Le QI ne fait pas le HPI ?

Vous êtes nombreux à vous poser des questions autour des tests de QI et du Haut Potentiel Intellectuel. Est-il important de passer un test de QI quand on suspecte un Haut Potentiel Intellectuel ? Doit-on obligatoirement avoir plus de 130 de QI pour être identifié HPI ? Est-ce que les tests de QI sont adaptés et reflètent l’intelligence ?

Pour répondre à ces questions, Atypikoo est allé à la rencontre de 4 spécialistes du HPI :

Fanny Nusbaum est psychologue, docteur en psychologie et chercheur associé en psychologie et neurosciences. Elle a participé à une étude menée au Cermep qui a permis d’analyser les spécificités fonctionnelles du cerveau des enfants à haut potentiel. Elle a publié le livre « Les philocognitifs » et récemment « Le secret des performants ».

Nicolas Gauvrit est mathématicien et psychologue, enseignant-chercheur en sciences cognitives à l’École Pratique des Hautes Études à Paris et à l’Université de Lille. Il est l’auteur d’une centaine d’articles de diffusion scientifique et d’une douzaine d’ouvrages dont « Les surdoués ordinaires » et récemment « Psychologie du haut potentiel ».

Jeanne Siaud-Facchin est psychologue clinicienne et psychothérapeute. Ancienne attachée des hôpitaux de Paris et de Marseille, elle s’occupe des personnes surdouées depuis plus de dix ans, et plus particulièrement des enfants. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les surdoués dont le best seller « Trop intelligent pour être heureux ».

Pascale Michelon est Docteur en Neurosciences et Coach certifiée spécialisée dans le haut potentiel. Chercheur en psychologie cognitive et professeur à la Washington University de 2000 à 2006, elle est à l’origine de 11 publications scientifiques et a reçu deux prix de recherche.

Passer un test de QI (WAIS) est aujourd’hui la méthode scientifique qui permet d’identifier un haut potentiel. Lorsque certaines personnes obtiennent un résultat entre 120 et 130, elles peuvent se sentir hors catégorie et mal le vivre. Parfois, certains psychologues parlent tout de même de haut potentiel dans cette tranche. Quel est votre avis ?

Fanny Nusbaum : D’une part, le test de QI n’est pas la méthode scientifique qui permet d’identifier le haut potentiel intellectuel (ndlr : appelé philocognition par Fanny Nusbaum), il s’agit d’un outil qui aide les cliniciens dans leur évaluation. Pour information, il y a beaucoup de faux négatifs dans les tests de QI. 

D’autre part, le test de QI évolue : il est possible de passer le test et d’obtenir 140 et de repasser le test quatre ans plus tard et d’obtenir 110. Le test n’est qu’une photographie des fonctions de raisonnement de l’instant. 

C’est un tort de penser que des personnes qui obtiennent un résultat entre 120 et 130 ne sont pas philocognitives. Deux indices de raisonnement doivent être pris en compte pour parler de philocognition : l’indice de compréhension verbale et l’indice de raisonnement fluide. Ces deux éléments peuvent suffire à valider la philocognition. Un bon clinicien peut identifier une philocognition sans faire passer un test de QI par le biais de questions-réponses. Le test de QI ne se substitue pas à la clinique, sinon, cela signifierait que tout le monde pourrait faire passer un test de QI en suivant le protocole indiqué.


Nicolas Gauvrit : Il existe une marge d’erreur relative au test de QI. Le résultat n’est pas forcément identique si le test est effectué le matin ou l’après-midi ou dans un état de stress. Cela peut engendrer des notes différentes. C’est pourquoi on estime que le QI obtenu est valable à plus ou moins 6 points, cela signifie que le score de 125 serait en réalité compris entre 119 et 131. C’est pourquoi il n’est pas absurde de baisser le seuil et de considérer que la personne qui obtient 120 ou 125 peut avoir un haut potentiel. À cause de la marge d’erreur au cas par cas, dans la pratique, il n’est pas absurde de parler de haut potentiel même sans avoir atteint le score de 130. Le résultat du test de QI est, en général, accompagné d’un intervalle de confiance. Par exemple, à 125, l’intervalle de confiance se situe entre 119 et 131, par conséquent, le vrai score de QI se situe dans cet intervalle. Il existe une souplesse en ce qui concerne la pratique, qui n’existe pas dans la recherche. Il ne se passe rien de spécial à 130, les personnes ne se mettent pas à penser autrement, c’est comme la force physique, la vitesse, il s’agit d’un continuum. 

L’idée derrière le haut potentiel c’est qu’une personne à haut potentiel pourrait réaliser de grandes choses. Pour cela, il lui faut de l’intelligence mais aussi probablement de la créativité et de la motivation. On peut prendre en compte ces deux éléments dans la pratique. 

Dans le cadre de la recherche, il est nécessaire d’utiliser un système carré et reproductible. Il est également nécessaire de ne pas déroger au principe que le haut potentiel correspond à un score de 130. 


Jeanne Siaud-Facchin : Un score de QI n’est ni une identification ni un diagnostic du haut potentiel. Il faut être très prudent concernant cet indice. Il y a beaucoup de bêtises propagées concernant le QI. Le QI n’est qu’un score. Il s’agit d’un indice qui permet de comprendre la situation de la personne en fonction de sa trajectoire, de son parcours et de son histoire. Cet indice oriente un tableau clinique : il s’agit d’un faisceau de signes, de singularité, de caractéristiques qui permet d’affirmer la présence d’un fonctionnement, de particularités d’un haut potentiel. 

Pour identifier ou comprendre le fonctionnement d’une personne ou pour poser un diagnostic, le psychologue ne doit pas effectuer uniquement un bilan d’intelligence. On ne peut pas comprendre quelqu’un en le découpant en deux et en observant simplement son fonctionnement intellectuel sans l’intégrer dans une compréhension plus globale du fonctionnement de sa personnalité. Un bilan constitue l’exploration du fonctionnement cognitif et intellectuel via un test de QI (ou d’autres tests du fonctionnement cognitif) et une exploration de la personnalité, de la dynamique émotionnelle et du fonctionnement affectif. De cette façon, l’un éclaire l’autre. Il faut comprendre l’ensemble de la personnalité. Par exemple, si la personne manque de confiance en elle, et si elle a besoin de l’approbation des autres. Cela apporte des informations que le clinicien doit intégrer dans son analyse.

Le QI est l’expression du fonctionnement de l’intelligence. Il permet d’évaluer la forme, la puissance de l’intelligence et sa structure. Le test de QI permet de comprendre les mécanismes qui sous-tendent l’intelligence, c’est-à-dire la manière dont la personne exprime son intelligence. Il faut regarder le score du test de QI mais également le processus. Il y a une analyse quantitative mais aussi qualitative. La communauté scientifique a fixé le score de QI à 130 de QI pour être considéré comme haut potentiel. Il faut prendre en compte un intervalle de confiance. Le score de 130 est une convention internationale. L’exploration en psychologie permet de comprendre la personnalité de la personne à un moment de son histoire. 


Pascale Michelon : Cette question est très pertinente, je rencontre cette situation quotidiennement. Effectuer un bilan HP demande souvent de surmonter plusieurs types d’appréhensions : celle de se sentir prétentieux, celle de ne pas être à la hauteur, celle d’être finalement normal, voire en dessous de la moyenne, celle de repartir sans explication, de continuer à se sentir fou/folle … C’est une démarche courageuse ! L’enjeu est donc souvent de taille mais les résultats ne sont pas toujours aussi clairs qu’attendus.

Le test de QI compare un individu à son groupe d’âge. On cherche à savoir dans quelle mesure ses scores, et donc son niveau de fonctionnement, s’écartent du niveau de la majorité des gens (qui correspond à un score de 100 pour la WAIS). Plus un individu s’écarte de cette moyenne et plus il va être considéré comme différent de la norme. Toute la question est de savoir à partir de quel chiffre on décide que la différence par rapport à la moyenne est suffisante pour parler d’un fonctionnement hors normes.

Il y a trois choses importantes à retenir ici :

1) Il n’y a pas de critère objectif ou de raison neurologique particulière pour fixer le chiffre clé à partir duquel on décide qu’un score relève du haut potentiel. Selon les pays et les praticiens le seuil, arbitrairement déterminé donc, pour désigner un fonctionnement HP est situé à 125 ou à 130, ce qui correspond à 5% ou 2,2% de la population générale. Dans certaines études le critère est fixé à 120. 

2) Les calculs permettant d’obtenir un score de QI sont sujets à une marge d’erreur (comme tout calcul de probabilité statistique). Un score de QI doit donc être interprété à l’intérieur d’un intervalle de confiance, à l’intérieur duquel il y a 95% de chances que le score « vrai » se situe. Pour un QI de 130 cet intervalle est de 124 à 134, pour un QI de 125 : de 120 à 129 et pour un QI de 120 : de 115 à 124 …

3) Si le score global est en dessous de 130 mais qu’on parle d’un haut potentiel il est fort probable qu’au moins un des scores aux indices qui composent le QI soit lui au-dessus de 130. C’est le cas du fameux QI hétérogène : certaines fonctions cognitives atteignent un niveau haut potentiel et d’autres non.

Donc si on ne regarde que les chiffres, oui, un résultat entre 120 et 130 peut tout à fait signifier que la personne présente un haut potentiel. De plus, un test de QI s’accompagne toujours d’une évaluation humaine et clinique du fonctionnement de la personne. Les résultats du test ne peuvent être interprétés de façon intelligente que si on s’intéresse aussi à l’individu qui réalise les exercices, à ses stratégies, ses appréhensions, ses enjeux, son fonctionnement au quotidien.

Donc, si votre score est entre 120 et 130, que vous ressentez un décalage avec les autres, un fort besoin de sens et de stimulation, que vous adorez réfléchir et vous questionner et que le professionnel qui vous a fait passer le test vous a dit que avez un fonctionnement haut potentiel, ayez confiance, vous pouvez le croire !

Pensez-vous qu’il soit vraiment nécessaire de réaliser un test de QI quand on suspecte un haut potentiel intellectuel ?

Fanny Nusbaum : Ce n’est pas forcément nécessaire. C’est bien de mieux se connaître, cela donne des indications supplémentaires. Un clinicien peut le voir chez son patient. C’est pour cela que je suis en train de concevoir un test relatif à l’état d’intelligence pour aider le clinicien à savoir dans quel état d’intelligence se trouve l’enfant ou l’adulte à un moment donné. Il s’agit d’un outil qui pourra être utilisé par un clinicien ou un coach en entreprise, mais attention, l’outil ne doit pas se substituer à la clinique.


Nicolas Gauvrit : Lorsqu’une personne se présente en affirmant avoir un haut potentiel et émet la volonté de passer un test, ce n’est pas toujours bien qu’elle sache si elle a un QI inférieur ou supérieur à 130. Cela peut déclencher une crise identitaire et les effets peuvent être très négatifs. Les psychologues font très attention à cela et ne font pas passer un test de QI simplement parce qu’une personne en fait la demande. Les psychologues cherchent à savoir si cela est utile et la manière dont la personne accepterait un résultat positif ou négatif. Il existe de nombreux cas où ce n’est pas une bonne idée de savoir si une personne a un haut potentiel ou pas. Des psychologues aident des personnes à réaliser que le test de QI ne leur convient pas ou bien que cela n’est pas important de savoir si elles ont un haut potentiel. Le score de 130 ne change pas la manière de penser ni l’aide dont la personne a besoin. Une hésitation entre un QI de 125 et 135 n’a pas vraiment de sens pour faire passer un test.

Dans certains cas, il existe des preuves écologiques de haut potentiel et il n’est donc pas nécessaire de faire passer un test de QI. On peut parler de haut potentiel sans avoir fait passer de test de QI. Par exemple, c’est le cas d’une personne qui aurait suivi un parcours académique brillant dans une grande école ou qui aurait suivi un double cursus. On peut considérer et supposer qu’elle a un haut potentiel sans connaître son score de QI. 


Jeanne Siaud-Facchin : Ce n’est pas obligatoire. Des personnes n’en ressentent pas le besoin. Par exemple, elles peuvent trouver des informations dans un livre. Il y a des situations de décalage, de difficulté d’adaptation, notamment pour un enfant dans son milieu scolaire. Cela peut aussi concerner un adulte dans un milieu professionnel, ou qui vit des difficultés dans une relation amoureuse ou amicale. Dans ces cas, il est important de passer un test de QI parce que le bilan permet de dresser la carte du territoire intérieur. Cela permet de circuler dans sa vie avec son propre plan. C’est mieux de se connaître et de se comprendre. 


Pascale Michelon : Tout d’abord, je ne travaille qu’avec des adolescents (à partir de 16 ans) et des adultes donc je vais répondre pour cette population. La réponse peut-être différente pour des enfants. 

J’entend cette question très régulièrement : une personne HP qui s’ignore encore, sceptique, le cœur battant, n’y tenant plus, a décidé d’en finir avec la question « Suis-je vraiment HP ?! » et me téléphone. Elle veut savoir s’il est nécessaire de passer un test de QI. 

Je n’ai pas de réponse toute faite. Invariablement je questionne sa motivation : de quoi a-t-elle besoin elle ? Qu’est-ce qu’elle vient chercher en me téléphonant ? 

Parfois il s’agit en fait d’une demande d’accompagnement plus que de validation du haut potentiel. Le besoin est davantage dans la régulation du quotidien que dans la confirmation d’un fonctionnement.

Mais bien souvent la personne a besoin d’une validation extérieure, objective, à un sentiment intérieur qui la hante, qui revient sans cesse et qui demande une réponse impérative. Dans ce cas, alors oui il est probablement très utile pour elle qu’elle obtienne cette réponse.

Le résultat du test, rassurant et objectif, constituera un point d’ancrage, parmi les nombreux questionnements qui lui traversent continuellement l’esprit. C’est souvent une confirmation, parfois une révélation, la plupart du temps un soulagement. 

Le seul résultat global du test n’est généralement pas suffisant pour répondre à la demande : la personne qui passe le test est bien souvent dans une phase de repositionnement quasi-identitaire. Il est donc important de passer du temps autour des résultats, de créer des liens entre ces résultats et la vie quotidienne de la personne, de faire émerger ce qu’elle apprend, ce qu’elle a envie de faire de ces nouvelles informations sur elle-même, etc.

Comme je dis souvent, l’idée n’est pas de repartir avec un chiffre et une étiquette mais de ressortir transformé(e) dans sa vision de soi, du monde, de son rapport aux autres, de pouvoir être totalement soi, enfin.

Est-ce que les tests de QI sont toujours adaptés pour détecter un fonctionnement de haut potentiel ? N’y a t-il pas des caractéristiques (ou autres formes d’intelligence) qui ne seraient pas détectées par ces tests de QI ? Quid de l’intelligence émotionnelle, de l’intuition, de la créativité ?

Fanny Nusbaum : Il n’existe pas différentes formes d’intelligence, mais différentes formes de capacités. Le test de QI permet d’évaluer certaines fonctions de raisonnement. Il s’agit d’une fonction, d’une capacité, et il existe d’autres capacités : la créativité, les capacités émotionnelles, manuelles, athlétiques, etc. Par conséquent, toutes ces capacités ne sont pas des intelligences multiples, il n’existe pas plusieurs intelligences, il n’existe qu’une seule intelligence et il s’agit d’un état (et non d’une capacité) qui est le révélateur de ces capacités. Tous les humains ont des capacités un peu meilleures que les autres. Les philocognitifs ont des capacités de penser, de réflexion qui sont meilleures que les autres. D’autres personnes ont d’autres capacités, par exemple, manuelles meilleures que les autres. Les personnes philocognitives ne sont pas forcément intelligentes, elles peuvent être dans un état de stupidité ou de stupeur dans un environnement où elles ne vont pas réussir à montrer le meilleur de leurs capacités de réflexion. Les capacités sont révélées par l’état d’intelligence. L’état d’intelligence se gradue en trois sous états : l’antiphase (lorsqu’on ne parvient pas à voir ses capacités se révéler), la compétence (quand on est en phase avec son environnement et qu’on utilise correctement ses capacités) et la performance (qui est le plus haut état d’intelligence qui permet de révéler les capacités à leur maximum). 


Nicolas Gauvrit : Il n’existe pas de fonctionnement spécial du haut potentiel. Il s’agit d’un continuum, c’est-à-dire que les personnes à haut potentiel ont plus de mémoire de manière quantitative que les autres. Le test de QI est adapté pour savoir si des personnes ont un QI très élevé, mais ce n’est pas adapté pour détecter un mode de fonctionnement qui serait radicalement différent. Il n’existe pas une manière de penser, un mode de fonctionnement intellectuel différent chez les personnes à haut potentiel. 

Il existe beaucoup de formes différentes d’intelligence. Chez les théoriciens de l’intelligence, certains estiment que le QI est suffisant, mais certains estiment qu’il faudrait prendre en compte l’intelligence pratique (la capacité à appliquer ses connaissances abstraites dans la vie de tous les jours) ou émotionnelle (la capacité à avoir des relations plus fluides avec les autres et de savoir gérer un groupe). Le QI est une mesure d’intelligence abstraite et logique que certains considèrent comme académique. Le QI ne mesure pas tout, on pourrait aussi s’intéresser à d’autres types d’intelligence et c’est ce que font certains chercheurs. 

L’intelligence émotionnelle est souvent considérée comme une autre forme d’intelligence qui n’est pas bien mesurée par le test de QI, même si en général il y a des liens positifs entre l’intelligence émotionnelle et l’intelligence au sens de « QI ». Ces deux intelligences sont différentes mais ont des liens. 

La créativité est mal mesurée par les tests de QI. Ce n’est pas l’objectif du test de QI. Pourtant la créativité est un élément très important pour apporter des choses à l’humanité et faire partie des personnes à haut potentiel dans le sens « qui intuitivement ou spontanément pourraient réaliser de grandes choses ». Une personne qui applique des méthodes connues peut avoir un grand QI, mais si elle n’est pas capable d’inventer de nouvelles méthodes, elle ne va pas révolutionner l’humanité ou le monde intellectuel ou la culture. Dans ce cadre, plusieurs théoriciens comme Steinberg ou Renzzuli, proposent de rajouter la créativité dans la définition du haut potentiel. La créativité est très souvent citée par les chercheurs sur le haut potentiel pourtant elle n’est, en général, pas prise en compte dans les recherches, mais d’un point de vue théorique, elle intervient assez souvent. 


Jeanne Siaud-Facchin : Le fonctionnement d’une personne ne se résume pas à séparer l’intelligence et tout le reste. L’intelligence, dans sa définition originelle, consiste à faire des liens. Donc il y a aussi des liens avec le fonctionnement émotionnel, affectif, avec la façon de se comporter, et la façon de comprendre le monde.  

Les IRM permettent de voir la vitesse du traitement des informations au niveau du système neuronal. Les informations sont transmises à très grande vitesse dans le cerveau du haut potentiel. Par conséquent, si le cerveau va plus vite et capte plus d’informations, le cerveau va brasser beaucoup plus rapidement des composantes émotionnelles et de sensibilité. Cela donne une intensité de penser, une intensité émotionnelle et une intensité au niveau de la sensibilité. 

L’intelligence est comme une symphonie, il faut imaginer le chef d’orchestre diriger les différents instruments qui vont jouer. Suivant les moments, l’intelligence fait intervenir les compétences émotionnelles qui vont jouer au plus fort et à d’autres moments, c’est les compétences purement cognitives et de raisonnement logique qui interviennent, ensuite c’est les compétences sociales qui jouent : il s’agit du fait d’être en lien avec les autres, le fait d’être empathique. L’intelligence relie toutes ces compétences. Les compétences émotionnelles sont parfois au premier plan, mais cela varie avec les autres compétences. Il existe d’autres compétences, par exemple musicales ou relatives à la nature. Par conséquent, c’est réducteur d’enfermer quelqu’un uniquement dans un test de QI. 


Pascale Michelon : C’est une vaste question qui renvoie à ce qu’on entend par fonctionnement haut potentiel et au delà à comment on définit l’intelligence. Voici une façon de répondre à cette question :

Que l’on parle d’intelligence verbale, pratique, émotionnelle ou musicale, nous parlons d’un cerveau qui met en œuvre des processus (qu’on appelle de fonctions cognitives) pour arriver à un résultat : produire une phrase, imaginer une réparation, comprendre une émotion ou déchiffrer une partition. On pourrait donc imaginer que si on arrivait à mesurer l’efficacité des fonctions cognitives d’une personne, on pourrait en déduire son niveau d’intelligence (quel que soit le type). Par exemple, la mémoire et l’attention sont autant utiles pour une intelligence dite verbale que pour une intelligence pratique ou une intelligence émotionnelle.

Il est bien évidemment impossible d’évaluer l’ensemble des fonctions cognitives d’une personne. Il est aussi très difficile de mesurer la combinaison de ces fonctions, celle qui nous permet d’accomplir des actions complexes dans la vie quotidienne, de nous adapter aux situations.  Mesurer un objet demande, malheureusement mais nécessairement, de le délimiter d’une façon ou d’une autre. La façon la plus objective à ce jour de mesurer un échantillon des fonctions cognitives d’un individu est de réaliser un test de QI.

Certains tests de quotient émotionnel (QE) objectifs commencent également à être utilisables pour évaluer des capacités relevant de l’intelligence émotionnelle, comme reconnaître les émotions, les comprendre, les réguler, les utiliser dans l’interaction. Ces tests ont aussi leurs limites car ils ne permettent pas d’évaluer les capacités d’une personne lorsqu’elle est vraiment en train de ressentir une émotion ou d’interagir avec autrui. Mais ils peuvent donner une bonne idée de l’intelligence émotionnelle d’une personne. Ils permettent d’identifier ses points forts et ses pistes d’amélioration (qui se situent bien souvent au niveau de la régulation émotionnelle).

Les scores aux tests de QI et du QE sont corrélés, souvent plus le QI est élevé plus le QE l’est aussi. Mais ce lien est ténu. Il y a d’autres facteurs qui entrent en compte. Il ne suffit pas d’avoir un haut QI pour être intelligent émotionnellement, une bonne sensibilité émotionnelle est également nécessaire. De la même façon, il ne suffit pas d’avoir une haute sensibilité pour être intelligent émotionnellement, de bonnes capacités d’analyse et de régulation sont aussi nécessaires.

La meilleure façon de cerner l’intelligence d’un individu semble donc être dans la combinaison des évaluations. L’intelligence réside peut-être aussi dans la façon dont l’individu déploie ses capacités, ce qui va dépendre de nombreux autres facteurs (personnalité, environnement, etc.).


Ndlr : certains texte sont des retranscriptions écrites d’interviews orales.

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By David • Admin

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7 thoughts on “Le QI ne fait pas le HPI ?

  • Sophie

    Bons points! Ce test n’est qu’un outil, un bon à son niveau certes, mais ça reste un instrument / l’évaluation d’un sujet et non d’un objet. Ouf, nous sommes encore humains.

  • Armelle

    Aucun test pour moi.C’est une connaissance qui m’a mise sur la voie de l’intelligence émotionnelle.De nombreuses lectures,m’ont apportée les réponses aux questions que je me posais depuis des années, comme ce sentiment de ‘décalage’.Faire mienne cette découverte m’a apaisée et m’aide à avancer…

  • Anne

    Pour ma part, je préfère me définir comme une hypersensible que comme une HPI. Je ne vais pas passer les tests. Je n ai pas envie de me mettre une étiquette de plus par contre je comprend et respecte tout à fait les personnes qui ont besoin de passer ce test.

  • Hadrien

    Clairement de la vulgarisation scientifique ne cherchant pas à présenter la dure vérité à tout le monde. Pour répondre à une question faussement mise en avant dans cet article: « pourquoi 130 et pas un autre nombre »? Car ce n’est pas 130, mais deux déviations standards (cf distribution normale/gaussienne) au dessus de la moyenne, le nombre a été choisi de façon quantitative, pour désigner les X% des gens au sommet; inversement, le retard mental est défini par 70 de QI.
    BTW, l’intelligence émotionelle est considérée (à juste titre) comme une bonne blague par les scientifiques durs; concept qui, je le redis, at été inventé par un journaliste avec un background relativement New Age.

    Wikipedia est rarement une source sure pour 99% des sujets, mais l’article sur g est une bonne introduction au concept: https://en.wikipedia.org/wiki/G_factor_(psychometrics)

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    • David • Admin

      @someone : la notion d’intelligence émotionnelle n’a pas été inventée par Daniel Golman mais par Peter Salovey et John Mayer en 1990 .

      Sinon j’ai du mal à comprendre ton propos sachant que Nicolas Gauvrit, que j’ai interrogé pour cet article, est un scientifique qui connait bien son sujet.

      D’ailleurs, j’ai été surpris de voir que tout le monde (même Gauvrit) était d’accord pour « remettre en question » ce seuil de 130.

  • stavro

    « Le fonctionnement d’une personne ne se résume pas à séparer l’intelligence et tout le reste. L’intelligence, dans sa définition originelle, consiste à faire des liens. Donc il y a aussi des liens avec le fonctionnement émotionnel, affectif, avec la façon de se comporter, et la façon de comprendre le monde » Elle, elle sait de quoi elle parle! Siaud Facchin ! Propos ramassé efficace; elle sait qu’elle parle à des HP. Les autres intervenants parlent à tous et se planquent derrière des études psys. My 2 cents.

  • Hadrien

    @David en effet, je suis allé un peu vite pour utiliser le terme « inventé », quand Goleman l’a principalement popularisé (et influencé sa forme moderne utilisée par les non-techniques).

    En ce qui concerne les réponses de Mr Gauvrit, je suis d’accord qu’elles sont plutôt bonnes et qualitatives, même si la dernière semble aller dans un sens prédéterminé par la conversation.
    Les autres personnes interviewés semblent recourir bien plus à l’argument qualitatif, par contre.

    >>D’ailleurs, j’ai été surpris de voir que tout le monde (même Gauvrit) était d’accord pour « remettre en question » ce seuil de 130.
    >Il est également nécessaire de ne pas déroger au principe que le haut potentiel correspond à un score de 130.
    Cela me semble contradictoire.

    Je ne suis pas complètement fermé au concept d’EI, mais il faut bien admettre que son apparente crédibilité vient plus du secteur médiatique que scientifique via une mise à l’épreuve statistique à grande échelle comme le QI.
    Encore une fois, prendre Wikipedia avec des (grosses) pincettes, mais la section critique est très fournie: https://en.wikipedia.org/wiki/Emotional_intelligence#Criticisms


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