Atypiker
5 avr. 2021 à 12:20
Il suffit pour certaines personnes de se brûler une fois pour ne plus jamais s’exposer au feu. Je ne suis pas comme ça... n’y voyez pas de côté masochiste chez moi, j’ai juste besoin de vérifier si le feu brûle.

...

La mémoire est un outil fabuleux, sans elle l’évolution est impossible... pourtant elle reste pour moi bien mystérieuse et semble vouloir me jouer des tours...

J’ai passé les 20 premières années de ma vie à capter, créer et engranger des souvenirs. Des fables de la fontaine aux tables de multiplication, des paroles des Doors aux poèmes de Rimbaud, des rêves que j’inventais le soir à ceux qui s’imposaient à moi la nuit...

Puis un jour, alors que je devenais presqu’adulte j’ai commencé à explorer cette mémoire interne. J’allais chercher les souvenirs de toute sorte et de tout temps et m’aperçus rapidement que la ressource était intarissable. Je me souviens avoir pensé « plus jamais je ne m’ennuierai, j’ai là un stock immense de divertissement pour combler mes moments de vide »! Je m’en faisais alors une fête.

J’ai donc creusé, déterré, décortiqué tous ces souvenirs et petit à petit c’est devenu envahissant.... je ne me contentais plus de les visualiser, je les analysais en profondeur. Et ils ont commencé à me faire mal, à me déstabiliser car je comprenais les choses avec mon regard de presqu’adulte et mon enfance perdait peu à peu de sa naïveté...

Alors bien sûr comme tout le monde j’ai des souvenirs magnifiques que j’aime revisionner et j’arrive parfois à puiser un peu de ce bonheur passé pour alimenter mon présent... et puis d’autres très désagréables que j’aurais préféré ne pas enregistrer mais sans eux je serais sans doute un peu moins moi-même donc je les garde...

J’ai aussi beaucoup de souvenirs anodins et me demande pourquoi ils sont stockés dans ma mémoire à long terme... ce sont des scènes de vie quotidienne pour certaines très anciennes et que je revois très clairement sans y détecter de sens profond...

Et puis il y a tout un tas de souvenirs que j’ai depuis interprétés, ça m’a forcé à en modifier la consistance et à les reprogrammer dans ma mémoire d’adulte... ceux là clignotent parfois en rouge et j’apprends à les accepter pour qu’ils s’éteignent enfin...

J’ai donc a priori une très bonne mémoire.

Pourtant...

Il y a quelques semaines j’ai vu pour la première fois un psychiatre... un petit bonhomme aux cheveux blancs et au regard perçant. J’aime bien le personnage...
Je venais de frôler un moment difficile qu’internet nomme visiblement le burn-out. J’étais épuisée de tout mais persiste à penser que ce n’était pas le fond de mon problème...

J’ai donc joué franc jeu avec mon petit bonhomme aux cheveux blancs et lui ai dit que depuis toutes ces années il me semblait que quelque chose clochait chez moi sans que j’arrive à mettre le doigt dessus. Et là avec son petit regard affûté de me tendre un « comme quelque chose que vous auriez oublié ? »...

En toute franchise, ça faisait déjà plusieurs mois que j’envisageais l’éventualité d’avoir « oublié » quelque chose donc le fait qu’il me lance cette perche seulement 7mn après avoir fait ma connaissance m’a vraiment bluffé...

Ceci dit j’ai cherché, fouillé, retourné ma bibliothèque interne et je n’arrive pas à croire, avec la mémoire dont on m’a doté, qu’il me soit possible d’avoir oublié quelque chose...

J’ai cru percevoir dans mes recherches que les personnes désignées « haut potentiel » avaient généralement une mémoire plutôt exceptionnelle. J’ai appris également que certaines personnes très rares avaient une capacité de mémorisation tellement puissante qu’ils se souvenaient de chaque instant de leur vie passée au jour près (ce n’est pas mon cas dieu merci car j’imagine que ça doit être un vrai calvaire)... je me permets donc de vous interpeller sur cette question, pensez-vous qu’il soit possible malgré d’importantes capacités de mémorisation, d’avoir oublié quelque chose ??

Et d’une manière plus générale, êtes-vous en paix avec votre mémoire ??
Bien sûr que nous pouvons oublier des pans entiers de notre vie. Le cerveau est un outil très complexe qui se permet de classifier lui-même chaque information en dehors de toute action consciente.
La mémoire traumatique en est l'exemple le plus frappant. On a cette capacité d'occulter un événement inacceptable, aussi marquant soit-il.

Je déteste ma mémoire car elle n'agit pas comme je le souhaiterais. Elle me rappelle en boucle certains événements que j'aimerais oublier et me laisse oublier quelque chose d'immédiat. Pourtant, j'ai toujours eu une bonne mémoire, n'ayant aucun problème à retenir tous mes cours en classe, puis, plus tard, elle m'a toujours été utile dans mes différents emplois. J'ai toujours été capable de me souvenir de tout ce qui pouvait être utile, même de petits détails qui faisaient la différence.
Par contre, elle n'est pas assez sélective et j'ai finalement aujourd'hui une bibliothèque bien trop grande à parcourir à chaque fois, ce qui me demande trop de temps pour accéder au souvenir qui m'intéresse. J'ai également dû batailler pour faire remonter à la surface certains souvenirs ayant causé des blessures profondes afin de comprendre certains de mes fonctionnements.

En ce moment, pour la première fois de ma vie, elle me fait défaut. Les traitements de ma maladie ont tellement affaibli mon cerveau que je n'arrive plus à me souvenir de tout. Je dois essayer de changer ma façon de mémoriser les choses, y revenir plusieurs fois alors que quelques fractions de secondes étaient suffisantes avant. C'est très perturbant et me fait comprendre que ma mémoire a toujours été une alliée de taille que j'espère retrouver au plus vite...

May, @piou-piou, heureuse de te lire à nouveau !

Ma mémoire, qui était plutôt compétitive m'a quittée (larguée comme une vieille chaussette) il y a 3 ans lors de mon burn-out.
Et pas que la mémoire !
Plus moyen de lire l'heure sur une horloge, même avec des chiffres, plus moyen de faire cuire un œuf (au plat ou à la coque), plus moyen d'articuler 2 phrases l'une après l'autre. La vie avec des post-it comme un Alzheimer (et je ne me moque pas, des antécédents dans la famille, je sais ce que c'est, j'ai eu très très très peur !). Et lire les post-it toute la journée pour savoir ce que je devais faire dans les 5' qui suivaient.
C'est du vécu.
C'était un cauchemar !

Je m'en suis sortie, au prix d'une rééducation de la mémoire, qui n'est pas achevée.
D'abord rappeler les souvenirs indispensables, comme s'habiller, se nourrir, lire, écrire, relire la musique pour jouer et présenter mes examens au Conservatoire.
Apprendre par cœur des réponses aux questions potentielles lorsque j'ai repris mes études, car incapable de retenir une "leçon".
Aujourd'hui, je mémorise en une fois selon des méthodes toutes nouvelles que j'ai transmises à mes élèves, plus rapidement et plus sûrement qu'autrefois. Les liens entre les disciplines se font facilement.
MAIS j'ai perdu une somme considérable de souvenirs.
D'enfance, d'études, de vie étudiante, de vie maritale, de maman, de travail...
J'ai tenté de raviver récemment lors d'une rencontre sentimentale des souvenirs amoureux (dernier domaine auquel je ne m'étais pas encore attaquée). Je ne savais plus "comment" on faisait pour aimer, pour le dire, pour le faire, pour tout. Les souvenirs étaient tronqués. J'ai décidé d'y aller cash. Aujourd'hui, beau nouveau souvenir tout frais d'un premier amour de nouvelle vie ! ? Avec tellement encore à découvrir et à expérimenter !
Il y a un domaine qui me frustre : j'ai toujours adoré l'orthographe. Et aujourd'hui, je dois être très pointilleuse avec moi-même pour laisser le moins de fautes possible, alors qu'auparavant je n'en commettais pour ainsi dire jamais... Ca me prouve que mon cerveau n'est pas encore reconnecté en tout.
Par contre, j'ai été contrainte d'apprendre à écrire de ma main secondaire et abandonner mon membre dominant. Et cela s'est fait naturellement.

Je note que ma mémoire me joue encore des tours très souvent, notamment quand je suis fatiguée : plus de mots, plus de sensations, plus de compréhension. Alors, je vais me reposer, et ça revient quand ça veut revenir...

Tout ça pour te dire, chère @piou-piou, que les atypiques ont selon ma psy des capacités exceptionnelles, notamment en mémorisation et en compréhension. Mais elle me recommande quand même de lâcher-prise...
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Atypiker
6 mars 2021 à 18:51

Notre vécu détermine- t-il nos métiers ?

Bonjour à tous ceux qui liront ce sujet, J'ai reçu, il y a peu, un mail d'un de mes professeurs...
alhorman
28 déc. 2024 à 12:37

Les trois mousquetaires et les autres

Le titre de ce talk ne va peut-être rien vous dire. C'est tout simplement que je ne voulais pas évoquer...