres étaient moyennement sensibles (…) 42 p. 100 des répondants se sont déclarés peu sensibles »
Il est important de préciser qu’une enquête est un sondage, et qu’il ne s’agit pas d’une étude scientifique. Les résultats des enquêtes sont intéressants pour connaître les goûts, les intérêts ou les préoccupations de la population. Il semblerait plus adapté d’opter pour une étude scientifique plutôt qu’un sondage pour identifier le pourcentage de personnes hypersensibles au sein de la population.
Par ailleurs, un panel de 300 personnes est peu représentatif. Des instituts de sondage se basent sur un panel de 1000 personnes pour communiquer les résultats de leurs enquêtes.
D’autre part, le sondage ne précise pas le type d’hypersensibilité. S’agit-il d’une hypersensibilité sensorielle ou émotionnelle ? Il serait intéressant d’en savoir davantage. Il serait également pertinent de connaître la définition de l’hypersensibilité qui a été communiquée aux personnes interrogées. Sans indication précise, les personnes interrogées font part de leur ressenti sur la façon dont elles se perçoivent « hypersensibles ». La définition peut ainsi varier d’une personne à une autre, notamment sur la distinction entre « très sensible » et « moyennement sensible ».
Enfin, il n’est pas fait mention d’une marge d’erreur dans cette enquête. Étant donné que nous ignorons la définition de l’hypersensibilité qui a été communiquée, qu’il peut s’agir d’hypersensibilité sensorielle ou émotionnelle et que le panel est peu représentatif, il serait plus prudent d’appliquer une marge d’erreur aux résultats obtenus.
En 2012, Elaine Aron publie dans une revue scientifique (« A Review in the Light of the Evolution of Biological Responsivity ») une autre estimation de la population concernée par l’hypersensibilité. Elle estime que le nombre de personnes concernées est compris entre 10 et 35% dans le panel de personnes à qui elle fait passer des entretiens.
Plus récemment, Nicolas Gauvrit a précisé que « Elaine Aron pose un pourcentage d’environ 25 %, sur la base de son expérience clinique. »
Concrètement, cela signifierait que sur 100 patients, elle constaterait que 25 patients seraient hypersensibles. Nous pouvons nous demander s’il est fiable de généraliser cette constatation issue de sa patientèle à l’ensemble de la population.