Je suis HPI et hypersensible, et j'ai effectivement suivi une classe prépa (CPGE ECS). J'avais beaucoup hésité notamment à cause des difficultés supposées et de la lourde charge de travail, puisque j'avais jusqu'ici toujours compté sur mes facilités pour réussir ma scolarité. Au final, ça a sans doute été les deux meilleures années de ma vie pour l'instant.
Je suis allé en internat dans une prépa "de province" (Seine-et-Marne) où l'ambiance était très humaine : peu d'esprit de compétition entre nous, professeurs bienveillants, règles souples. Je dois avouer que je n'ai pas spécialement travaillé non plus en dehors des cours, mais il est clair que ça a été très formateur dans la capacité à développer l'efficacité (les devoirs maisons de mathématiques de 40 pages la veille pour le lendemain à travailler toute la nuit avec un de mes amis, je m'en rappellerai longtemps !). Concernant les cours eux-mêmes, j'en garde un excellent souvenir : c'était dur, le rythme était quatre fois plus intense qu'en Terminale S, mais c'était exaltant. En tant que HPI, alors que je m'ennuyais souvent en cours au lycée et me désintéressais facilement, au contraire, le rythme de la prépa s'est révélé être extraordinairement stimulant. Surtout, avec des professeurs de très haut niveau, qui ont su démontrer que l'objectivité existe dans ce monde (eh oui), capable de développer des pensées très complexes, en décortiquant les enjeux, en confrontant tous les arguments logiques, peu importe leur provenance, y compris dans des domaines aussi tranchés que la philosophie des enjeux de société contemporains ou la géopolitique actuelle. Pour les mathématiques, la prépa m'a permis de renouer très puissamment avec cette matière que j'appréciais tant dans mon enfance, mais de laquelle je m'étais désintéressé au lycée. Au lieu de se résumer à une accumulation de démarches abstraites et isolées dont on ne comprenait ni l'origine, ni l'utilité, elles devenaient soudain un ensemble cohérent de concepts au sein de tout un monde de logique, régi par les mêmes lois, ouvrant la voie à l'univers des possibles, et permettant de comprendre avec bien plus de clarté les choses qui nous entourent.
En fin de compte, en seulement deux ans, j'ai la sensation que la prépa m'a permis de grandir intellectuellement et humainement autant qu'en 10 ou 20 ans. Cela vient sans doute aussi du fait que j'absorbe très facilement les choses, de toute nature. Bien loin de se limiter à deux ans, l'enrichissement apporté par la prépa s'exerce aussi sur tout le reste de la vie, car comme le dit le célèbre adage, on apprend à apprendre. Post-prépa, cette immersion accélérée et cet apprentissage puissant de haute volée nous manquent en général beaucoup, à tous.
Pourtant, je mettrai deux bémols importants :
1. J'ai en général des retours moins positifs de l'externat. Personnellement, j'étais en internat dans la même chambre que deux personnes qui sont devenus de bons amis et m'ont permis également de me développer humainement et émotionnellement, et surtout de passer beaucoup de bon temps pour décompresser. Ceci a très certainement impacté mon expérience en me permettant de l'aborder d'une manière très positive.
2. J'ai vraiment infiniment de mauvais retours et une opinion exécrable des "grandes prépas", notamment parisiennes, mais pas seulement. De ce que j'ai pu en voir, pour beaucoup, elles brisent ou corrompent davantage les étudiants qu'elles ne les élèvent, au sein d'une atmosphère à mes yeux profondément malsaine qui est sans doute à l'origine de la réputation parfois écoeurante de la prépa. La différence est vraiment saisissante. Les professeurs n'ont que pour but de massacrer les étudiants, qui se massacrent d'ailleurs déjà très bien entre eux. Ils les persuadant dans une atmosphère terrifiante tout du long qu'avoir HEC fait d'eux un demi-Dieu tout-puissant sur Terre éminemment supérieur aux pauvres mortels, tandis qu'avoir une école en dessous du top 3 les réduira toute leur vie au rang de minable parmi les minables qui aura raté sa vie et sera condamné à rester un moins que rien jusqu'à sa mort. Et le tout, en détruisant leur vie sociale et personnelle à coup d'enfermement sectaire, d'addiction à la caféine, de 2h de sommeil par nuit pendant 2-3 ans, et d'aspirations uniquement carriéristes et financières. Je ne serais pas étonné du tout si on me disait que 90% des pervers-narcissiques cadres supérieurs sont passés par ce genre de prépas, ce qui aurait donné cette réputation inhumaine aux cadres supérieurs dans le monde du travail. D'ailleurs, la proportion d'entre eux que j'ai déjà croisée me conforte dans cette idée.
Bien sûr, ceci n'engage que mon expérience propre, même si je suis assez confiant dans son potentiel généralisateur. Je serai ravi si j'ai pu vous aider dans votre réflexion !
Avec plaisir pour discuter ;)
Joé