Toon
15 sept. 2019 à 05:15
Bonjour,

Je me permets ici de livrer un petit bout de mon témoignage extrait en partie du livre que j'ai écrit et de mon très modeste blog. Cela me servira de présentation. J'ai hésité à laisser la fin mais je me suis dit que peut-être elle donnerait envie à d'autres personnes de raconter leur histoire, ici ou ailleurs...

Les premières années de ma vie, je devais être naturel. Je me rappelle avoir été ce gamin, naïf, rêveur, passionné... Je ne sais pas à quel moment tout a changé mais je sais que le contact aux autres enfants, parfois même à certains adultes a été nocif. Très jeune, sans savoir que j’étais « haut potentiel », je ressentais que j’étais en décalage. Je l’ai su avant même que les autres enfants me le fassent remarquer d’eux-mêmes avec toute leur brutalité. Dur à vivre quand on dispose d'une émotivité exacerbée. J’avais remarqué et compris que chaque enfant de la cour d’école était différent mais j’ai surtout constaté que je l’étais plus qu’eux… Mon cerveau a ensuite fait ce qu’il a toujours fait : penser loin, trop loin. Je suis plus sensible, plus émotif, plus timide, plus susceptible, plus jaloux… Plus que les autres sur tout.

Rapidement, compte tenu du décalage permanent et des incompréhensions récurrentes avec les autres enfants, j’en suis arrivé à la conclusion que je devais être fou ou au mieux juste plus idiot que les autres. Je suis plus émotif car je ne suis pas assez intelligent pour contrôler mes émotions. Je suis plus sensible car je ne suis pas assez intelligent pour faire la part des choses…

« Tu sais tout mais tu sais rien – Tu sais tout mais tu sais rien », un refrain moqueur chanté par les camarades, et pour les adultes c’était « Tu parleras quand tu auras la barbe, monsieur je-sais-tout ». Des phrases parmi bien d’autres mais, sournoisement, elles se sont associées à mon mode de pensée et m’ont fait entrer dans une entreprise dramatique de destruction de ma personnalité. Je n’aurai pas la paix si je reste moi-même, les autres vont le voir, se moquer et me détruire.

Dés lors, il a s’agit d’enfouir au plus profond de moi ce que j’étais. Personne ne devait ni voir, ni savoir. Me pensant fou ou quelque chose dans le genre, il était impératif que les autres, camarades d’école ou même adultes, ne le pensent pas. D’abord, parce que se trouvait désormais dans le regard des autres le peu de confiance en moi qu’il me restait, ensuite parce qu’il m’était inconcevable de décevoir ceux qui croyaient en moi et enfin parce que je pensais que c’était l’unique moyen de m’intégrer, d’espérer la paix.

J’ai donc appris à me taire, j’ai appris à ne plus pleurer en public, j’ai appris à refuser mes émotions, ma sensibilité. J’ai appris à me refaire une personnalité de façade, une personnalité qui convenait à la société. Le gamin pourtant bavard à l’école primaire, ce gamin curieux, qui avait soif de tout connaitre et qui souhaitait partager ses connaissances en espérant obtenir celles des autres, pour aller toujours plus loin… Ce gamin là avait déjà bien changé en sept ou huit ans.

J’étais devenu un adolescent taiseux, discret, renfermé. Je passais des journées complètes dans ma chambre. La plupart des parents s’inquiètent parce que leurs enfants sont dehors, les miens s’inquiétaient parce justement, je ne sortais pas. La solitude était devenue ma principale compagnie. Je n’étais pas triste, j’étais même bien. Pas d’efforts à faire, seul, pas de raisons de me cacher, c’était simple ainsi. Je m’occupais avec la musique. Mais la solitude ne peut être éternelle, tôt ou tard, il faut se confronter au monde, aux autres. En vieillissant, je savais de mieux en mieux m’adapter à mon environnement tel un caméléon, certains diraient “un zèbre”. Pour la plupart des gens, il n’était pas possible que je sois autrement que ce que je leur montrais.

En rentrant à la faculté, je me suis mis à apprécier la compagnie mais pas n’importe laquelle. Je m’étais créé mon cercle d’amis de confiance. Avec eux aucun souci, j’étais très à l’aise. Je me permettais même de plus en plus souvent de relâcher la bride sur mon caractère naturel. Globalement, devant mes bizarreries, les amis disaient « C’est Toon » et tout se passait bien. Mais à trop me relâcher, je pouvais faire preuve d’un sale caractère, tantôt méprisant, tantôt têtu… Cela m’a valu quelques disputes plus ou moins violentes avec certains.

Par contre, dès que je me trouvais en présence de personnes que je ne connaissais pas, mes réflexes de protection reprenaient le dessus. Je redevenais le personnage fermé, timide. Généralement, je trouvais rapidement un prétexte pour m’éclipser et pouvoir me sortir d’une situation anodine pour n’importe qui mais terriblement anxiogène pour moi. Cette peur des autres, du rejet, de la moquerie, du jugement ne m’a jamais quitté depuis la cour d’école.

Je ne ferais que quelques lignes sur les dix dernières années de ma vie pour simplement dire que j’ai fait le yo-yo émotionnel, tantôt pas trop mal, tantôt dépressif. J’ai fait des va et vient, de psys en dépressions, sans trop savoir ce que j’avais vraiment. De plus, je n’avais pas le droit de me plaindre : famille, amis, santé, emploi… J’avais tous les ingrédients du bonheur. Puis j'ai fini par découvrir que j’étais « haut potentiel ».

Pour ne plus subir l’avis des autres, j’ai vécu la vie des autres. Pour avoir la paix… Juste pour avoir la paix ! J’ai abandonné mes rêves dès le crépuscule de mon enfance. J’ai renoncé à mes idéaux pour pouvoir m’intégrer à la société. Tant d’efforts et de sacrifices pour obtenir un droit qui aurait dû être automatique. Je n’aurais jamais dû passer par tout ça. Jamais. Je suis un bon gars, un mec gentil, un gamin qui rêvait d’avoir juste la paix et dévorer le monde, qu’on le laisse tranquille lui et sa personnalité. Ce gamin est toujours là, mais il est triste, inconsolable. Il pleure l’adulte qu’il est devenu. La paix ? Même plus en rêve. Dévorer le monde ? C’est le monde qui le dévore… Pourtant, j’en avais des choses à offrir si on m’avait « foutu la paix » dès le début. Si les autres, enfants ou adultes, avaient mieux été éduqués et plus tolérants.

Parce que la moquerie est plus facile que la réflexion, on préfère se rire du malheur d’autrui ou d’un comportement bizarre. Celui qui est différent ou fait différemment n’a pas choisi. Il suffirait d’une seule et simple question pour le comprendre : « Quelle est son histoire ? ». Cette histoire qui l’oblige à être ce qu’il est ou faire ce qu’il fait. Se moquer, c’est s’enlaidir, s’intéresser, c’est s’enrichir. S’instruire de l’expérience d’autrui au lieu de la détruire, c’est s’ouvrir l’esprit à d’autres appréciations qu’on n’aurait pas pu avoir autrement. L’idiot dans tout ça est bien celui qui se moque et continu de croire qu’il est meilleur parce qu’il est normal ou fait normalement.

Et pour ma part, j’ai eu une chance énorme d’avoir les parents que j’ai eu, la famille que j’ai aujourd’hui, les amis qui ont grandi avec moi et sont encore à mes côtés et toutes les heureuses rencontres réalisées tout au long de mon parcours. Si je m’en sors bien, si je ne me suis pas effondré, c’est avant tout grâce à toutes ces personnes. Elles m’ont permis de croire encore un peu en l’humain, de voir qu’il y avait des gens biens, et que tous les autres n’étaient pas si pourris, si mal éduqués. Mais dans nos écoles, dans les cours de récréations, il y a plein de petits Toon qui ne bénéficieront pas de cette chance. Ils renonceront eux aussi et je m’inquiète de ce qui leur arrivera.

Il est temps de changer cela. Il est temps d’apprendre à nos enfants le respect et la richesse de la différence. Il est temps de comprendre qu’être différent n’est pas une option mais une obligation et qu’elle impose à celui qui la vit d’agir en conséquences. Il est temps de changer nos regards et nos jugements sur autrui. Il est temps de bousculer les normes et que notre société évolue. Il est temps d’apprendre à s’intéresser à l’autre et se poser la bonne question : « Quelle est son histoire ? », se demander comment il en est arrivé là, à faire ce qu’il fait. Et si nous parvenions tous à le faire, alors chaque différence deviendra une norme dès la première seconde de son existence.

Et toi, quelle est ton histoire ?
Merci pour ton témoignage.

Ton histoire est très très similaire à la mienne. Là encore, je constate que la société abîme totalement les personnes comme nous.

"Ce gamin est toujours là, mais il est triste, inconsolable. Il pleure l’adulte qu’il est devenu." Idem.
Même parcours, mêmes adaptations, et mêmes conséquences!
Et quand vu de l’extérieur tu as réussi ce que d’autres considèrent comme un beau parcours, mais que toi tu sais que non, ce n’est pas toi ça... quelle galère pour se faire comprendre.
Résultat, je vois bien que je me replie sur moi, je m’isole de plus en plus, et ce qui me rend à la fois très triste et en colère, c’est de voir autant d’enfants sur les mêmes rails. Et toutes ces forces gâchées alors que c’est de toutes ces particularités dont notre société pourrait s’enrichir.
Bon, c’est un peu noir ce matin, mais la nuit n’a pas été bonne, pleine de pensées sombres. Je vais mettre un peu de rose sur le tableau, et ça ira mieux ensuite ?
Bonne journée
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belinter
7 mai 2021 à 17:53

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30 août 2020 à 07:43

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