Autisme et monde du travail

Pour les personnes concernées par les troubles du spectre de l’autisme (TSA), le monde du travail s’avère souvent synonyme de souffrance. Entre difficultés relationnelles et talent sous-exploité, les complications auxquelles font face les personnes autistes sont nombreuses. Dans cet article, on décrypte les raisons de ces difficultés, et comment y faire face pour trouver ou conserver un emploi.

Les autistes sont encore peu employés dans le monde

Commençons par un constat : les autistes de France et d’ailleurs sont, aujourd’hui, peu employés ou rémunérés pour un travail qui leur permet de subvenir à leurs besoins. Les statistiques varient d’un pays à l’autre, mais la conclusion est la même : la grande majorité des personnes concernées par les troubles du spectre de l’autisme ne travaillent pas en échange d’un salaire – même si on sait bien qu’ils sont loin d’être inactifs !

Une étude du Royaume-Uni datant de février 2021 indiquait ainsi que 22 % des personnes autistes interrogées travaillaient… Contre 80 % pour la population générale. En France, où il est plus dur de trouver des statistiques à ce sujet, les perspectives semblent également assez moroses. Un article de La Croix paru en début d’année 2021 indiquait ainsi que 0,5 % des personnes autistes étaient « insérées dans des entreprises ». On mitigera cependant ce chiffre, le travail ne passant pas nécessairement par une insertion en entreprise.

Dernière statistique pour faire le tour du sujet : une étude plus large de l’AJ Drexel Autism Institute, parue aux États-Unis, indiquait que 58 % des adultes autistes avaient travaillé à un moment de leur vie, contre 90 % pour la population générale.

La conclusion, c’est donc bien sûr que les personnes autistes sont peu employées. On peut maintenant se pencher sur les raisons de cet état de fait… Et les remèdes possibles.

Travail et autisme : qu’est-ce qui bloque ?

Alors qu’est-ce qui nous bloque potentiellement quand il s’agit de trouver un emploi rémunéré ? En premier lieu, des compétences sociales manquantes ou moins exploitables, selon une étude de 2018. Elle avait suivi des adultes autistes depuis les années 1980, et montré que c’était le frein principal à l’emploi. Une conclusion que corrobore l’étude de l’AJ Drexel Autism Institute : elle montrait que 90 % des autistes qui ont les meilleures compétences conversationnelles avaient déjà travaillé.

Lorsqu’on observe le monde du travail, on note en effet que l’étape principale pour décrocher un emploi est l’entretien d’embauche. Or celui-ci se base sur des codes très « neurotypiques » : présentation, capacité à verbaliser, à regarder dans les yeux, à décoder l’attitude du recruteur, etc. C’est-à-dire pile-poil ce qui peut mettre des personnes autistes en difficulté. Pour des autistes qui ne se présentent pas de manière « typique », c’est donc déjà un premier frein conséquent.

Ensuite, on peut mentionner les conditions de travail. Si l’on fait une généralité, on peut dire que les personnes autistes travaillent la plupart du temps mieux en petit comité, avec des instructions écrites, sans être distraites par du bavardage ou du bruit qui viendrait perturber leur hypersensibilité. Or notre modèle sociétal actuel, qui se base sur l’open-space, les conversations à la machine à café et des environnements de travail « dynamiques » avec de nombreuses réunions, est à l’opposé de cela. Il ne s’agit donc pas d’un environnement sécurisant pour une personne autiste.

Dernier point, et pas des moindres : la capacité des personnes autistes à masquer, et l’épuisement qui en résulte. Nous pouvons souvent jouer le jeu quelques mois ou quelques années, en nous forçant à adopter un comportement et des habitudes qui correspondent à ce que des personnes neurotypiques attendent. Mais cela ne tient qu’un temps, et les burnouts sont légion pour les autistes qui travaillent.

Les personnes TSA ont donc souvent des parcours professionnels en pointillés, avec des successions d’emplois où elles finissent par « craquer » sous la pression. Pour se remettre, elles ont souvent besoin de longs temps de repos entre deux emplois, ce qui est un autre frein quand un éventuel employeur regarde leur CV. Comment expliquer de si longs moments d’inactivité ?

Comment favoriser l’emploi des personnes autistes ?

Alors comment faire quand on est autiste et qu’on cherche à trouver un emploi ? Plusieurs études se sont penchées sur les facteurs qui permettent aux personnes autistes de conserver leur emploi. L’une d’entre elles, parue dans le journal Work en 2017, montre que deux éléments principaux favorisent l’emploi pour ces dernières :

  • Révéler leur autisme à leur employeur, pour que leurs besoins soient établis
  • Leur niveau d’étude

Bien que la plupart des personnes concernées ne révèlent pas leur autisme, par crainte de subir des discriminations, cela pourrait cependant leur permettre de conserver plus facilement leur travail. On note cependant un certain facteur de risque : doit-on s’ouvrir à de potentielles discriminations par peur de perdre son emploi ?

Le niveau d’étude est sans surprise un facteur, comme pour le reste de la population. Le rapport note aussi que les compétences sociales sont un élément clé, ce qui rejoint ce que nous évoquions plus haut.

Même son de cloche du côté de l’AJ Drexel Autism Institute, qui déterminait quant à lui 4 éléments favorisant l’emploi des personnes autistes :

  • Avoir des compétences relationnelles élevées
  • Avoir déjà travaillé par le passé (en particulier à l’adolescence)
  • Le niveau de vie du foyer dont on est originaire
  • L’ethnicité (les personnes racisées faisant l’objet d’une double discrimination)

Normativité quand tu nous tiens

Que conclure alors de toutes ces données ? En premier lieu, que la normativité est bel et bien un fléau pour les personnes autistes. On le sait, ces dernières ont souvent des compétences très spécialisées, au point de devenir des experts dans les domaines qui les intéressent particulièrement. Mais elles font face à des obstacles : si elles ne « présentent » pas de la manière attendue, si elles sont moins verbales que la moyenne, ou si elles ne parviennent pas à jouer aux jeux sociaux à la machine à café, elles sont écartées.

À cela s’ajoute bien sûr la perception particulièrement négative de l’autisme, encore trop souvent considéré comme une maladie mentale ou comme quelque chose de dangereux.

Pour beaucoup d’autistes, la solution est donc souvent à trouver du côté d’emplois autonomes. Certains d’entre nous se lancent en indépendant ou dans des emplois qu’ils peuvent exercer seuls. De cette manière, ils contrôlent la manière dont ils se sociabilisent, ainsi que leur environnement de travail.

C’est cependant un pis-aller pour les personnes TSA, et l’idéal serait bien sûr d’avoir un monde du travail plus adapté à l’autisme… Ou à la différence en général.

Ce qu’il faut retenir, c’est cependant qu’il est important de mettre ses besoins en avant, quitte à ce qu’ils ne soient pas compris entièrement par l’employeur. Cela permet de vivre en masquant moins, ce qui en retour réduit le risque de burnout.

Ouvrir le monde du travail à la différence

Pour conclure, on rappellera que la beauté de la neurodiversité, c’est qu’elle rassemble des intelligences très multiples, qui voient le monde de manière variée. Et c’est cette vision multiple qui fait avancer les industries, la science, et tous les domaines où la créativité et l’intelligence humaine s’expriment. L’intégration des personnes neuroatypiques au secteur du travail est donc cruciale, à la fois pour elles mais aussi pour la société dans son ensemble.

Publié par Marine

Journaliste HPI/TSA à la recherche du mot juste et d'un monde plus ouvert à la différence
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