Mythes sur le HPI : ce que dit vraiment la recherche
Premium
Haut Potentiel

Mythes sur le HPI : ce que dit vraiment la recherche

David 17 mars 2021 6 min
Sommaire · 9 parties

« Les HPI sont forcément hypersensibles. » « Ils pensent en arborescence. » « Ils sont malheureux. » « Ce sont des proies faciles pour les manipulateurs. » Depuis une vingtaine d'années, ces phrases circulent dans les livres, les forums et les vidéos sur le haut potentiel intellectuel. Elles ont un mérite : beaucoup de personnes s'y sont reconnues et ont enfin mis des mots sur un sentiment de décalage. Elles ont aussi un défaut : la plupart ne résistent pas à l'examen des études.

Faisons le point, idée reçue par idée reçue, sur ce que la recherche permet vraiment d'affirmer. Avec un rappel préalable : on parle de haut potentiel intellectuel (HPI) quand le QI total, mesuré par un test standardisé comme la WAIS, atteint au moins 130, soit environ 2 % de la population. C'est une définition statistique, pas un portrait psychologique.

Mythe 1 : « Les HPI sont forcément hypersensibles »

C'est sans doute l'idée la plus répandue, et la moins étayée. La haute sensibilité, décrite par la psychologue Elaine Aron, concerne environ 15 à 30 % de la population selon les études (Lionetti et al., 2018), avec ou sans haut potentiel. Les deux notions sont distinctes : on peut être très sensible sans être HPI, et HPI sans être particulièrement sensible. Les docteures en psychologie Catherine Cuche et Sophie Brasseur, qui travaillent depuis longtemps avec des adultes à haut potentiel, rangent d'ailleurs cette association parmi les idées reçues les plus tenaces (HPI et hypersensibilité : deux notions distinctes).

Ce qui est vrai, en revanche, c'est que certaines personnes à haut potentiel se décrivent comme très sensibles, et que cette sensibilité mérite d'être prise au sérieux. Mais elle n'est ni un critère ni une preuve.

Mythe 2 : « Les HPI pensent en arborescence »

L'expression « pensée en arborescence » vient de la pratique clinique, pas de la recherche. Les psychologues de la créativité parlent plutôt de pensée divergente : la capacité à produire beaucoup d'idées différentes à partir d'un point de départ, par opposition à la pensée convergente, qui cherche la bonne réponse unique. Or le lien entre intelligence et pensée divergente existe, mais il est faible : une méta-analyse de Kyung Hee Kim estime la corrélation entre QI et créativité à environ 0,17 (Kim, 2005).

Autrement dit, un QI élevé ne garantit pas une pensée foisonnante, et l'on peut avoir une pensée très associative sans être HPI : c'est aussi le cas de nombreuses personnes avec un TDAH, ou simplement très créatives. Nous avons développé ce point dans peut-on être haut potentiel créatif ?

Mythe 3 : « Les HPI sont malheureux, anxieux, en souffrance »

C'est ce que les chercheurs Nicolas Gauvrit et Franck Ramus ont appelé « la légende noire des surdoués ». Elle s'est construite à partir de l'expérience de cliniciens, qui reçoivent par définition des personnes en difficulté. Quand on étudie des échantillons représentatifs de la population, le tableau change : les études disponibles ne montrent pas de surrisque de troubles psychiques chez les personnes à haut QI, et certaines suggèrent même un léger effet protecteur (voir la synthèse de Franck Ramus). Chez l'enfant et l'adolescent, une revue de la littérature arrivait déjà à la conclusion qu'ils ne sont, dans l'ensemble, ni plus ni moins exposés aux difficultés psychologiques que les autres (Neihart, 1999).

Une étude souvent citée en sens inverse a interrogé des membres de l'association Mensa, qui déclaraient davantage de troubles anxieux ou d'allergies que la moyenne (Karpinski et al., 2018). Mais ses participants s'étaient portés volontaires et répondaient à un questionnaire, ce

…

Publié par David

J'ai créé Atypikoo pour celles et ceux qui se sentent "TROP" : trop sensibles, trop intenses, trop différents. Depuis 2019, plus de 60 000 personnes ont rejoint la première communauté où la différence est la norme et près de 20 000 membres ont participé à nos événements. Chaque semaine, des milliers de connexions naissent entre des personnes qui se sentent enfin à leur place.