Mais pour cesser de parler de moi, et pour élargir le propos, je pose la question suivante : pourquoi est-ce que les psys versés dans l'atypie ne reconnaissent pas, d'entrée de jeu et pour balayer toutes les questions inutiles, une chose simple et fondamentale, pourtant largement démontrée par leurs modèles et surtout par l'anthropologie ? Ce qui compte pour l'humain, ce n'est pas le réel, mais la façon qu'il a de recouvrir le réel de croyances. Il est stérile, à mon sens, de vouloir tout débunker, tant qu'on n'aura pas révisé le plus fondamental : nos systèmes de croyance et de représentation. Ce qui, évidemment, est impossible ! Les croyances sont comme les affordances, c'est par elles que nous nous arrimons au réel. Révisez les croyances et les représentations, vous ne ferez que les remplacer par d'autres. Pourquoi ? Parce que le réel n'est représentable que par approximation. Lorsque je touche un objet, ce n'est pas l'objet que je ressens, mais ce que mon cerveau m'en renvoie ; et le cerveau est une machine qui fabrique des symboles, pas du réel.
Enfin, je voudrais souligner le fait que je connais personnellement plusieurs psys qui sont parfaitement au courant des limites de leurs pratiques, de leurs théories, de leurs capacités et qui, en même temps, sont d'un secours réel et remarquable lorsqu'il s'agit d'accompagner les individus en difficulté, que ces individus soient HPI, en 2E ou pas.
Autre exemple, puisque la classe paysanne est citée dans cette vidéo. Une croyance, au XVIIe siècle, prétendait que seuls les intellectuels pouvaient être atteints de mélancolie ; jusqu'à ce qu'une épidémie de mélancolie touche les paysans, au XVIIIe siècle, lesquels déprimaient très sévèrement et refusaient de faire des enfants parce que le monde leur semblait trop douloureux à vivre. Combien d'autres exemples de ce type ? Et à quoi bon ? Il y a eu, il y a, et il y aura toujours des atypiques. Pour ma part, je regrette de ne pas être de ceux qui s'en portent très bien.
En tout cas, merci pour ce post qui me donne l'occasion de faire le point sur l'état de mes propres croyances.