Vinz_erVinz
3 oct. 2022 à 23:36
hello
le sujet m'intéresse car j'ai moi-même fait les classes prépa, et des élèves HPI à moi les font ; je suis prof de maths, spécialité prépa et HPI justement…
donc ma question est la suivante :

En tant que HPI avez-vous fait une classe prépa (math sup, hypokhâgne, prépa HEC etc…) — ou connaissez-vous autour de vous un ou une HPI dans cette situation

Si oui, pouvez-vous témoigner de votre expérience ? facile ? difficile ? avez-vous été confronté pour la première fois à la nécessité de travailler ? ou pas du tout ? avez-vous aimé ? était-ce "fait pour vous" ?

merci d'avance de votre participation ! cela m'intéresse principalement pour enrichir ma réflexion sur l'orientation et mieux conseiller mes futurs élèves quand je suis confronté à des HPI.

Vincent :-)
Bonjour Vincent !

Je suis HPI et hypersensible, et j'ai effectivement suivi une classe prépa (CPGE ECS). J'avais beaucoup hésité notamment à cause des difficultés supposées et de la lourde charge de travail, puisque j'avais jusqu'ici toujours compté sur mes facilités pour réussir ma scolarité. Au final, ça a sans doute été les deux meilleures années de ma vie pour l'instant.

Je suis allé en internat dans une prépa "de province" (Seine-et-Marne) où l'ambiance était très humaine : peu d'esprit de compétition entre nous, professeurs bienveillants, règles souples. Je dois avouer que je n'ai pas spécialement travaillé non plus en dehors des cours, mais il est clair que ça a été très formateur dans la capacité à développer l'efficacité (les devoirs maisons de mathématiques de 40 pages la veille pour le lendemain à travailler toute la nuit avec un de mes amis, je m'en rappellerai longtemps !). Concernant les cours eux-mêmes, j'en garde un excellent souvenir : c'était dur, le rythme était quatre fois plus intense qu'en Terminale S, mais c'était exaltant. En tant que HPI, alors que je m'ennuyais souvent en cours au lycée et me désintéressais facilement, au contraire, le rythme de la prépa s'est révélé être extraordinairement stimulant. Surtout, avec des professeurs de très haut niveau, qui ont su démontrer que l'objectivité existe dans ce monde (eh oui), capable de développer des pensées très complexes, en décortiquant les enjeux, en confrontant tous les arguments logiques, peu importe leur provenance, y compris dans des domaines aussi tranchés que la philosophie des enjeux de société contemporains ou la géopolitique actuelle. Pour les mathématiques, la prépa m'a permis de renouer très puissamment avec cette matière que j'appréciais tant dans mon enfance, mais de laquelle je m'étais désintéressé au lycée. Au lieu de se résumer à une accumulation de démarches abstraites et isolées dont on ne comprenait ni l'origine, ni l'utilité, elles devenaient soudain un ensemble cohérent de concepts au sein de tout un monde de logique, régi par les mêmes lois, ouvrant la voie à l'univers des possibles, et permettant de comprendre avec bien plus de clarté les choses qui nous entourent.

En fin de compte, en seulement deux ans, j'ai la sensation que la prépa m'a permis de grandir intellectuellement et humainement autant qu'en 10 ou 20 ans. Cela vient sans doute aussi du fait que j'absorbe très facilement les choses, de toute nature. Bien loin de se limiter à deux ans, l'enrichissement apporté par la prépa s'exerce aussi sur tout le reste de la vie, car comme le dit le célèbre adage, on apprend à apprendre. Post-prépa, cette immersion accélérée et cet apprentissage puissant de haute volée nous manquent en général beaucoup, à tous.

Pourtant, je mettrai deux bémols importants :
1. J'ai en général des retours moins positifs de l'externat. Personnellement, j'étais en internat dans la même chambre que deux personnes qui sont devenus de bons amis et m'ont permis également de me développer humainement et émotionnellement, et surtout de passer beaucoup de bon temps pour décompresser. Ceci a très certainement impacté mon expérience en me permettant de l'aborder d'une manière très positive.
2. J'ai vraiment infiniment de mauvais retours et une opinion exécrable des "grandes prépas", notamment parisiennes, mais pas seulement. De ce que j'ai pu en voir, pour beaucoup, elles brisent ou corrompent davantage les étudiants qu'elles ne les élèvent, au sein d'une atmosphère à mes yeux profondément malsaine qui est sans doute à l'origine de la réputation parfois écoeurante de la prépa. La différence est vraiment saisissante. Les professeurs n'ont que pour but de massacrer les étudiants, qui se massacrent d'ailleurs déjà très bien entre eux. Ils les persuadant dans une atmosphère terrifiante tout du long qu'avoir HEC fait d'eux un demi-Dieu tout-puissant sur Terre éminemment supérieur aux pauvres mortels, tandis qu'avoir une école en dessous du top 3 les réduira toute leur vie au rang de minable parmi les minables qui aura raté sa vie et sera condamné à rester un moins que rien jusqu'à sa mort. Et le tout, en détruisant leur vie sociale et personnelle à coup d'enfermement sectaire, d'addiction à la caféine, de 2h de sommeil par nuit pendant 2-3 ans, et d'aspirations uniquement carriéristes et financières. Je ne serais pas étonné du tout si on me disait que 90% des pervers-narcissiques cadres supérieurs sont passés par ce genre de prépas, ce qui aurait donné cette réputation inhumaine aux cadres supérieurs dans le monde du travail. D'ailleurs, la proportion d'entre eux que j'ai déjà croisée me conforte dans cette idée.

Bien sûr, ceci n'engage que mon expérience propre, même si je suis assez confiant dans son potentiel généralisateur. Je serai ravi si j'ai pu vous aider dans votre réflexion !

Avec plaisir pour discuter ;)

Joé
Bonjour,

Voici le parcours scolaire d’un proche pour illustrer la discussion.
Sur proposition de sa maîtresse d’école en CP, saut de classe. C’est l’occasion de le tester: THQI à 3 sigmas. Il manifeste pendant les années suivantes de l’école primaire de l’ennui, avec des ésultats excellents.
Intégration d’un grand collège-lycée parisien sur dossier.
Le niveau est très très au-dessus de ce qu’il a connu en primaire. Un ami coréen l’initie au rubiks cube à 10 ans, et participe à des compétitions .
Charge de travail énorme dans ce lycée parisien qui laisse rarement indifférent (on le déteste ou on l’admire). Il suit sans difficulté, mais en travaillant beaucoup plus qu’avant. Il est admis sans difficulté en seconde, seuil où 30% des collégiens sont ré orientés.
Fascination en seconde pour son prof de maths, il décide qu’il fera maths sup malgré son prof de français qui aimerait qu’il s’orientât vers Hypokhâgne. Ce professeur lui fera présenter le concours général de latin en 1ere.
Admission facile en CPGE de ce grand lycée (concours général de maths et physique présentés). La classe MP* lui permet de se préparer efficacement aux plus grande écoles, il intègre à 18 ans (2 ans d’avance) polytechnique. Il a travaillé très dur, mais comme tout le monde voir un petit peu moins d’après lui. Ses 3 amis avec qui il a « bachauté » pendant le Covid sont aussi admis à l’X comme les 3 mousquetaires.

Mes observations: c’est l’archétype d’un très haut potentiel qui a pu grâce à un environnement scolaire (et familial) donner la pleine mesure de ses capacités hors du commun.

Deuxième observation en totale opposition avec le message précédent: les grandes prépas sont des centres d’excellence, où les professeurs vivent cette compétition de haut niveau que sont les concours avec leurs étudiants, n’hésitant pas à se lever à 04h00 du matin pour assurer des cours à 08h00 les jours de grève, de Covid. Ce n’est accessible qu’à une catégorie de personnes: des élèves à la fois brillants et très travailleurs, motivés, comme le sont leurs profs. Après il y a des tas d’exemples, comme celui ci qui ne sont pas des preuves; mais c’est du vécu de près.
NB: l’école polytechnique est extraordinaire de qualité d’enseignement et d’ouverture. Il y trouve des gens bien plus forts que lui (ceux qui ont fait les olympiades de maths) et une diversité de profils et trajectoires insoupçonnés.

Les classes prépas ont été une émulation , un esprit d’équipe qui force l’admiration, à rebours des préjugés sur l’esprit concours et l’individualisme. C’est aussi une explication du succès. À l’instar d’un athlète de haut niveau qui prend un coach en floride loin de sa ville parce qu’il sait que ses facultés seront libérées.

Ce n’est qu’un exemple, je ne prétends pas à extrapoler ce parcours à tous.
C’est aussi un contrexemple à qui voudrait généraliser le poncif que ces grands lycées et prépas sont des machines à broyer inhumaines ou sectaires. C’est la formation des élites académiques.
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