Noël : ses cadeaux, ses sapins illuminés, ses sourires d’enfants… Et son stress ? À l’âge adulte, les fêtes de fin d’années ne sont pas toujours synonymes de rires pour certains d’entre nous. Comment apprécier ce moment ? A-t-on le droit d’ignorer tout simplement Noël ? On se penche sur ce sujet à l’approche des fêtes.

Fetes de fin année

La fin de l’année, une période historiquement difficile à gérer pour les humains ?

On peut commencer par rappeler que si Noël est situé en fin d’année, ça n’est pas pour rien. Bien que la date du 25 décembre ait été récupérée par les chrétiens qui ont décidé qu’elle correspondait à la naissance de Jésus Christ, il s’agit à l’origine d’une fête païenne qui marque le solstice d’hiver, aux alentours du 21 décembre.

Ce que l’on appelle désormais Noël est donc à l’origine une fête qui marque le jour le plus court de l’année. On l’oublie en effet souvent, mais l’homme est un animal, et les effets des jours plus courts, du froid et de l’humidité sont bien réels en hiver. La fête a donc été créée en partie pour combattre cela, et rassembler des proches dans la chaleur des âtres.

Si l’on se sent un peu raplapla en fin d’année, c’est donc – en partie – parce que notre corps hiberne un peu ! Inutile aussi de rappeler le rôle de l’exposition au soleil, dont nous sommes privés en hiver maintenant que nos vies modernes nous permettent de rester au chaud. Rajoutez à cela les habituelles épidémies de petits virus d’hiver, et l’on a la combinaison parfaite pour fatiguer nos corps.

Noël, les souvenirs et les dynamiques familiales

On peut aussi évoquer des raisons d’ordre plus psychologiques. Noël, c’est une fête liée à l’enfance par excellence, et au noyau familial. Pour les personnes ayant eu une enfance difficile, ou rencontrant des difficultés avec leurs proches, la période peut donc s’avérer difficile à naviguer…

Voire faire ressortir de vieux souvenirs ou traumatismes. Ce n’est pas pour rien que les cabinets des psychologues ne désemplissent en général pas en période de fête : nous sommes souvent plus vulnérables, et plus assaillis de souvenirs douloureux.

Le décalage entre ce que l’on voit dans les rues illuminées et à la télévision, et ce que l’on ressent intérieurement, peut donc créer des sentiments négatifs. Surtout qu’il est impossible d’échapper à Noël : les rues, supermarchés et haut-parleurs nous le rappellent constamment.

Les célébrations de Noël : encore plus compliquées pour les personnes neuroatypiques ?

Mais Noël serait-il encore parfois plus difficile à gérer pour les hypersensibles que nous sommes souvent ? Il semblerait que cela soit le cas. On peut lister quelques éléments qui rendent cette période complexe.

Les réunions de famille : difficiles pour les neuroatypiques ?

Si nous aimons généralement voir grands-parents, cousins, cousines, frères et sœurs rassemblés autour d’une table, les réunions de famille peuvent être compliquées à gérer pour des personnes atypiques.

Pour une personne autiste, rester assise à table à bavarder de sujets superficiels peut être une torture. Un hypersensible pourra avoir la tête qui résonne face au bruit des conversations et du tintement des fourchettes sur les assiettes. Et l’extrême longueur des repas peut rebuter plus d’une personne TDAH, qui s’impatientera vite.

Au-delà de cela, qui dit célébration de famille ne dit pas nécessairement apaisement. Les tensions entre membres d’une même famille peuvent être perçues sous la surface. Et les sujets polémiques sont autant de mines à éviter. Si personne n’apprécie de voir sa tante et sa belle-sœur s’étriper sur le sujet de la politique, de la pandémie ou d’autres thèmes, cela peut être particulièrement dur à gérer pour des personnes atypiques.

Ce mélange de sensations, d’émotions – les siennes et celles des autres – et de personnes rassemblées dans des espaces clos peut donc s’avérer plus complexe à intégrer pour des personnes sensibles. D’autant plus que tout cela s’exprime dans un contexte social particulier.

Les rituels de Noël : mal compris ou mal acceptés ?

Noël, c’est en effet avant tout un ensemble de rituels sociaux. L’on a décidé qu’on mangerait des huîtres et de la dinde, que les cadeaux seraient ouverts le 25 au matin, qu’un sapin serait décoré et que des lumières brilleraient aux fenêtres. Les raisons sont multiples, et parfois oubliées, mais les habitudes restent.

Pourtant, les personnes neuroatypiques se distinguent souvent par un certain manque d’intérêt ou un manque de compréhension de ce type de codes sociaux. Si elles ne voient pas leur intérêt, ou si elles ne comprennent pas pourquoi la majorité les suit, cela peut être source d’inconfort – voire de conflit avec ses proches !

Les repas de famille peuvent ainsi nous mettre face à notre décalage. L’on se sent alors comme un extraterrestre. Si l’on admet qu’on n’aime pas faire des cadeaux, que la surconsommation de Noël nous dégoûte, ou si l’on préfère ne pas faire la bise à répétition, on est mis face à notre identité, qui parfois est mal perçue.

L’hyperfatigabilité aurait-elle aussi un rôle à jouer ?

Les personnes neuroatypiques vivent souvent avec une hyperfatigabilité. C’est-à-dire que des actes ou situations courantes les fatiguent plus que la moyenne. C’est dû notamment à une éventuelle hypersensibilité aux sensations ou aux émotions, ainsi qu’à des dépenses en énergie plus importantes pour « jouer le jeu » social et savoir comment se comporter.

Or les fêtes de fin d’année sont souvent un parfait cocktail qui déclenche une fatigue importante. Longs trajets en voiture, nuits passées ailleurs que chez soi, interminables discussions, rituels à suivre et débauche de sons et de sensations… Nulle surprise donc à ce que Noël puisse être difficile à vivre !

Et si l’on créait le Noël dont on a envie ?

Quelle conclusion tirer alors de tout cela ? Premièrement, qu’on a le droit de gérer les fêtes de fin d’année à sa sauce. On peut tout simplement ignorer Noël, ou alors ne prendre de la célébration que ce dont on a envie.

Par ailleurs, il s’agit d’un moment où il est conseillé encore plus qu’à d’autres de suivre ses besoins. Si l’on ne se sent pas de passer une longue journée de décembre enfermée avec sa famille, on est en droit de le faire savoir. Si à l’inverse on souhaite se faire un moment nostalgie enroulé dans un plaid à regarder son film d’enfance préféré, on peut aussi.

Les rituels liés à Noël ne sont en effet que cela : des rituels. Cela veut dire qu’on est libre de prendre ceux qui nous parlent, de jeter ceux qui ne nous parlent plus… Et de changer de décisions tous les ans si on le souhaite ! La fin d’année est déjà naturellement difficile pour les animaux que nous sommes, prenons donc le temps de nous chouchouter, car au final c’est aussi cela l’esprit de Noël !

Publié par Marine

Journaliste HPI/TSA à la recherche du mot juste et d'un monde plus ouvert à la différence. Créatrice du podcast Bande d'Autistes !
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56 commentaires sur Stress de fin d’année : ai-je le droit de ne pas aimer Noël ?