Je pense, Nicolas, qu'il ne faut pas mélanger solitude, solitude, et solitude. Ce que tu précises, d'ailleurs, dans ton second post.
L’être humain, vois-tu, est aussi un animal peu armé pour se défendre de son environnement. Pas de griffes, ni de carapace, une fourrure ridicule qui ne gênera guère que quelques parasites, des dents incapables de trancher une gorge … Partant, c’est le groupe qui protège l’individu, et l’individu seul (non accompagné) dans un environnement potentiellement inamical, ressens naturellement un inconfort très compréhensible. Ceci est ma définition de "souffrir d'être seul".
L'individe, s'il est neurotypique ou surdoué en socialisation, aura préalablement tissé les liens nécessaires pour se faire accompagner dans la diversité des cas de figures : acheter une voiture, réagir à une fuite d'eau, passer le videur à l'entrée de la boite de nuit, … Mais socialiser est un sacré boulot, qui demande des compétences et de la disponibilité, ainsi qu'une bonne résistance à l'ingestion de bière. Et cela ne garantit pas tous les cas : on pourra encore, par exemple, se retrouver bien seul devant son avis d'imposition !
Et puis, il y a la solitude dedans la tête. Là où nous fabriquons nos pensées. Dans cette boite-là nous sommes effectivement tout seul (sauf exceptions dont je ne discuterai pas car elles sortent de mon champs d'expérience). Et il faut du temps, et de la disponibilité, pour fabriquer de la pensée. C'est une autre sorte de solitude, celle, il me semble, que nous apprécions tous (nous d'ici), celle que nous appelons "bulle".
Et puis il y a la solitude de cœur. Aller main dans la main, chacun sa chacune. On n'est ni dans l'extérieur inamical où il suffisait de socialiser, ni dans l'intérieur personnel où on est maître chez soi et libre d'inventer tout le nécessaire, mais dans une autre nécessité : la prégnance d'inventer un univers à la fois intime et interpersonnel.
Quant à la solitude sexuelle, je la vois un peu comme un "rien dans l'assiette". C'est plutôt de l'ordre du besoin. Je vois dans les trois solitudes que j'ai distinguées plus haut autant de moyens de tromper ou de combler cette solitude-là.
@seline
J'aime beaucoup ta réponse, et sa clarté.
Je me reconnais aussi dans cette problématique de l'entretien de l'amitié. Cela demande une compétence que je n'ai pas. Lorsque je ressens un lien d'amitié c'est comme une information factuelle qui reste vraie indépendamment du temps passé sans se voir. Mais j'ai trouvé une astuce qui semble fonctionner assez bien pour moi : j'ai programmé mon agenda pour qu'il me rappelle à intervalles réguliers (mais j'évite les intervalles divisibles par 7 pour que cela semble plus spontané), d'appeler un tel ou une telle pour lui demander des nouvelles par téléphone ou par SMS…