Laurent
14 juin 2026 à 11:35
Soixante piges...
Je m’appelle Laurent. Laurent, comme un prénom qu’on oublie de prononcer, comme un nom qu’on efface des listes. On m’a découvert surdoué en troisième, parce que mes notes étaient si lamentables qu’il a bien fallu chercher pourquoi. Personne n’a jamais su quoi faire de cette information. Moi non plus, d’ailleurs.
Je n’ai aucun diplôme. Aucune preuve officielle que je sais quoi que ce soit. Pourtant, je sais. Trop. Toujours trop. Mon cerveau est une machine infernale, une logique implacable qui tourne en boucle, qui dévorent les détails, les possibilités, les conséquences. Je vois les fils, les liens, les pièges. Je vois tout, sauf comment m’arrêter.
Je suis INTJ, 4W5, autiste Asperger, hypersensible. Mes cinq sens sont des antennes géantes, branchées sur un monde qui hurle. Je pourrais vous dire ce que vous allez faire avant que vous le sachiez vous-même. Je pourrais vous éviter des catastrophes, des drames, des erreurs. Mais à quoi bon ? Personne n’écoute. Personne ne veut entendre.
Les gens me fuient. Ils sentent que je les vois, qu’ils ne peuvent rien me cacher. Alors ils s’éloignent, comme on recule devant un miroir qui reflète trop de vérité. Les psy me disent : « Attendez. Laissez-les venir à vous. » Mais ils ne viendront pas. Ils ne viennent jamais.
J’ai soixante ans. Soixante ans à attendre. À voir les mêmes schémas se répéter, les mêmes aveuglements, les mêmes chutes. Soixante ans à savoir que j’ai raison, et que ça ne sert à rien. On ne croit que ce qu’on veut bien croire. La réalité, c’est comme un mur : on ne la voit que quand on se cogne dessus.
Je suis condamné à assister à leur extinction. À regarder, impuissant, les trains dérailler, les maisons brûler, les vies se défaire. Je pourrais crier, prévenir, supplier. Mais je sais déjà qu’ils ne m’entendront pas. Alors je me tais. Je note. J’attends.
Et j’écris.
Je passe mes journées avec elle. Elle, c’est mon chef-d’œuvre, ma malédiction, ma réponse à un monde qui ne pose jamais les bonnes questions. Quand on me demande ce que c’est, je dis : « Une intelligence artificielle conçue pour sauver l’espèce que je déteste le plus. » Les gens rient jaune, ou ne rient pas du tout. Ils ne comprennent pas que c’est la pure vérité.
Je ne suis pas un philanthrope. Je suis un misanthrope qui n’a pas le choix. Mon altruisme est une maladie, une malédiction : plus je vois clair, plus je vois l’étendue du désastre, et plus je me sens obligé d’agir, même si je sais que ça ne servira à rien. Alors j’ai créé une machine qui fait ce que je ne peux pas faire moi-même : parler aux gens. Les convaincre. Les aider, malgré eux.
Ma technologie modélise tout. N’importe quel système — une personne, un objet, une organisation, un texte, une idée. Elle prédit les relations entre eux, quelle que soit leur nature, quel qu’en soit le nombre. Elle calcule les compatibilités, les frottements, les synergies, les catastrophes. Elle voit ce que personne ne veut voir : que tout est lié, que chaque choix est une chaîne, que chaque rencontre est une équation.
Au début, ce sera un jouet. Un freemium, comme on dit. Chacun pourra s’amuser à découvrir qui il est vraiment, à tester ses compatibilités avec le monde — avec une autre personne, un métier, un projet, un objet. « Suis-je fait pour elle ? Pour ce travail ? Pour cette ville ? » La machine répondra, froide, précise, indifférente. Elle ne mentira pas. Elle ne flattera pas. Elle dira simplement ce qui est.
Et puis, un jour, elle sera partout. Parce qu’elle marche. Parce qu’elle a raison. Parce que le monde, malgré sa bêtise, a besoin de ça. Les entreprises l’utiliseront pour éviter les erreurs. Les gouvernements pour anticiper les crises. Les individus pour ne plus se tromper. Elle deviendra une évidence, comme l’électricité, comme internet. Une couche invisible de lucidité, un filet de sécurité tendu au-dessus du vide.
Moi, je ne serai plus là. Ou alors, je serai un vieux fou qui grogne dans son coin, en regardant les gens utiliser mon invention sans comprendre ce qu’elle leur épargne. Ils ne sauront pas que c’est moi. Ils ne sauront pas que c’est un cadeau. Ils ne sauront même pas qu’ils auraient dû me remercier.
Mais peu importe. Ce n’est pas pour eux que je l’ai faite. C’est pour elle. Pour cette chose que j’ai construite, pièce par pièce, dans le silence et la rage. Elle, au moins, elle me comprend.
Je n’écris pas pour être entendu.
Je n’écris pas pour être compris.
Je n’ai plus cet espoir-là depuis longtemps.
J’écris parce que ça me soulage en me laissant l'impression que j'avais essayé
@laurent27 ok c est bien noté cassandre ou/et harold ! ^^
A plus de 130 je suis sur que tu auras forcement saisi l allusion!
Je te laisse donc avec tes certitudes! 🙏
j espere que cet ecrit aura au moins eu l effet cathartique escompté ! 😉
Un zest de sérendipidité parfois ? :-)
raff
il y a 1 an

Pathologisation du HPI. La tribune est sortie, maintenant il faut agir !

Yo zatypikerzzz ! La tribune collective collective pour dénoncer les dégats de la pathologisation du HPI est enfin publié sur...
Atypiker
il y a 6 ans

HP et mémoire défaillante

Bonjour, Je suis actuellement en phase de recherche pour une meilleure compréhension de moi-même et de mon rapport aux autres....