Je suis ravi de vous proposer une interview avec Cathy Assenheim, qui est psychologue clinicienne et neuropsychologue. Cathy est intervenue au congrès Atypikessence et après avoir lu son livre dans lequel j'ai trouvé de nombreuses informations pratiques pour les Hyper (haut potentiel intellectuel et hypersensibilité), j'ai eu envie de mettre en avant son travail car je pense que son livre peux aider nombre d'entre nous.

Mon cerveau est HYPER • Atypikoo

L’hypersensibilité est-elle un trait de caractère, une caractéristique psychologique ? Comment peut-on la définir ?

L’hypersensibilité n’est pas un trait de personnalité, mais un fonctionnement cérébral particulier. C’est un cerveau qui réagit plus vite (réactivité) et plus fortement (intensité) dans les zones émotionnelles et sensorielles. On réduit en effet souvent l’hypersensibilité à la gestion des émotions, mais elle influence aussi fortement la perception de nos organes des sens ! Ces spécificités cérébrales ont plusieurs conséquences, qui s’expriment par des forces, mais également des faiblesses.

Au niveau des forces : l’hyper réactivité cérébrale permet de capter plus d’informations émotionnelles et sensorielles. Ce qui confère à la personne de percevoir davantage tous les stimuli de ce type pour un meilleur décodage du langage non verbal, une intuition émotionnelle élevée mais également une exacerbation de l’acuité visuelle, auditive ou tactile. Différentes études ont par ailleurs montré que l’hypersensibilité était associée à un nombre plus important de neurones miroirs qui, comme leur nom l’indique, impliquent de pouvoir se mettre à la place des autres. C’est la base de l’empathie qui est donc particulièrement présente chez ces individus. Dans ce cadre, je compare souvent l’hypersensibilité à un magnifique GPS émotionnel et sensoriel. Pour autant qu’on puisse en comprendre la technicité… Et surtout bien l’utiliser !

Mais toute force a aussi un revers de la médaille : un cerveau qui capte plus, a également plus de risque de saturer quand les informations sont en trop grand nombre. C’est ce que j’appelle les « débordements » c’est-à-dire que le cerveau n’est plus capable de gérer les stimuli qui lui parviennent. Au niveau émotionnel, cela va se traduire par des émotions exacerbées ou disproportionnées. Au niveau sensoriel, on parle d’hyperesthésies c’est-à-dire de sens qui saturent: hyper sensibilité aux bruits, à certaines odeurs, à des matières... qui peuvent entraîner une réelle intolérance.

Quel est le lien entre le haut potentiel et hypersensibilité ? 

J’ai fait le choix personnel d’associer le haut potentiel et l’hypersensibilité dans un même ouvrage, ce qui est rarement le cas. Car ils ont selon ma conception neuropsychologique, un même fonctionnement « hyper » de base c'est à dire cet hyper réseau neuronal. Mais les zones cérébrales concernées par cette activité atypique sont différentes : le haut potentiel concerne les zones intellectuelles, l’hypersensibilité les régions émotionnelles et sensorielles. Et c’est donc une idée reçue, hélas très répandue !, que de croire que les deux sont automatiquement associés ! On peut avoir une hyperactivité cérébrale dans l’une, dans l’autre ou dans l’ensemble des régions. Et l’intensité neuronale peut également être légère, modéré ou très intense. Il existe donc autant de fonctionnements haut potentiel et/ou hypersensibles qu’il y a d’individus ! On estime que 2/5 personnes à haut potentiel sont également hypersensibles.
Mais c’est loin d’être systématique !

Vous évoquez dans votre livre que les « hyper » sont des candidats types à la fatigue chronique et plus globalement au burnout ? Pourquoi ?

On parle beaucoup de la prise en charge psychologique. Mais être haut potentiel ou hypersensible, ce n’est pas seulement une tête atypique ! C’est aussi, comme tout être humain, un corps qui fonctionne de manière différente avec des conséquences sur la santé.
Cet aspect physiologique est pour moi essentiel quand on prend en charge ces « hyper », que ce soit dans le volet intellectuel ou hypersensible. C’est toute l’originalité de mon approche. Elle se résume assez simplement : un cerveau qui tourne plus, consomme plus ! Et l’organisme « hyper » est dès lors souvent soumis à des dérèglements physiologiques de fond. Pour comprendre cet aspect, je compare souvent le cerveau à une voiture. Pour la faire avancer, il faut un moteur : le système nerveux. Mais également du carburant qui est constitué par toutes les neurohormones (ou neurotransmetteurs), les vitamines et les nutriments. Un cerveau qui hyper fonctionne, va entraîner une suractivité du système nerveux ainsi qu’une surconsommation de carburant.
Vivre avec un cerveau atypique, c’est également en être conscient ! Car les dérèglements nerveux et hormonaux induits peuvent être responsables de toute une série de symptômes très fréquents : montées anxieuses, fluctuation de l’humeur (dont la cause peut aussi être simplement hormonale !), addictions au sucre, troubles du sommeil, perturbations digestives, prise de poids et plus globalement une fatigue chronique de fond.
Et à force, si on n’y prend garde, l’organisme s’épuise… Le risque de burnout est donc d’autant plus important chez ces fonctionnements ! Et comme il sont beaucoup « dans leur tête », ils sont par ailleurs souvent déconnectés de leur corps... dans un déni des signaux d’alerte. 

Il est dès lors impératif de mettre en place une prise en charge intégrative cad dans la globalité de la personne: soutenir sa tête mais également investiguer son fonctionnement biologique. Car lorsque le corps est fatigué, les couvercles de gestion le sont aussi. Et les débordements seront d’autant plus importants… dans un cercle vicieux sans fin !

Comment mieux vivre avec un cerveau « hyper » / Quels conseils pratiques adopter pour aller mieux et éviter le burn-out (physique ou émotionnel)

Vivre avec un fonctionnement « hyper », c’est avant tout le comprendre : il y a des causes cérébrales mais également des conséquences physiologiques. Et quand on les connaît, on peut agir dessus pour améliorer le quotidien.

Au niveau neuropsychologique, c’est d’abord apprendre à mieux gérer les saturations cérébrales et les débordements qu’elle implique. Il existe des techniques et des outils à utiliser sur le moment pour permettre au cerveau de reprendre plus rapidement le dessus. Le risque de saturation étant comme je viens de l’expliquer inhérent et structurel, on ne peut pas l’empêcher. Mais à force d’utiliser régulièrement des outils, le cerveau va mettre en place des automatismes qui feront que ces débordements seront plus modérés et beaucoup plus facilement gérables. 

Vous trouverez de nombreux outils dans mon livre, chacun permettant d’agir sur un type de saturation.

Au niveau neurophysiologique, il est important d’être particulièrement alerte aux signes de dysfonctionnements nerveux ou hormonal. Dans un mode préventif : en prenant soin de son alimentation, de son sommeil, de sa relaxation. C’est également se supplémenter avec intelligence, c'est à dire en connaissant les faiblesses physiologiques de base, afin d’aider le corps et la tête à mieux fonctionner. Et lorsque les symptômes s’accumulent, il ne faut pas hésiter à aller consulter son médecin généraliste pour faire un bilan physiologique des indicateurs de base de l’épuisement. Par exemple l’activité des surrénales, et des différents neurotransmetteurs qui en dépendent, car ces glandes sont le chef d’orchestre de notre résistance et sont souvent mises à mal chez un fonctionnement hyper. Et à nouveau, lorsque les dérèglement sont identifiés, il existe des solutions souvent naturelles qui permettent à l’organisme de retrouver son équilibre et dès lors de mieux compenser l’hyper fonctionnement cérébral. La aussi, mon livre vous donnera tous les conseils pour augmenter votre résistance et prévenir le burnout.

Pour commander le livre Mon Cerveau est Hyper : https://gooogl.fr/cerveau-hyper

Publié par David Admin

David a créé le réseau social Atypikoo en 2019 pour aider les personnes atypiques (Hauts Potentiels, Hypersensibles, Aspies, Dys...) à faire des rencontres amicales, amoureuses ou professionnelles dans toute la France et les pays francophones (Belgique, Suisse, Québec…).
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