En France, l'orthographe est un enjeu pour nombre d'entre nous. On y voit souvent un signe d'intelligence, ou encore de rigueur. Pourquoi l'Hexagone est-il si obsédé par l'orthographe, et ne gagnerions-nous pas à lâcher un peu de lest ? C'est le thème qu'on va explorer dans cet article, pour montrer que les capacités à s'exprimer et l'orthographe sont bien deux concepts séparés.

orthographe

L'orthographe, une obsession à la française ?

Ce que l'on peut déjà rappeler, c'est que le français est une langue très compliquée. Avoir une orthographe parfaite est considéré comme une gageure, au point que de nombreux concours et autres dictées sont souvent partagés pour tester ses compétences.

Le système des temps est complexe, les accords difficiles à retenir, et les exceptions tellement nombreuses qu'elles paraissent presque être la norme. Pour ceux qui ne parlent pas déjà une langue romane, l'apprentissage du français peut donc être un vrai casse-tête.

Les Français (et les habitants d'autres pays francophones) conviennent souvent que leur langue est particulièrement difficile à maîtriser… Mais ils considèrent quand même la maîtrise de la langue comme importante… Voire très importante : en juin dernier une enquête de l'IFOP montrait que 93 % d'entre nous sont sensibles aux fautes quand nous écrivons, et 88 % quand nous lisons.

Pourtant, nous sommes moins bons que ce que nous pensons. Selon la même enquête, 85 % des Français estiment avoir un niveau « bon ou très bon » en orthographe. Mais dans les faits, seuls 58 % d'entre eux obtiennent la note de 12/20 ou plus lors d'une dictée simple.

La faute à l'école ?

L'orthographe est encore considérée comme un pilier majeur dans le secteur

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Publié par Cam

Journaliste HPI/TSA à la recherche du mot juste et d'un monde plus ouvert à la différence. Créatrice du podcast Bande d'Autistes !

13 commentaires sur Orthographe et fautes à l’écrit : et si on lâchait un peu de lest ?

Ubuntu
il y a 2 ans · Modifié
Merci Marine pour cet article sur l'orthographe qui révèle aussi nos paradoxes actuels.
A l'ère d'un écrit numérique avec les correcteurs orthographiques et l'IA, je me pose la question de l'évolution de l'écrit , des exigences associées et de notre capacité à communiquer sans aide. Je me souviens des heures carrées à être privée de récréation pour faire des exercices d'orthographe, de recopie de mots...(au moins de ce coté, il me semble que l'on a progressé sur l'enseignement). J'aurais préféré que l'on m'apprenne à penser ! J'aime beaucoup ce Ted'x sur l'orthographe : https://youtu.be/5YO7Vg1ByA8?si=V58127g2QklZ0lCa, il appui sur la complexité de notre langue jusqu'à une certaine absurdité.
Yed
il y a 2 ans
Merci pour cette synthèse limpide, au combien éclairante. Je coche toute les cases des difficultés, dys et très certainemet TDAH, l'apprentissage des langues est une torture pour moi, pourtant on me félicite pour mes écrits en poésie. On ne juge quasiment personne pour ses capacités en mathématiques.
Le changement est en marche, merci d'avoir rajouté, une pierre à ce chemin pavet.
Zaboum
il y a 2 ans
Bonjour, rappelons aussi que l'orthographe a été vue comme un moyen de distinction sociale, utilisée par la classe privilégiée pour se distinguer des autres...
Kyrie-Eleison
il y a 2 ans
Bonjour Marine, et merci pour cet article. :)

Cependant, permettez-moi d'exprimer mon désaccord vis-à-vis du message global de votre article. Au fil de mes lectures sur le sujet de l'Histoire, j'ai pu constater le lien indéfectible qui s'est tissé entre le progrès de l'orthographe et celui de la civilisation. J'entends par civilisation la construction des Etats, d'un sentiment d'appartenance commun mais aussi le développement des droits civiques. Sous les Mérovingiens, les règles des langues vernaculaires n'étaient pas fixées, et la société était en proie à la faide (le droit par la vengeance). Mille trois cents ans plus tard, Jules Ferry a fait de l'orthographe le pôle des valeurs républicaines. Avant lui, Condorcet a affirmé : "L'instruction rend libre, et l'ignorance fonde la servitude". Et parmi l'instruction figurait l'orthographe. Écrire avec une bonne orthographe, c'est honorer les réflexions de nos Anciens qui ont bâti notre langue depuis l'Edit de Villers-Cotterêts de 1539. L'orthographe est de surcroît une discipline que tout un chacun peut s'approprier : après tout vous le dites vous-même ! Elle n'est pas liée à l'intelligence ; dès lors pourquoi dénier aux personnes en difficulté l'art scripturaire ? L'orthographe pour tous est sans doute une ode à notre valeur républicaine. Honorons-la !

Sur ce fait je vous souhaite une excellente soirée. Je suis ouvert à la contradiction dès lors qu'elle s'affirme avec respect et courtoisie.

Amicalement,
Cyril.
Mathet
il y a 2 ans
@Marine
Bonjour et un grand merci pour ton article, brillamment rédigé. Je suis en parti d'accord avec ce que tu énonces, compte tenu que tu ne parles que d'orthographe.

J'ai fait l'expérience de confrontations avec des publics très différents et, résultat stupéfiant, ce sont les gens les moins littéraires qui prônaient un conservatisme tranché sur la façon d'écrire. Je posais alors deux questions : “Comment écrit-on la foi, le foie, une fois”. Et puis, pour les cas de bonnes réponses : “Quel est le verbe de “elle gise à même le sol” ? Donc oui, notre langue est sensée être vivante. Si nous voulons à tout prix en faire une langue morte… ne faisons rien !

Ceci étant, je voudrais dépasser la simple considération de l'orthographe. Selon moi, les sondages IFOP s'engouffrent dans un espace de confusion. La faute au populisme, au lectorat, à l'audimat où l'on ne discerne volontairement plus ni orthographe, ni grammaire, ni quantité de mots, ou de variabilité dans la syntaxe —c'est le propre d'un langage–.
Dans ce sens, il y a selon moi un problème supplémentaire qui relève plus d'une connexion linguistique que de l'orthographe. Et l'on pourrait —toujours selon moi— supprimer des mots, en ajouter d'autres, en simplifier, à condition que la communication puisse être comprise sans ambigüité, et surtout exprimée dans tout le panel de ses pensées.

Il s'agit donc d'utiliser un nombre de mots important. Et là, une seule solution : faire prendre goût à la lecture, voire aux débats. Atteler la lecture et l'expression à notre “actuel” sans se perdre dans une illusion civilisationnelle. Que connaissons-nous de cette dernière ? Que le “A” est le premier idéogramme pour désigner un taureau et qu'il s'est renversé au fil des inversions du sens de l'écriture ? Qu'un point de suspension est un caractère formé de trois points et non de quatre ? Qu'à l'époque de Gutenberg on considérait quatre points comme une insulte ? Que notre sacré Charlemagne n'a pas inventé l'école mais une écriture lisible par peur du peuple et appelée la Caroline ?

Hélas aujourd'hui, dans notre monde, l'école et ses momies de l'A… F… nous pondent des référentiels hors temps ! Impossibles à lire et à ressentir pour nos jeunes. Nous pourrions simplifier non seulement l'orthographe, mais aussi la grammaire et enrichir notre dictionnaire de nouveaux mots synthétisant un état d'aujourd'hui. Voyez Queneau par exemple. Une richesse verbale soulignant toutes les préoccupations de son époque. C'est cela… une langue vivante : variée et communicante !

À nous de la faire… aujourd'hui et pour notre époque. Non seulement nos valeurs républicaines et morales y gagneront en sens, mais elles s'inscriront sans scission dans une culture, notre culture…
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