Omniprésence des réseaux sociaux, intelligence artificielle, retouches… Notre société a fait de la mise en scène un passage presque obligé. Face à ces dérives, des tendances opposées surgissent cependant. Le retour au naturel, à la sincérité et au « sans fard » serait-il à la mode ?

Les réseaux sociaux et sites de rencontre : des invitations à la mise en scène

Depuis les débuts des réseaux sociaux en 2006, la mise en scène de sa personnalité « en ligne » est devenue une norme. Que l’on se présente sur Instagram, sur X ou encore sur nos sites Web personnels, notre personnalité « online » est devenue de facto une affaire de communication.

Ce changement d’ampleur a bien sûr engendré des modifications considérables de la manière dont nous nous considérons et considérons nos relations. De nombreuses études montrent en effet que la mise en scène de nos personnalités et la comparaison sont source de stress. En 2017, une étude pakistanaise estimait qu’une heure passée sur Facebook suffisait pour faire baisser nettement le score d’estime de soi d’un individu.

« L’augmentation de l’utilisation des réseaux sociaux conduit à une baisse de l’estime de soi des individus. » 

D’autant plus que désormais, il est aussi courant de rencontrer des personnes sur des plateformes dédiées que dans la « vraie » vie. En 2021, 39 % des couples interrogés par une étude française s’étaient rencontrés sur Internet, dont 22 % sur un site de rencontre. Par ailleurs, un tiers des Français considérait en 2020 qu’il était plus aisé de se faire des amis en ligne.

Qu’en conclure ? Que les réseaux et Internet ont transformé la manière dont l’on communique entre êtres humains et dont l’on fait des rencontres. Nous nous basons sur des profils « vitrines » pour évaluer si une personne nous plaît amicalement ou amoureusement, ou si une personnalité ou un présentateur nous paraît fiable.

Cette mise en scène laisse peu de place aux hésitations, aux imperfections et à la perte de contrôle. C’est donc cela qui est un peu perdu lorsqu’on utilise les réseaux sociaux. Et c’est aussi ce qui nous fait croire – à tort – que tout le monde a une vie plus remplie ou plus intéressante que la nôtre.

Faux self, masque social et neuroatypies

La tendance semble encore plus marquée chez les personnes neuroatypiques. Celles-ci sont en effet souvent plus à l’aise par écrit qu’à l’oral, en particulier chez les autistes. Le Web permet aussi des réponses longues : on prend le temps d’envoyer des paragraphes, de choisir ses mots. Il y a donc moins de spontanéité que lors d’une discussion « IRL ».

L’isolement social est également un facteur : les réseaux sont souvent un moyen de trouver des gens « comme nous »… Ou tout du moins de sélectionner des profils qu’on espère compatibles avec nos spécificités. Si cette sélection permet de trouver des personnes similaires, elle peut aussi faire perdurer une aversion à ce qui sort de notre norme.

À cela s’ajoute un masque social souvent particulièrement efficace. Les personnes autistes, HPI, TDAH ont généralement développé des moyens de paraître plus « normés », ou en tout cas de répondre à des codes sociaux qui leur sont à l’origine étrangers. Ce qu’on appelle masque social ou faux self, c’est donc souvent une partie intégrante du quotidien d’une personne neuroatypique.

Par exemple, une personne autiste pourra ainsi être devenue une pro du maquillage, une personne HPI aura compris comment faire perdurer une conversation sur la pluie ou le beau temps, et une personne TDAH aura appris à ne pas trop gigoter sur place.

Le rapport à la superficialité et à la retouche physique

Mais il semblerait qu’un retour à une certaine authenticité soit de mise, en tout cas superficiellement. Dans les pages des magazines ou sur les réseaux sociaux, de plus en plus de célébrités s’affichent ainsi sans maquillage. Si les célébrités « au naturel » ont régulièrement fait la une ces derniers mois, c’est qu’elles sortent de la norme. Dans un monde du divertissement très superficiel, refuser le make-up ou le rasoir, c’est un acte radical en soi !

Cette tendance est aussi visible sur les réseaux sociaux, avec des appels à moins filtrer les photos, à moins retoucher nos « imperfections ». Et pour cause : les outils automatisés d’Instagram et les retouches surperformantes liées à l’intelligence artificielle ont créé des visages, des corps qui s’éloignent de l’être humain. Taille trop fine pour être réelle, jambes ultra-longues, biceps surdimensionnés ou peau lissée jusqu’à ne plus avoir de texture… Tout cela est désormais courant.

Rencontrer sans fard, ou presque

D’où un mouvement inverse : le « body positivity » affiche les rondeurs, les imperfections et la vie sans filtre et sans fard. Il est de plus en plus courant de voir des photos avec une précision : « non retouché ». Certaines personnes affichent par ailleurs leur libération par rapport au maquillage, qui leur semblait être une entrave. On voit davantage de vergetures, de cicatrices, de cellulite… Tous ces aspects qui sont encore considérés comme trop imparfaits pour être montrables.

Et ce n’est pas uniquement le cas pour les aspects physiques. De plus en plus, il est courant de parler de sa santé mentale, de ses faiblesses… Voire de ses atypies ! Sur les réseaux sociaux, on explique qu’on a fait une thérapie, ou qu’on a réfléchi à ses problématiques. Ce n’est pas un hasard : en 2020, il était estimé que 35 % des femmes avaient déjà eu affaire à un professionnel de la psychothérapie, contre 25 % chez les hommes.

Chez ces derniers, pour qui la notion de « virilité » peut être une entrave, les langues se délient aussi. On assume d’avoir fait une thérapie de couple, d’avoir posé des mots sur son anxiété, ou tout simplement d’avoir réfléchi à son rapport au monde.

Il s’agit bien sûr d’une tendance plus large : la santé mentale est davantage prise en compte, et elle fait effet boule de neige. L’on trouve désormais approprié d’exiger des capacités de remise en question de la part de ses amis, ou de ses partenaires sexuels ou amoureux.

Dire ou ne pas dire qu’on est neuroatypique

Au-delà de la santé mentale, les atypies de fonctionnement sont de plus en plus mises en avant. Il n’est plus si rare de voir des profils ou des réseaux sociaux avec des sigles bien connus : HPI, TDAH, TSA… Et avec des descriptifs appropriés : « j’ai besoin de solitude, mais j’aime quand même les gens » ; « je suis impulsive, mais je me soigne ! ».

Ces descriptifs, ce sont un peu des manuels d’utilisation. En mettant en avant ses particularités, on sait qu’elles seront prises en compte… Et si elles ne le sont pas, on sait que la personne en face n’est probablement pas adaptée à notre atypie.

La pop culture s’est emparée de ces thématiques : comme souvent, elle met en scène des réalités variées, qui témoignent de l’évolution de notre société. Dans nos séries télévisées, il est de plus en plus courant de croiser des personnages autistes, TDAH… En France, la série HPI a fait un carton, et mis le haut potentiel sur le devant de la scène.

Si les représentations ainsi faites sont parfois caricaturales, elles ont cependant l’avantage de montrer que les lignes bougent et que la diversité des fonctionnements est plus prise en compte que dans les décennies qui ont précédé.

Conclusion : réseaux sociaux, rencontres et atypies

Soyons clairs : les réseaux sociaux et les sites de rencontre restent malheureusement souvent des temples de la mise en scène. Mais de plus en plus, on voit des contre-courants, avec des personnes qui s’affichent sans fard et sans vouloir cacher des parts de leur identité. C’est bien sûr le cas sur la plateforme Atypikoo, qui a souhaité être un lieu de rencontres pour les personnes atypiques.

S’il y a donc encore bien du chemin à faire pour que toutes les différences, toutes les atypies soient prises en compte, l’évolution des réseaux tend donc à être plus inclusive… Et la multiplicité incroyable de l’être humain est parfois célébrée, à juste titre !

Publié par Cam

Journaliste HPI/TSA à la recherche du mot juste et d'un monde plus ouvert à la différence. Créatrice du podcast Bande d'Autistes !
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6 commentaires sur Apparences et faux semblants : le naturel reviendrait-il au galop ?