Sommaire · 9 parties
« Les HPI sont forcément hypersensibles. » « Ils pensent en arborescence. » « Ils sont malheureux. » « Ce sont des proies faciles pour les manipulateurs. » Depuis une vingtaine d'années, ces phrases circulent dans les livres, les forums et les vidéos sur le haut potentiel intellectuel. Elles ont un mérite : beaucoup de personnes s'y sont reconnues et ont enfin mis des mots sur un sentiment de décalage. Elles ont aussi un défaut : la plupart ne résistent pas à l'examen des études.
Faisons le point, idée reçue par idée reçue, sur ce que la recherche permet vraiment d'affirmer. Avec un rappel préalable : on parle de haut potentiel intellectuel (HPI) quand le QI total, mesuré par un test standardisé comme la WAIS, atteint au moins 130, soit environ 2 % de la population. C'est une définition statistique, pas un portrait psychologique.
Mythe 1 : « Les HPI sont forcément hypersensibles »
C'est sans doute l'idée la plus répandue, et la moins étayée. La haute sensibilité, décrite par la psychologue Elaine Aron, concerne environ 15 à 30 % de la population selon les études (Lionetti et al., 2018), avec ou sans haut potentiel. Les deux notions sont distinctes : on peut être très sensible sans être HPI, et HPI sans être particulièrement sensible. Les docteures en psychologie Catherine Cuche et Sophie Brasseur, qui travaillent depuis longtemps avec des adultes à haut potentiel, rangent d'ailleurs cette association parmi les idées reçues les plus tenaces (HPI et hypersensibilité : deux notions distinctes).
Ce qui est vrai, en revanche, c'est que certaines personnes à haut potentiel se décrivent comme très sensibles, et que cette sensibilité mérite d'être prise au sérieux. Mais elle n'est ni un critère ni une preuve.
Mythe 2 : « Les HPI pensent en arborescence »
L'expression « pensée en arborescence » vient de la pratique clinique, pas de la recherche. Les psychologues de la créativité parlent plutôt de pensée divergente : la capacité à produire beaucoup d'idées différentes à partir d'un point de départ, par opposition à la pensée convergente, qui cherche la bonne réponse unique. Or le lien entre intelligence et pensée divergente existe, mais il est faible : une méta-analyse de Kyung Hee Kim estime la corrélation entre QI et créativité à environ 0,17 (Kim, 2005).
Autrement dit, un QI élevé ne garantit pas une pensée foisonnante, et l'on peut avoir une pensée très associative sans être HPI : c'est aussi le cas de nombreuses personnes avec un TDAH, ou simplement très créatives. Nous avons développé ce point dans peut-on être haut potentiel créatif ?
Mythe 3 : « Les HPI sont malheureux, anxieux, en souffrance »
C'est ce que les chercheurs Nicolas Gauvrit et Franck Ramus ont appelé « la légende noire des surdoués ». Elle s'est construite à partir de l'expérience de cliniciens, qui reçoivent par définition des personnes en difficulté. Quand on étudie des échantillons représentatifs de la population, le tableau change : les études disponibles ne montrent pas de surrisque de troubles psychiques chez les personnes à haut QI, et certaines suggèrent même un léger effet protecteur (voir la synthèse de Franck Ramus). Chez l'enfant et l'adolescent, une revue de la littérature arrivait déjà à la conclusion qu'ils ne sont, dans l'ensemble, ni plus ni moins exposés aux difficultés psychologiques que les autres (Neihart, 1999).
Une étude souvent citée en sens inverse a interrogé des membres de l'association Mensa, qui déclaraient davantage de troubles anxieux ou d'allergies que la moyenne (Karpinski et al., 2018). Mais ses participants s'étaient portés volontaires et répondaient à un questionnaire, ce
…