mule2112
27 août 2021 à 12:56
Le Temps

Notre rapport au temps est un élément essentiel de notre rapport à la vie, au sens que nous pouvons lui donner. Ce sens qui vient de la maitrise plus ou moins efficiente, la conscience plus ou moins vive que nous avons à nous y inscrire.

C’est un sujet qui devient de plus en plus prégnant chez moi. Je ne sais pas chez vous …
Et me décolle un peu plus de l’ambiance de notre époque.
Si j’avais pas déjà assez décollé comme ça … Bref !

Cette conscience, ou inconscience du sujet, conditionne pas mal de choses dans notre vie, pratique comme spirituelle, à mon sens.

Quelle unité de mesure du temps avons-nous spontanément ? Il me semble que c’est celle de l’instant présent, de l’immédiateté. Cause – effet immédiat. Action – réaction.

Pour autant, je crois que nous sommes plusieurs ici à avoir depuis gamins, une conscience d’une unité de temps plus longue, comme celle qui s’exprime dans l’intérêt et la recherche de contacts avec les générations qui nous précèdent.
Avec leur expérience de vie, bien éprouvée.
Comme une furieuse envie de le court-circuiter, ce temps d’apprentissage.
Prendre en ces aînés, une substantifique moelle.
Et sembler y réussir …

A décrypter / disséquer une problématique par exemple, j’en viens toujours à chercher l’histoire, donc le passé, plus ou moins ancien, nécessaire selon moi.
Et à avoir au passage une idée de ce qu’était le futur supposé, à telle ou telle époque. Cocasse parfois.

C’est encore plus édifiant lorsqu’on cherche à découvrir une personne, en avançant en âge disons, pour ma part.

On se targue aujourd’hui, d’être en 2021.
Dans le sens : nous n’avons jamais été aussi évolués et « modernes ». Ce qui implique de ne plus faire certaines erreurs, ou d’avoir des comportements et pensées marqués par l’intolérance par exemple. Nous sommes « évolués ».
Sous entendu, nous avons une conscience humaine de haute qualité, qui tend à une sorte de perfection (Levi Strauss doit se retourner dans sa tombe).
Rapport au sens de l’anthropologie, vision d’une civilisation sur une autre.

Seulement, j’ai l’impression que la véritable tolérance par exemple, exige de nous de ralentir le tempo, afin de déployer ses multiples dimensions, dans un tout suffisamment cohérant, et impliquant. Décréter sans avoir appris ? Alors pour un surdoué de la vie peut-être.

L’impatience est un obstacle à mon avis majeur, à la maitrise et à l’usage de telles qualités humaines que la tolérance, de telles capacités que la maitrise de la langue, la communication. Nous avons beau être bientôt en 2022, il reste que nous n’avançons pas tous à la même vitesse ! Très vite pour certains domaines, bien plus lentement pour d’autres, notamment en n’acceptant pas vraiment les vertus du temps long. (regarder les choses à l’échelle d’une vie, d’une époque, d’une évolution, etc) Question d’angle d’approche toujours et encore.

- Il en est pour qui le présent ne signifie rien d’autre qu’un moyen éphémère pour tendre vers le futur qu’ils désirent. Seul l’objectif fait sens.

- Il en est pour qui le présent est tout, et qu’il s’agit d’un gâchis que de ne pas en prendre toute la mesure, qui peut s’avérer profonde. Et pour qui demain serait promesse un autre présent, à nouveau singulier.

- Il en est pour qui le passé se révèle la seule chose viable pour naviguer dans le présent.
Et puis bah … c’était mieux avant quoi !

Le temps, on le fustige facilement : un jour il passe bien trop vite, un autre il est d’une lenteur insupportable.
Est-il le maitre ? Ou sommes nous le maitre ?

Nous nous servons de lui, nous l’utilisons.
Nous l’oublions aussi, ou bien nous confondons en lui, lorsque certains moments sont baignés de magie et de bien être.
Le temps est mouvement. Un terreau, un purgatoire ou une prison. Nous en décidons du sens, pour une large part. Il me semble.

Le progrès de l’époque change-t-il votre rapport à la mort ? En ayant alors autant peur du temps qui passe, que du jour ou il va « s’arrêter » ? Ou le contraire.

Vous sentez vous prisonniers du temps ? Contraints ? .

Est-il votre allié, dans la gestion de votre rapport au monde ou aux autres ?

Le voyez vous comme une poignée de sable qui fond inexorablement, avec sourire ou anxiété ? le voyez vous au contraire dans une montagne dont vous jouissez ?

Avez-vous peur de le perdre ? Ou au contraire, aimez vous le perdre parfois de votre plein gré ?

Avez-vous un rapport au temps qui s’est modifié au fil des années, en se détendant ou au contraire se rigidifiant ?

Aimer l’éphémère et le futile est-il tolérable – souhaité – sain – désolant – absurde, pour vous ?

J’aime cette expression française : Au temps pour moi.
C'est-à-dire que l’on s’est égarés, qu’on n’est plus sur une compréhension partagée avec autrui, et que l’on reprend le rythme du temps de nos pensées. On impose notre tempo à l’autre, en s‘en excusant de façon implicite. Ralentissant souvent ce fameux tempo, pour qu’il soit compatible avec celui de l’autre, un moment.
Repartir du plus petit commun multiple, pour viser à nouveau le plus grand dénominateur commun (oui les matheux, ok ok … mais question d’angle, encore ! de mouvement, de dynamique).

Slow food : éloge du fait de prendre son temps, ou peut être d’ignorer sa pression, pour cuisinier de belles choses, des choses du moment / de la saison. Lien direct avec la nature. Si on attend trop, on ne dispose plus des ingrédients de saison … et on attendra l’an prochain pour faire ce plat. Fast food, vous connaissez.

Le temps de l’apprentissage : l’apprentissage n’a pas bonne presse, en France par exemple. Une amie jardinière émérite dit souvent là-dessus : la patience a des racines amères, et des fruits délicieux.

Le temps semble avoir un sens restreint, sans travail d’apprentissage. Sans conscience, innée et / ou acquise. L’art serait un éternel novice, sans son histoire. Pour autant, il en serait toujours humain dans l’essence …

Voilà Certaines « réflexions », questions que j’avais envie de partager avec vous.

Dans ce sujet je n’érige rien en vérité universelle, et je ne prétends pas grand-chose.

Je vous invite à partager vos réflexions sur le (vaste) sujet, si il vous intéresse, et à le faire par exemple avec davantage de positions philosophiques que je ne peux le faire.
Mais surtout avec vos mots propres, si cela a fait écho en vous au détour d’une phrase.

merci pour la lecture !

Bonjour Hugues,

Concernant le temps de notre quotidien, nos horaires, nos obligations, de mon côté le temps passe comme une flèche, beaucoup trop vite, ce qui met sous pression tant il y a à faire tout ce qui doit être fait.
De plus, même si le temps en tant que tel n’existe pas comme on nous l’a enseigné, mine de rien, nous le ressentons biologiquement, et puis nous savons que nous allons partir un jour, donc le fait d’être conscient de la durée dont on dispose sur Terre est ancré, on sait que l’on dispose d’un certain temps.
Alors à la fois mon rapport au temps est un peu sous pression car tant de choses à faire et l’horloge tourne.

Pourtant le temps, s’il existe, il n’est pas comme nous avons cru qu’il est.
Si je pense au temps d’un autre point de vue, à l’échelle de l’univers, je sais que le temps c’est beaucoup plus vaste que ce que l’on pense.
En fait il se pourrait que le temps n’existe pas. C’est juste un concept inventée par l’homme qui nous permet de réguler cadrer notre vie civilisée.

Vaste sujet

@mule2112

Bonjour, votre post initial est tellement bien fourni que je peinerai à répondre si je le fais point par point comme je le fais d'habitude. Aussi, je vais simplement vous partager mon expérience de l'instant, qui sera différente et parfaitement contradictoire demain peut-être, sans que cela me pose le moindre problème. Je vais employer des mots de manière incorrecte, c'est à dessein. Comprenne qui pourra. Je ne suis pas certain d'en faire toujours partie.

Cela tient-il peut-être à mon type (INFJ) tant la chose est rapportée ça et là le concernant, mais le temps, comme tant d'autres choses, n'a pas d'existence autre que conceptuelle. Pour moi, quel que soit le nom de la boite, il est fort probablement que celle-ci n'existe pas. Je pause un instant ici pour assurer tout le monde qu'il ne s'agit pas de nihilisme, ce n'est pas une croyance. Ce serait plutôt un mode de perception, puisque j'éprouve la réalité de l'enjeu de ma propre existence, ce qui ne serait pas possible autrement. Bref.

Pour moi, le temps est intrinsèquement lié à l'espace et à l'Homme. Je citais ailleurs Whitehead : Le temps et l'espace sont des aspects de la nature qui présupposent le schème de l'étendue.

Cela dit, pour moi, le passé est principalement représentable par un épais brouillard. Épais brouillard d'où émergent des récifs polaroids, des instants m'ayant marqué, ou je peux tout dire de la situation, position, phrase exacte de chacun, couleurs, odeurs… (sous réserve que j'y aie assisté, sinon, un peu moins) une cristallisation de l'instant, une concrétion à la densité extrême, dont la masse pèse sur la toile même de la réalité - de l'espace -, tel le ferait un astre, et la déforme. Je ne jurerai jamais de l'ordre temporel d'évènements révolus, mais pourrait les détailler sans problème.

Pour le futur, la chose est plus étrange car elle est elle-même multi-temporelle et ressemblerait plutôt à ce que donnerait un pachinko en 3D, lui-même soumis à des mouvements de translation et de rotation aléatoires. Ainsi, par exemple, et c'est tout à fait troublant, le futur pourrait tout à fait se positionner, au moins métaphoriquement, "avant le présent". Juste avant. Ou, bien avant. Il n'est pas sa prolongation, mais le prisme par lequel notre réalité advient. La contingence s'affranchie du temps. Elle est ou non. Et pourtant demeure.

Le futur pour moi est ce cornet d'espace où se développa/e/ra la possibilité. Il n'a intrinsèquement aucun sens et est en perpétuel devenir, bien que nécessairement suffisamment révolu pour être saisi.

Le présent… c'est peut être le plus complexe. Vous citiez quelques exemples, je répondrais : "tous, mon général !" et bien d'autres encore. J'écrivais ailleurs plusieurs pages fascinantes à ce propos. Non publiables ici. Extraits divers, donc.

"Un instant, le voyageur tenta de se mettre à sa place : s’il échouait à mourir, ne
sachant lui aussi prendre sa propre vie, aurait-il le courage, la volonté, le désespoir
nécessaire pour un jour attaquer l’innocent, espérant ce faisant décéder avant lui ? Un
sacrifice déguisé. Une imposture. Un mensonge. En cela, il serait resté homme jusqu’au bout : insatiable, là éternel… Le présent était cette immobilité dont il fallait savoir
refuser de jouir pour pleinement l’apprécier. Comment aurait-il réagi si on lui en avait
imposé l’expérience ? Le présent, ce pouvait être long… surtout lorsque l’on
commençait à en attendre quelque chose. Sur ce point, il rejoignait pleinement le
nouveau solitaire. Après tout, leurs démarches opposées, leurs trajets semblaient
similaires à s’y méprendre. Peut-être était-il inévitable qu’ils se rencontrent au milieu du
chemin."

"Rongé par des sentiments qu’il n’avait jamais eus, des sentiments n’étant pas les
siens, il ne se reconnaissait – ne se comprenait – plus. Était-il en train de rejeter le
greffon ? La synthèse échouait-elle, ou ne prenait-elle que trop ? Le voyageur peinait à
éprouver le complexe auquel il s’était accoutumé : la crainte de la peur de mourir, la
convention qu’était le monde qu’il se laissait voir… Le présent avait tout emporté –
scellé hors d’atteinte – et ne restait plus que l’état de l’instant, si précieux et fragile à la
fois que la perspective de sa perte le gâchait à jamais."

"Ses semblables prétendaient que c’est à l’ultime instant, quand la souffrance devient
insupportable, que l’âme d’un homme s’ouvre au réel, que son monde lui apparaît plus
simple, plus sensé. Ils n’avaient peut-être pas tort, en un sens : le présent était cette
occasion de liberté sans précédent puisque à jamais sans conséquence. Celui qui s’y
trouvait détenu n’avait plus à se préoccuper de rien. Seulement vivre – enfin – et
persister dans cet état. Cependant, la gratuité annoncée du processus exemptait souvent
chacun d’œuvrer à préalablement peupler son réel, afin que le présent, une fois
contracté, flamboie de cette richesse-bagage inhérente au mourant, et sereinement le
façonne en un indicible dont la bête qu’il demeurait ne resterait que part."

"L’itinéraire se reniant, le présent avait emporté avec lui toute certitude quant aux
épreuves traversées, avait lentement dissous tout décor, toute sensation. Si le souvenir
demeurait, à la façon d’un rêve dont la finesse des détails s’estompait une fois l’œil
ouvert, il avait perdu ce qui faisait jadis sa vivacité, sa pertinence… ce qui faisait de lui
un voyage."

Voila pour les extraits. Il fallait choisir. Bref. Je conclus.

Ainsi, le temps est pour moi une représentation d'apocatastase. Où chaque instant n'a de cesse que de se précéder, chaque temps que d'être l'inavouable énantiodromie de ses déclinaisons. Le présent peut tout à fait submerger tout futur. Et le passé promettre bien plus que le présent dans lequel notre action est pourtant prégnante.

Mais je suis un brin philosophe et poète. Donc… cela n'engage que moi. N'engageait. Mais n'engagera résolument pas… Plus. Encore…

Au plaisir.
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davidadmin
23 août 2020 à 17:08

Tu sais que tu es surdoué quand ….

Hello les amis ! Quelles sont les caractéristiques évoqués dans l'article dans lesquelles vous vous retrouvez ? https://mensa-france.net/blog/13313/
Tymide
8 janv. 2022 à 21:40

L'Heliocentrisme au secours de la Science

Bonjour à toutes et tous, (MODE COVID /ON je ne prendrai part à aucune discussion sur la pandémie, les vaccins...