Alors, j'ai bien compris ton amorce de réflexion quand tu suggères la double nature à la fois réductrice mais aussi vitalisante de l'idéologie.
Mais j'avoue que j'aimerais bien que tu t'exposes pour mieux cerner ta pensée et pouvoir repondre au mieux à ton questionnement. 😊
Alors ton titre la fin de l'idéologie ? rappelle la fin des grandes idéologies du 20e siècle tout en elargissant le débat . Je vais donc aborder déjà le sujet sous cet angle et tout comme toi élargir les perspectives .
En effet l'histoire nous a enseigné que le siècle précédent a été traversé par de grandes idéologies politiques et économiques (communisme fascisme francisme libéralisme nationalisme nazisme capitalisme etc )
Et il est vrai qu'avec l'effondrement de certaines nations, certains grands modèles idéologiques se sont fortement affaiblis.
À titre personnel je ne parlerai pas véritablement de finitude pour la bonne et simple raison qu'il persiste toujours comme lors d'un tremblement de terre des répliques sismiques , mais surtout parce que l'idéologie puise par définition sa source dans le besoin de croyance et de sens propre aux humains ce qui rend caduque le concept même de fin .
En effet je CROIS profondément ( et en disant cela je prouve combien cela est vrai) que l'humain dans son besoin ultime de contrôle pour sa sécurité, donne du sens à ce qu'il vit.
Il se trouve qu il parvient à satisfaire ce besoin par la croyance.
J'avais écrit un topic sur cette question qui s'appelait la croyance est-elle la certitude de l'espoir ?
Alors partant de ce présupposé ,je te dirais qu il n'y a pas de véritable fin de l'idéologie ou des idéologies, il y a juste des mutations normatives au gré des mouvances sociales.
Comme tu n'as écrit que quelques lignes il est vrai qu il y a de nombreuses lectures à ton questionnement.
Stricte sensu, je te dirais par exemple que l'idéologie religieuse perdurera autant que le besoin égotique de l'humain lui rappellera l'absurdité de la finitude de la vie.
Largo sensu, je te dirai qu effectivement il est difficile de trouver un équilibre entre ce besoin de contrôle sur notre vie et notre environnement pour faire echo à notre instinct de survie et cet aveuglement dogmatique.
Une idéologie a souvent une tendance psychorigide à exclure tout autre schéma de pensée, à devenir péremptoire, dictatoriale et intolérante.
Je me rappelle avoir écrit un sujet qui disait faut-il être intolérant avec l'intolérance ?
Même une idéologie de la tolérance menée jusqu'au-boutisme est porteuse en elle-même d' effets pervers paradoxalement car si tu es très tolérant avec l intolérance alors tu fais la part belle à l'intolérance..
c'est tout le débat que tu poses en préambule. L'idéologie va être porteuse de dynamisme ce que tu appelles la vitalité intellectuelle mais va aussi être vectrice d'aliénation.
Alors comment gérer au mieux cette dualité ?
Dans la mesure où l'être humain a ce besoin de croyances profondes, il me semble illusoire déjà de se dédouaner de toute idéologie ne serait-ce que intuitive.
Il importe donc à mes yeux de mettre en place des stratégies réflexives qui vont nous aider à prendre du recul sur nos propres croyances mais lesquelles ?
Déjà par la croyance et oui déjà une croyance qu'il n'existe pas de vérité absolue mais des points de vue. Et que par conséquent, nos croyances ne sont pas des vérités mais juste une des nombreuses facettes d'un kaléidoscope.
Ensuite par la connaissance tout simplement de tous les biais cognitifs et affectifs qui vont impacter notre jugement et notre réflexion.
Puis je dirais par la confrontation ou plutôt le dialogue car de la discussion jaillit parfois la lumière.
Pour ne pas s'emmurer dans ses certitudes il importe de garder l'esprit ouvert à l'écoute d'autrui.
J'ai bien aimé en effet ce que disait le premier intervenant sur ton topic au sujet du débat d'idées.
À l'échelle individuelle je dirais qu'il faut aussi pratiquer l'écoute empathique qui permet à la fois d'entendre et de ressentir ce que l'autre a à nous dire mais aussi de le comprendre et surtout de compatir au sens originel étymologique du terme "cum" avec "patio" souffrir.
Par ailleurs, j'aurais tendance à penser que l'intolérance se cultive très tôt parfois des l' enfance par imprégnation éducative. Il importe donc de savoir prendre du recul vis-à-vis des valeurs véhiculées au sein même de sa famille et de s'interroger sur leur bien-fondé .
Enfin, je conseillerais de pratiquer l'art de la questiologie en s'interrogeant sur nos croyances et notamment leur origine.
Elles naissent selon moi de ce besoin d'appréhension du monde .
Elles se forgent sur l'autel de nos peurs et de nos désirs. Elles sont parfois irrationnelles dénuées de tout fondement reflexif. Parvenir à remonter l'arborescence de ses valeurs permet parfois de réaliser leur irrationalité. Il est certain que l'intelligence va permettre de percevoir toutes les nuances toutes les subtilités . En ce sens , elle a un vrai rôle à jouer dans cette vision (idéologique ) du monde. J avais écrit un sujet qui s'appelait critique du raisonnement ou raisonnement critique qui me semble bien au final résumer cette problématique.
Malgré tout, je suis parfaitement conscient que la rationalité a très peu de prise sur les croyances qui se cristallisent autour de la souffrance des manques des frustrations de l impuissance apprise des besoins fondamentaux de nos instincts ...
Alors je dirais pour conclure qu'il faut avant tout agir sur ce levier originel pour aider les meurtrières idéologiques à s entrouvrir , pour apprendre le fameux lâcher prise, pour être dans l'acceptation nietzscheenne et le développement de stratégies défensives plus souples que cette cristallisation resistante et psychorigide.
J'ai la naïveté de croire que si nous menions parallèlement une politique de la tolérance de l'ouverture à l'autre de l'inclusion alors les chances de ne pas tomber dans une idéologie aveuglante seraient bien meilleures tout en satisfaisant ce besoin de repère de stabilité et de cohérence du monde .
Nb : il existe bien évidemment des idéologies très humanistes très positives mais le risque inhérent demeure d'imposer ce modèle à tous. Je crois que la force d'une conviction est précisément qu'elle est parfois imperméable à la remise en cause.
On dit souvent que quelqu'un de convaincu est convaincant.
Mais j 'aurais aussi tendance à penser que quelqu'un de convaincu est déjà vaincu ( par son idéologie interiorisée ). Alors , c'est bien avant cette phase ultime qu'il faudrait intervenir. Chercher à poser un tuteur à un baobab adulte est une douce illusion ! 😂
La tolérance serait-elle cette valeur phare à la fois première et ultime ?